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Posts Tagged ‘déserte’

GAIETÉS LYRIQUES (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Elliot Nichol
    
GAIETÉS LYRIQUES

Si vous cherchez bien
Vous verrez
Des visages
L’enfer s’y promène
Si vous cherchez mal
Vous saurez
Où surnagent
Nos âmes sereines
Le caméléon de l’amour
Y change ses couleurs fauves
La tristesse de vivre ici
Ferme l’oeil bête des alcôves
Nous n’irons plus au bois
L’été
Ressemble trop au carnaval
Danse de mort
Squelettes vains
Nous n’irons plus ; le mal lointain
S’est à nouveau pris dans nos pièges
La vie est un bouchon de liège
Elle flotte au gré des humeurs
Mais n’entend plus l’humble rumeur
De l’éternel qui passe vite
A travers nos coeurs désertés.

(Georges Perros)

 

Recueil: Poèmes bleus
Traduction:
Editions:

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SANS NOUS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

Léon Comerre_Deluge

SANS NOUS

Que serait la terre sans nous
Anonyme, inexistante déserte.

Et le ciel que serait-il sans nous.
Forme sans lumière et sans voix
Pour le nommer, sans éternité.

Et Dieu que serait-il donc,
Une chose sans nom et sans éclat.
Quelle chair prendrait-il pour apparaître
Sans chair sur la terre, quel visage
Sans le visage humain,
Sans l’habit humain et la forme.
Quelle gifle et quel sang, quel martyr
Sans le martyr humain :
« Ecce homo, ecce Deus… »
Sans la mort humaine,
Sans enterrement et lamentation — sans résurrection

Sans nous la mort que serait-elle.

(Georges Themelis)

Illustration: Léon Comerre

 

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IZMIR À TROIS HEURES (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



IZMIR À TROIS HEURES

Peu avant la prochaine rue déserte
deux mendiants, dont l’un n’a plus de jambes –
et que l’autre porte de-ci de-là sur le dos.

Ils s’arrêtent – comme sur une route à minuit un animal
ébloui fixe les phares d’une voiture –
un instant puis continuent leur chemin

aussi vite que les écoliers d’une cour de récréation
et traversent la rue pendant qu’une myriade
d’horloges torrides tictaque dans l’espace de midi.

Du bleu qui passe sur la rade en glissades incandescentes.
Du noir qui rampe puis s’estompe, oeil hagard dans le roc.
Du blanc qui souffle en tempête dans le regard.

Lorsque les sabots ont piétiné trois heures
l’obscurité cognait aux parois de lumière.
La ville rampait aux portes de la mer

et scintillait dans la lunette du vautour.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

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Cher ange de ma naissance (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Cher ange de ma naissance,
Tous les vestiges de ma vie,
Or des pétales épars,
Coquillages après le reflux
Amassés sur des grèves désertes
Par un secret labeur d’amour,
Sauve, immortels dans la mémoire,
Les trésors de ma tombe.

***

Dear angel of my birth,
All my life’s loss,
Gold of fallen flowers,
Shells after ebbing wave
Gathered on lonely shores
With secret toil of love,
Deathless in memory save
The treasures of my grave.

(Kathleen Raine)

 

 

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De boussole aujourd’hui je n’ai plus (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Quand mers désertes, vents et distances
Nous séparaient,
Je pouvais encore me retourner
Et dire : il est là-bas.
De boussole aujourd’hui je n’ai plus,
M’indiquant par delà la foule des étoiles
Le Paradis perdu.

***

When empty seas and winds and distances
Divided us
I still could turn my face
And say, that way he lies.
I have no compass now
To tell me where beyond the multitude of stars
Lost Paradise.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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La peine (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



La peine

On vendit le chien, et la chaîne,
Et la vache, et le vieux buffet,
Mais on ne vendit pas la peine
Des paysans que l’on chassait.

Elle resta là, accroupie
Au seuil de la maison déserte,
A regarder voler les pies
Au-dessus de l’étable ouverte.

Puis, prenant peu à peu conscience
De sa force et de son pouvoir,
Elle tira d’un vieux miroir
Qui avait connu leur présence,

Le reflet des meubles anciens,
Et du balancier, et du feu,
Et de la nappe à carreaux bleus
Où riait encore un gros pain.

Et depuis, on la voit parfois,
Quand la lune est dolente et lasse,
Chercher à mettre des embrasses
Aux petits rideaux d’autrefois.

(Maurice Carême)


Illustration

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Quel mot fit notre perte ? (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



Quel mot fit notre perte ?
quel geste inaperçu rompit notre équilibre ?
qui donc nous réveilla distants?
Les barques des pêcheurs sont désertées
et l’Automne n’a plus de feuilles.

(Pierre Béarn)

Illustration

 

 

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Ce miroitement (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Ce miroitement

Ce miroitement n’annonçait pas la lumière.
Je le savais, et toujours ce n’est rien.
La lueur d’un ancien regard perdu
empêchera le monde de briller.

Doucement hagarde, au sourire clair, déserte.
Des vertus, j’en ai honte.
Si je suis bonne c’est pour m’amuser.
Aride, impénétrable.

Pour rameuter les petites espérances,
m’en faire un nid qui ne serait pas froid,
le semblant d’un bien, tout comme.

Partir à l’aventure et poursuivie.
À parcourir à tout hasard le vide,
me divertira bien une fois un sourire.

Sans me démunir du désastre le miracle
d’un visage parmi les arbres, poignant.
Flammes vives pour moi mortes,
toutes pareilles, moi morte.

Plutôt qu’à vous qui voulez me combler,
je fais appel au désert inlassable.

(André Frénaud)

Illustration: Caroline Duvivier

 

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JE PARS EN QUITTANT CETTE CHAMBRE (Hiroshi Sekine)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

JE PARS EN QUITTANT CETTE CHAMBRE
KONO HEYA O DETEYUKU

Je pars en quittant cette chambre
Cette chambre où se trouve la mesure de mon temps

J’ai emporté les livres
J’ai emporté le bureau
J’ai emporté les vêtements
Les autres affaires le bric-à-brac je les ai emportés
J’ai emporté également l’amour

Je pars en laissant
La chaufferette à couette kotatsu
Le brasier hibachi
Devenus désuets
Que je sois triste c’est évident
Pas à cause d’eux
Parce que si je commandais même un camion poids lourd
Il y a des souvenirs qui ne se transportent pas
Et j’en laisserai beaucoup en m’en allant

Dans la chambre maintenant déserte
Je pose tous les souvenirs et m’en vais
Mais je viendrai de nouveau
Les reprendre sans faute
Monsieur le propriétaire

(Hiroshi Sekine)

Illustration: Edward Hopper

 

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L’oubli inassouvi (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



L’avare rayon sème d’une once froide
La lumière dans l’humide forêt.
Et moi, je porte en mon cœur lentement
Comme un oiseau gris, la tristesse.

Que puis-je faire d’un oiseau blessé ?
Le firmament se tait, se fige.
Du clocher cerné de brouillard,
On aura dérobé les cloches.

Et la muette, l’orpheline
Altitude à présent se dresse
Comme une blanche tour déserte
Où sont la brume et le silence.

Le matin, insondable de tendresse,
La demi-conscience et le demi-sommeil
Et l’oubli inassouvi,
Des pensées le brumeux carillon…

(Ossip Mandelstam)

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