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Posts Tagged ‘déserter’

J’avais l’intention de révéler l’indicible (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



Illustration: Oleg Zhivetin
    
J’avais l’intention de révéler l’indicible
mais ta lumière devint une explosion
un volcan.
Ma passion m’a rendu transparent
et les mots ont déserté ma langue.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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JARDIN DU VENDREDI (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2019




    
JARDIN DU VENDREDI

L’arbre est tranquille
mais son écorce éclate
entre le coeur et toi

Les feuilles leur exode
le dur amour le pain
et le nid déserté
où la tendresse rôde
sans trouver son voisin

Il fallait refuser
le soleil était proche
Je n’ai pas dit non
j’ai ouvert les mains

Alors le coq a fait l’orage.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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CHEMIN DES RONCES (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019



    
CHEMIN DES RONCES

I
Mon amour mon amour
je t’appelle sans répit
je te donne des noms inutiles
des noms sans magie
des noms qui n’éclatent pas
comme un mauvais fruit

Mon amour si mal appris
mon détour ma belle eau sale
mon corsage de l’été
déserté par le désir

Tout est toujours à renoncer
à partir d’une larme
le cri de l’oiseau
l’honneur du pain bis
le fruit qui séduit
le pli de la nappe

Et toi mon amour
mon oeillet de soufre
ma nuit qu’il faudrait refaire
pour donner une chance au soleil.

II
Cette larme si terrible
que j’ai serrée dans un mot
maintenant elle déclenche
tous les jeux de l’océan

Dieu connaît le sang des choses
il séduit le naufragé
avant que j’aie dérobé
cette mémoire frivole
il avait planté un cèdre
dans mon coeur pour le nouer

Regarde ce puits confident
cette larme si terrible
ce voile de Véronique
où j’ai préservé ton nom.

III
Poète des chaos
des amours fous des épines
d’un royaume sans pitié
d’un visage sans appel

Par le sacre de la mort
je retrouve l’innocence
je justifie la parole
j’en fais une eau amicale.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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L’lNTIME ABSOLU (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



    
L’lNTIME ABSOLU
Antaratama

L’objet de mon désir que je poursuivais
divaguant
n’était que peu de chose.
J’arpentais le désert —
ce qu’y cherchait mon coeur altéré
n’était ni or ni diamant,
rien qu’un peu d’eau au creux des mains
rien qu’une ombre sous les palmes d’une source
pour un instant.
Ce rien réconcilie la mort et la vie,
ce rien délasse la fatigue du chemin.

Au marché où l’air n’est que bruit
et poussière
entendre quelques notes d’un chant
est entre tout rarissime et pourtant
ce n’est que peu de chose.

C’est comme une averse éphémère
au passage imprévu d’un nuage
qu’attend la terre aride
en fin de baishakha brûlant,
comme une douce main qui réveille
d’un cauchemar suffocant.

C’est si peu de chose et pourtant
que son manque m’accable
et mon coeur inconsolable
le recherche éperdument.

Il était d’impossibles rêves
que je poursuivis et fis miens
mais que je désertai
en passant.

Le trésor qu’on ne sent que sourdre
dans ses veines,
qui fait la trame des songes,
qui siège au coeur du mouvement,
qui ne laisse d’épigraphe
ni de gloire ni de mémoire
sur écriteau de pierre ;

dans l’étoile du soir de phâlguna
s’inscrit son histoire,
son langage seule ma flûte le connaît —
ce don au tréfonds de ma vie fusionné
qui fut au-delà de mon espérance,
pour qui je ne bâtis aucune maison,
qui hors pesanteur reste dérobé à la vision,

c’est sa douleur qui emplit
mon être tout entier
c’est sa nostalgie
qui fait mon univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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LA VIE COURT (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
LA VIE COURT

Si les hommes demandent des preuves
que veux-tu que je dise d’autre
mon amour

Ton nom

J’invente des miracles
pour que mes amis t’aiment
je fais un soleil fou
de l’ombre de ta voix

Je parle et tu me suis
ma charnelle déserte
mon amour que je ne connais pas.

(Jean Sénac)

 

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ENCORE MAINTENANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




ENCORE MAINTENANT, ciel,
Parfois je lève les yeux et dis,
« Non, je n’ai pas oublié,
Bien que pour le moment
Je passe d’un lieu à un autre,
De celui-ci au suivant, je promets
(Je le dis aux espaces bleus et aux hautes nuées)
D’être de nouveau, un jour,
En votre grande éternelle présence. »
Mais en silence vous me rappelez toujours
Que j’ai quitté, perdu, déserté.

***

EVEN NOW, sky,
Sometimes I look up and say,
`No, I have not forgotten,
Though for the time
Going from here to there,
From this to next, I promise
(So I say to the blue spaces and high clouds)
To be again, someday,
In your great ever-presence’.
But silently you remind me always
That I have left, lost, gone away.

(Kathleen Raine)

 

 

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Les saisons de passage (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Les saisons de passage

La terre a-t-elle un nom de l’autre côté d’ici
Voici enfin le jour où il me faut savoir
Je déserte comme l’oiseau pour ses noces
Que lui importe les toits et sous les toits la vie

L’amour a-t-il un nom de l’autre côté d’ici
Et cette liberté notre risque et notre mesure
La brèche donne-t-elle sur l’aube donne-t-elle
sur la nuit

Mais voilà l’instant où je rejoins les choses
Un appel une blessure ou la rose ont suffi
Et je suis en ta main
Terre ma terre aimée mon enjeu et ma cause.

(Andrée Chedid)


Illustration

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LES SAISONS DE PASSAGE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2018



 

Ana Cruz -lullaby-of-death-big

LES SAISONS DE PASSAGE

La terre a-t-elle un nom de l’autre côté d’ici ?
Voici enfin le jour où il me faut savoir
Je déserte comme l’oiseau pour ses noces
Que lui importe les toits et sous les toits la vie

L’amour a-t-il un nom de l’autre côté d’ici
Et cette liberté notre risque et notre mesure
La brèche donne-t-elle sur l’aube donne-t-elle sur la nuit ?

Mais voilà l’instant où je rejoins les choses
Un appel une blessure ou la rose ont suffi
Et je suis en ta main
Terre ma terre aimée mon enjeu et ma cause.

(Andrée Chedid)

Illustration: Ana Cruz

 

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Un soleil, un silence, une source (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Un soleil, un silence, une source
le vol transparent d’une libellule
l’ombre bleue où lézarde un parfum d’herbe rousse
tous les présents joyeux des canicules
désirés par les coeurs et par les brins de mousse
heureux mais alarmés de tant de chaleurs douces

et ma main solitaire se brûle
malgré l’amitié de l’eau fraîche
sur la pierre polie et sèche
au souvenir des vies offertes
et des corps qui désertent.

(Robert Mallet)

Illustration

 

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Pour écouter les choses lentes (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



pour écouter les choses lentes
l’homme abandonne ses lunettes
sur la table ferme les yeux
et renonce à invoquer Dieu

il est tout entier dans l’attente
du seul instant miraculeux
le pur silence où la musique
des vieux objets se laisse entendre

et s’élève roseau si tendre
dans la poussière famélique
et familière de la chambre

et tournoie comme un air de bal
que le feutre du temps dépose
dans la mémoire, pieux bocal

l’homme abandonne ses lunettes
sur le sable ferme les yeux
et renonce à prier le diable
trop étranger aux choses lentes

autour de lui sont les mouettes
crieuses comme à la marée
les harengères patoisantes
aux mains noires et lumineuses

les enfants désertent la plage
le soir vient (et le vent du large)
l’homme attend son regard aveugle

est l’image de son attente
il attend que les choses lentes
de la nuit naissent dans son coeur

(Jean-Claude Pirotte)

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