Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘désespérer’

Plus tendre que tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration: Zinaida Serebriakova
    
Plus tendre que tendresse
Est ton visage,
Plus que blanche que blancheur
Semble ta main,
Du monde et ses parages
Tu es si loin,
Toi tout entière
Née de l’inexorable.

Nés de l’inexorable,
Ta tristesse
Et tes doigts de tes mains
Jamais froides,
Et le son calme
De tes paroles
Que rien ne désespère,
Et le lointain
De tes yeux clairs.

(Ossip Mandelstam)

***

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tenez-vous prêts (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



Pas une tombe des assassinés pour la liberté
qui ne fasse pousser une graine pour la liberté,
qui à son tour portera des graines,
Que le vent emporte au loin et reséme,
et les pluies et les neiges nourrissent.
Pas un esprit de son enveloppe corporelle
ne peut être délié par les armes des tyrans,
Qu’il ne parcoure invisiblement la terre,
en murmurant, conseillant, avertissant.

Liberté, que d’autres désespèrent de toi –
moi, jamais je ne désespère de toi.

La maison est close? Le maitre est absent ?
Tenez-vous prêts néanmoins, ne vous lassez pas de guetter,
Il va rentrer bientôt, ses messagers arrivent tout à l’heure.

(Walt Whitman)

Illustration

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

La chanson désespérée (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
La chanson désespérée ne se laisse pas se dire.
La matière verbale errante ne cesse d’émaner
du centre qui n’est pas centre,
du vertige des fleurs aurifères
embues de l’or des chercheurs d’or.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SONNET (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

Andrey Remnev _ Andrej Remnjov_ Remnev (50)

SONNET

J’ai peur de perdre la merveille
de tes yeux de statue et l’accent
que de nuit me pose sur la joue
la solitaire rose de ton haleine.

J’ai peur d’être sur ce versant
un tronc sans rameaux et désespère
de n’avoir fleur, pulpe, ni terre
polir le ver de mon tourment.

Si tu es mon trésor caché,
si tu es ma croix, mon chagrin mouillé,
si je suis le chien de ta seigneurie,

ne me laisse perdre ce que j’ai gagné
et vois ta rivière embellie
des  feuilles de mon automne dévoué.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Andrey Remnev

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une heure Pleine de charité (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



Quand à regarder l’horizon
Ma volonté de crier
Etait le son d’une trompette,
Je sentais que la pierre
Etait mon coeur, le soleil
Bruyant sur ma joue.
Il est plus cher à ma vie à présent
De penser que je suis seul à souffrir:
Plus tard, cette illusion
Passera. A grand peine
Je désespère de mon bonheur,
Un jour comme celui-ci, riche
De fortes sonneries, une heure
Pleine de charité.

(Leonardo Sinisgalli)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

« Les jardins de notre enfance. » (Vincent La Soudière)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



 

Illustration: Joan Justis    
    
« Les jardins de notre enfance. »
Voilà une phrase qui me trotte en tête depuis plusieurs jours.
On la dirait sortie d’un rêve, et peut-être en est-il ainsi.
J’ai beaucoup fréquenté les jardins au cours de mon enfance,
souvent en compagnie de ma cousine, dans un sentiment de joie indescriptible.
J’aimerais bien mourir dans un jardin entouré d’arbres et de fleurs, de parfums de fleurs.
Cette prédilection pour les jardins ne me quittera jamais.
Seul a disparu l’âge que j’avais à côté de ma cousine
et les cyclamens que nous cueillions à l’orée du bois.
C’est ce bonheur-là qui m’a permis de ne pas mourir prématurément
ni de désespérer tout à fait de cette vie.

(Vincent La Soudière)

 

Recueil: Brisants
Traduction:
Editions: Arfuyen

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La messagère d’un amour futur (Pierre-Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018



La messagère d’un amour futur
S’est avancée : elle ouvre un gouffre noir
De la très noire porte et elle entend
Venir et revenir les oiseaux destructeurs

L’ennemi est partout dans l’espace et le coeur
Quel âpre ennemi celui du voyageur,
Cette nuit, errant dont les pieds désespèrent
Du sol de la lumière et de la terre !

C’est dans l’effort de plus intime nuit
Que je concentre un pas limpide et m’affranchis
Dans l’horreur et vers les animaux très clairs.

(Pierre-Jean Jouve)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Ciel d’orage en août (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



orage  [800x600]

Ciel d’orage en août.
Souffles brûlants.
Nuages noirs.

A l’est pourtant,
une bande bleue, délicate,
transparente.
Impossible de la regarder.

Sa présence est une gêne
pour les yeux et pour l’âme.
C’est que la beauté est insupportable.

Elle nous désespère,
éternité d’une minute
que nous voudrions pourtant étirer
tout le long du temps.

(Albert Camus)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

Le papillon bat des ailes (Issa)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2018



 

Le papillon bat des ailes
comme s’il désespérait
de ce monde

(Issa)

Illustration: Hokusaï

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

L’idée fixe (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

L’idée fixe

Je t’apporte une petite algue qui se mêlait à l’écume de la mer et ce peigne
Mais tes cheveux sont mieux nattés que les nuages avec le vent avec les
rougeurs célestes et tels avec des frémissements de vie et de
sanglots que se tordant parfois entre mes mains ils meurent avec les
flots et les récifs du rivage en telle abondance qu’il faudra longtemps
pour désespérer des parfums et de leur fuite avec le soir où ce
peigne marque sans bouger les étoiles ensevelies dans leur rapide et
soyeux cours traversé par mes doigts sollicitant encore à leur racine
la caresse humide d’une mer plus dangereuse que celle où cette
algue fut recueillie avec la mousse dispersée d’une tempête.
Une étoile qui meurt est pareille à tes lèvres.
Elles bleuissent comme le vin répandu sur la nappe.
Un instant passe avec la profondeur d’une mine.
L’anthracite se plaint sourdement et tombe en flocons sur la ville
Qu’il fait froid dans l’impasse où je t’ai connue.
Un numéro oublié sur une maison en ruines
Le numéro 4 je crois.
Je te retrouverai avant quelques jours près de ce pot de reine-marguerite
Les mines ronflent sourdement
Les toits sont couverts d’anthracite.
Ce peigne dans tes cheveux semblables à la fin du monde
La fumée le vieil oiseau et le geai
Là sont finies les roses et les émeraudes
Les pierres précieuses et les fleurs
La terre s’effrite et s’étoile avec le bruit d’un fer à repasser sur la nacre
Mais tes cheveux si bien nattés ont la forme d’une main.

(Robert Desnos)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :