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Posts Tagged ‘désespoir’

Je ne veux pas qu’elle soit morte (Albert Cohen)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



Je ne veux pas qu’elle soit morte.
Je veux un espoir, je demande un espoir.
Dieu de ma mère, mon Dieu que j’aime
malgré mes blasphèmes de désespoir.
Je T’appelle au secours.

Aie pitié de ce mendiant abandonné au coin du monde.
Je n’ai plus de mère, je n’ai plus de maman,
je suis tout seul et sans rien
et j’appelle vers Toi qu’elle a tant prié.

Donne-moi la foi en Toi,
donne-moi la croyance en une vie éternelle.
Cette croyance, je l’achèterais au prix d’un milliard d’années en enfer.
Car après ce milliard d’années en enfer où l’on Te nie,
je pourrai revoir ma mère qui m’accueillera,
sa petite main timidement à la commissure de sa lèvre.

(Albert Cohen)

Illustration

 

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Visages (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2021




    
Visages qui apaisent

Visages qui ne sont que refus

Visages au regard éteint

Visages que la timidité verrouille

Visages qui inquiètent

Visages creusés par la faim

Visages qui ouvrent la porte
sur une amitié

Visages vides qui ne laissent
pressentir aucun arrière-pays

Visages dévastés par la maladie

Visages empreints d’une bonté
qui réchauffe

Visages durcis par la haine

*

Visages où demeurent les traces
du combat qui les a pacifiés

Visages qui vous font
vous rétracter

Visages trop lisses
sur lesquels rien ne se lit

Visages dont la dureté
vous glace vous scelle les lèvres

Visages douloureux
où affleure un secret
qu’on aimerait connaître

Visages et regards
de ceux qui sombrent

Visages qu’un excès de souffrance
a figés à jamais
au-delà du désespoir

Visages à l’expression
décidée et hautaine

Visages qui rayonnent
une douce lumière
et dont on garde la nostalgie

*

Visages compassés
façonnés par les conventions

Visages qui consentent
au regard qui les pénètre

Visages las impavides
revenus de tout

Visages d’enfants
d’une grâce infinie

Visages concentrés
à l’écoute
du murmure intérieur

Visages dont la beauté
émerveille

Visages qui vous ouvrent
vous dilatent
vous aimantent

Visages visages visages

Une des grandes et inépuisables
richesses de la vie

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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ÉPITAPHE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
ÉPITAPHE

Ils moururent de l’épidémie, les meilleurs : les uns,
la peste les emporta; d’autres, la grippe que l’on
appela espagnole ; et il y eut ceux de la
danse de Saint-Guy ; ceux de la lèpre, ceux de la
phtisie, galopante ou non. Et cela, quand
ils ne se tiraient pas un coup de feu dans la tête, ne se
pendaient pas à un réverbère, ne se jetaient pas
dans le fleuve. Il y eut encore ceux qui cessèrent
d’écrire; ceux qui burent jusqu’à perdre
la raison ; ceux qui, purement et simplement,
renoncèrent sans explication. Comme si
la vie dépendait de si peu —
des lignes griffonnées sur du papier brouillon,
des phrases qui pouvaient rimer ou non,
des pensées… qu’ils auraient pu
garder pour eux-mêmes. Cependant,
quand je les lis, je comprends leur
désespoir. La beauté n’apparaît pas
tous les jours aux yeux d’un homme;
la perfection ne paraît pas toujours
une chose de ce monde. Oui :
je monte les escaliers jusqu’en haut,
d’où l’on voit la ville, bien que
le temps soit à la tempête. Que
se passe-t-il, en cet instant, sous
ces toits ? Quelle épidémie, plus
subtile, saisit au sol ceux qui,
naguère encore, rêvaient de s’envoler?

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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La nuit (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



Illustration: Annie Predal
    
La nuit, on se connaît par la voix, par la respiration,
par une noire tendresse des bras ;
on se connaît lentement,
comme si on ne s’était jamais rencontré,
ni échangé les mots étranges d’un adieu;
on se connaît par le désespoir de l’ignorance,
qui aux uns et aux autres dérobe le sentiment,
les laissant livrés à la sécheresse d’un reflet.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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La descente est appel comme la montée fut appel (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



La descente est appel
comme la montée fut appel
Avec le soir, l’amour s’éveille
quoique ses ombres
s’animent pour cela
que le soleil brille –
s’assoupissent soudain et se détachent
du désir.
Un amour sans ombre vibre soudain
commence à s’éveiller
comme la nuit
avance.
La descente
faite de désespoirs
et privée de perfection
accomplit un nouvel éveil :
qui est un retournement
du désespoir.

(William Carlos Williams)

Illustration: Stéphane Texereau

 

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Dédales sourds (Mokhtar El Amraoui)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2020



Illustration: Nupur Choudhary
    
Dédales sourds

Les fibres des heures tissent
Les livres des jours
S’envolent en étincelles
Les sillons rêveurs des labours
S’ouvrent aux cris les dédales sourds
Et de nouvelles portes invitent les bras lourds
De tant de désespoirs à s’envoler
Telles des ailes fleurissant d’amour

©Mokhtar El Amraoui in « Dans le tumulte du labyrinthe »

(Mokhtar El Amraoui)

son site https://mokhtarivesenpoemesetautresvoyages.blogspot.com/

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Ce qui m’appartient (Fily Dabo Sissoko)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



Fily Dabo Sissoko 
    
Ce qui m’appartient

Ce qui m’appartient, ce n’est point l’habit que j’endosse.
D’autre en ont, tout pareils.
Ce n’est point la case qui abrite mes nuits. D’autres en ont, tout pareilles.
Ce n’est point la bonne chère. D’autres font mieux, en tous genres.
Ce n’est point la fortune. Elle vient et passe comme bulle de savon.
Ce n’est point la misère. Elle accable d’autres malheureux, bien plus que moi.
Ce qui m’appartient, c’est la maladie : personne ne vient souffrir à ma place.
Ce qui m’appartient, c’est le remords. Personne ne vient l’endurer à ma place.
Il me dévore de l’intérieur, avive mes réflexes et peut m’entraîner à des actes de désespoir.
Ce qui m’appartient, c’est ma foi qui me suit dans la tombe,
livré aux termites et aux asticots, serré de partout par cette poussière
qui m’a donné naissance; et à laquelle j’ai fait retour.

(Fily Dabo Sissoko)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Ah, cesse, cesse d’être ce pantin (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
Ah, cesse, cesse d’être ce pantin balloté entre espoir et désespoir !
Fais halte !

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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Chanson (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



Illustration: Andrzej Malinowski
    
Chanson

Ta voix est un savant poème …
Charme fragile de l’esprit,
Désespoir de l’âme, je t’aime
Comme une douleur qu’on chérit.

Dans ta grâce longue et blêmie,
Tu revins du fond de jadis …
Ô ma blanche et lointaine amie,
Je t’adore comme les lys !

On dit qu’un souvenir s’émousse,
Mais comment oublier jamais
Que ta voix se faisait très douce
Pour me dire que tu m’aimais ?

(Renée Vivien)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Quand les femmes parlent d’amour
Traduction:
Editions: POINTS

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Je sais parce que je le dis (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020




    
Je sais parce que je le dis
Que mes désirs ont raison
Je ne veux pas que nous passions
A la boue
Je veux que le soleil agisse
Sur nos douleurs qu’il nous anime
Vertigineusement
Je veux que nos mains et nos yeux
Reviennent de l’horreur ouvertes pures

Je sais parce que je le dis
Que ma colère a raison
Le ciel a été foulé la chair de l’homme
A été mise en pièces
Glacée soumise dispersée
Je veux qu’on lui rende justice
Une justice sans pitié
Et que l’on frappe en plein visage les bourreaux
Les maîtres sans racines parmi nous

Je sais parce que je le dis
Que mon désespoir a tort
Il y a partout des ventres tendres
Pour inventer des hommes
Pareils à moi
Mon orgueil n’a pas tort
Le monde ancien ne peut me toucher je suis libre
Je ne suis pas un fils de roi je suis un homme
Debout qu’on a voulu abattre

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésie ininterrompue
Traduction:
Editions: Gallimard

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