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Poésie

Posts Tagged ‘désespoir’

Pour rien ma journée est passée (Younous Emré)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Pour rien ma journée est passée
De toi que ferai-je, ma vie ?
Tu n’as pas pu me contenter
De toi que ferai-je, ma vie ?

Venu ? Passé ? Comment savoir ?
Pour moi ni pleurs ni désespoir
Te quitter ? Je ne l’ai pas dit
De toi que ferai-je, ma vie ?

En bien, en mal tout sera mis
Le fil de vie sera rompu
Mon visage se défera
De toi que ferai-je, ma vie ?

Tu partiras sans revenir
Tu reviendrais sans me trouver
Ce moi, ne va pas le prolonger
De toi que ferai-je, ma vie ?

Mais où est ma confiance en toi ?
Ma confiance me consolait
Tous mes acquis ne sont plus rien
De toi que ferai-je, ma vie ?

Pauvre Younous, tu partiras
Curieux voyage tu feras !
Nostalgique tu resteras
De toi que ferai-je, ma vie ?

(Younous Emré)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Chanson dans le vent (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

Chanson dans le vent

C’est l’oiseau qui vole bas, c’est l’hirondelle bleu noir.
C’est l’amour que je n’ai pas, c’est mon coeur au désespoir.

C’est comme à la fin des jours, c’est mon chagrin d’hier soir.
C’est la fin de tout amour, c’est mon coeur au désespoir.

C’est l’hirondelle bleu noir, c’est l’oiseau qui vole bas.
C’est mon coeur au désespoir, c’est l’amour que je n’ai pas.

(Paul Fort)

Illustration: Sonia Mandel

 

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Ce n’est pas dieu qui nous aime, c’est nous qui l’aimons (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



Ce n’est pas dieu qui nous aime, c’est nous qui l’aimons.
Qui nous tendons vers lui dans le désir d’autre chose,
de quelque chose au-delà de nous,
comme fait l’amour.
Et d’autant plus ardent notre désir qu’il est moins entendu,
plus profond notre désespoir de comprendre que nous
sommes abandonnés.
Que nous ne sommes aimés de personne.
Qu’y a-t-il de profond comme le manque,
comme l’amour sans réponse.

***

Det är inte gud som älskar oss, det är vi som älskar honom.
Som sträcker oss efter honom i längtan efter något annat,
något utöver oss själva,
så som kärleken gör.
Och vår längtan blir hetare ju mindre den besvaras,
vår förtvivlan djupare ju mer vi förstår att vi är övergivna.
Att vi är älskade av ingen.
Vad är djupt som saknad, som obesvarad kärlek.

(Pär Lagerkvist)

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A HÉLÈNE (Edgar Allan Poe)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017




A HÉLÈNE

Hélène, pour moi, ta beauté
Est pareille à ces nefs antiques de Nicée,
Qui, paisiblement, sur une mer embaumée,
Portaient le voyageur défait et fatigué
Jusqu’à son rivage natal.

Moi, l’éternel errant des mers du désespoir,
Tes cheveux hyacinthe, tes traits de madone,
Tes airs de nymphe m’ont au logis ramené
Vers la gloire que fut la Grèce
Et vers la grandeur que fut Rome.

Là, dans l’encadrement de ta haute fenêtre,
Et tenant cet objet d’onyx, lampadophore !
Ne m’apparais-tu pas telle quelque statue,
Psyché, fille des régions
Qui sont la Terre Sainte ?

***

Helen, thy beauty is to me
Like those Nicéan barks of yore,
That gently, o’er a perfumed sea,
The weary, wayworn wanderer bore
To his own native shore.

On desperate seas long wont to roam,
Thy hyacinth hair, thy classic face,
Thy Naiad airs have brought me home
To the glory that was Greece
And the grandeur that was Rome.

Lo! in yon brilliant window-niche
How statue-like I see thee stand,
The agate lamp within thy hand!
Ah! Psyche, from the regions which
Are Holy-land!

(Edgar Allan Poe)

Illustration: Evelyn De Morgan

 

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Au Bois Lacté (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



Au Bois Lacté

Le temps passe. Écoute.
Le temps passe. Rapproche-toi.

Tu es le seul à pouvoir entendre le sommeil des maisons, dans les rues,
dans la nuit lente profonde salée et noire de silence, la nuit en bandelettes.

Toi seul peux voir, dans les chambres aveuglées de jalousies,
les combinaisons culottes et les jupons sur les chaises,
les brocs et les cuvettes, les verres à dentiers, le Nième Commandant au mur
et les portraits jaunissants des morts attendant le petit oiseau qui va sortir.

Toi seul peux entendre et voir, derrière les yeux des dormeurs,
les mouvements et les pays et les labyrinthes
et les couleurs et les constellations et les arcs-en-ciel
et les airs de chansons et les désirs et les envolées
et les chutes et les désespoirs et les mers immenses de leurs songes…

***

Under Milk Wood

Time passes. Listen. Time passes.

Come closer now.
Only you can hear the houses sleeping in the streets
in the slow deep salt and silent black, bandaged night.

Only you can see in the blinded bedrooms,
the combs and petticoats over the chairs,
the jugs and basins, the glasses of teeth, Thou Shalt Not on the wall,
and the yellowing, dickybird-watching pictures of the dead.

Only you can hear and see, behind the eyes of the sleepers,
the movements and countries and mazes
and colours and dismays and rainbows
and tunes and wishes and flight
and fall and despairs and big seas of their dreams.

(Dylan Thomas)

 

 

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SUR CETTE TERRE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

Koh Sang Woo 1978 - Korean photographer   (2) [1280x768]

SUR CETTE TERRE

Caressant ton jeune corps ma main du même corps caressant
le monde, la terre entière, toute la création,

Sur le ciel la lune grêlée, Sahara de la voie
lactée ne me semblait ni lointaine, ni indifférente
à l’appel de mes bras

m’abandonnant à certain désespoir, à l’échelle
des dieux, je n’en menais pas large

mes pressentiments allaient au delà de tout, dépassant
les froides frontières, me menaient jusqu’où peut aller l’esprit

J’ai pu aussi me construire ma maison, demeure
d’ambiance féminine, plus durable que cette clarté
d’étoiles, dans son lit à sa fenêtre.

(Gyula Illyès)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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Entre étoiles et destin inaccompli (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



J’ai souffert, Aimé, d’un coeur lourd d’année
En année avant de voir ton visage,
Et peine après peine prenaient la place de
Ces joies naturelles et légères portées
Comme des perles… soulevées tour à tour
Par un cœur battant à l’heure de la danse.
L’espoir changé en désespoir, la grâce
De Dieu même pouvait à peine soutenir mon
Cœur lourd. Alors tu me prias de le
Laisser choir en ton être calme et profond!
Aussitôt il coula, comme une chose
Dont la propre nature se précipite,
tandis que tu l’enclos, t’interposant
Entre étoiles et destin inaccompli.

(Elizabeth Browning)

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Les colombes (Germain Nouveau)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



Ni tout noirs, ni tout verts, couleur
D’espérances jamais en fleur,
Les ifs balancent des colombes,
Et cela réjouit les tombes.

Elles éclatent, dans les ifs,
Ainsi que des fruits excessifs,
Effeuillant leurs plumes perdues
Au vent des vieilles avenues.

Dans l’azur qui va s’éclairant,
En haut de l’arbre le plus grand,
Qui monte, tel qu’une fusée,
Une entre autres est balancée.

Sous ses beaux yeux délicieux
Elle semble, d’un coin des cieux,
Couver l’aurore qui s’est faite
Au fond du cimetière en fête.

Et chaque arbre, panache noir
Du plus minable désespoir,
Sous les planches plumes en foule
Est un colombier qui roucoule

Ces oiseaux, dont les voix sont soeurs,
Ces adorables obsesseurs,
Ce sont évidemment les âmes
Des demoiselles et des dames

Dont la tombe douce reluit
Et dont la lune, chaque nuit,
Epelle, à ses lueurs glacées,
Les épitaphes insensées!

(Germain Nouveau)


Illustration

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LA GUEULE DU LOUP (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

LA GUEULE DU LOUP

I
La gueule du loup n’est pas la fleur
bavarde et pourpre
qui ferait
n’est-ce pas
le désespoir du peintre ?
A nous, la page vide suffit.

II
Il s’en faut de peu
Du rire bleu
du gaz montrant les dents.
D’une peur,
la nuit noire.
Ayez les dents
ferrées à glace,
sur le chemin de crête
où marche le cri.

III
Vous qui voulez écrire
broyez du noir
Faites votre encre vous-même.

IV
Les aiguilles du temps
dans les veines
pour en finir
(lettre à lettre s’égoutte
une espèce de sang)
ivre pauvrement
d’une overdose de vivre.

V
En désespoir de cause,
essayez de vous pendre
tout en haut de la page
Dès lors, tressez solide
le fil du récit.

(Claude Michel Cluny)

 

 

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LE FUSIL (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

William Burroughs ShotgunArt

LE FUSIL

Auprès de mon lit
J’ai un fusil.
Quand je suis malade
Et que je me réveille en sursaut,
La nuit,
J’ouvre la fenêtre et tire dans le ciel
(Houle dénouée, l’azur paisible porte
Les étoiles par-delà les monts)
En signe de désespoir.
Autour de moi scintillent
Tous mes frères, les morts,
Mes jeunes frères sans yeux.

Et je tire au secours,
Parce qu’il me semble que tout
Brûle autour de moi,
Autour d’eux.

Mon frère m’apporte
De l’eau claire — oh! comme je les vois
Mieux maintenant.
Puis de nouveau la nuit
Et la lourde sueur.

(Srecko Kosovel)

Illustration: William Burroughs

 

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