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Poésie

Posts Tagged ‘désespoir’

L’aimée (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: Salvador Dali
    
L’aimée

L’aimée est riveraine
Son teint doux au toucher
Sa voix est incertaine à ceux qui ont osé
Les intimes nuances de ses bras d’évadée

Elle respire avec l’immense désespoir
D’un vaisseau chaviré
Dans la boue de l’intense

Son amande est d’abord un silence inutile
Comme une harpe sèche dont on brise les mains
Son visage un instant est l’immense harmonie
D’un silence guidé par le sable des routes

Regarde sa patrie de troupeaux mutilés
Regarde avec souci son image défunte

Car elle est le très grand pays où le temps vit.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre
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La Mer (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018




La Mer

La mer pousse une vaste plainte,
Se tord et se roule avec bruit,
Ainsi qu’une géante enceinte
Qui des grandes douleurs atteinte,
Ne pourrait pas donner son fruit ;

Et sa pleine rondeur se lève
Et s’abaisse avec désespoir.
Mais elle a des heures de trêve :
Alors sous l’azur elle rêve,
Calme et lisse comme un miroir.

Ses pieds caressent les empires,
Ses mains soutiennent les vaisseaux,
Elle rit aux moindres zéphires,
Et les cordages sont des lyres,
Et les hunes sont des berceaux.

Elle dit au marin : « Pardonne
Si mon tourment te fait mourir ;
Hélas ! Je sens que je suis bonne,
Mais je souffre et ne vois personne
D’assez fort pour me secourir ! »

Puis elle s’enfle encor, se creuse
Et gémit dans sa profondeur ;
Telle, en sa force douloureuse,
Une grande âme malheureuse
Qu’isole sa propre grandeur !

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Brigitte Perrault

 

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Orties et fleurs (Jean-Paul Hameury)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Patientes aussi
sont les graines du désespoir.

Et le vieil homme échoué
au bord du printemps
sent renaître en lui les chiendents
que l’hiver ne tue pas.

Naguère encore il espérait
qu’il s’en délivrerait.

Désormais oublieux
des chemins trop sûrs
il se contente de regarder
orties et fleurs s’entremêler.

(Jean-Paul Hameury)

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Les oies sauvages (Mary Oliver)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Les oies sauvages

Tu n’as pas à faire preuve de bonté.
Tu n’as pas à faire pénitence
et parcourir cent kilomètres sur les genoux dans le désert.
Il te suffit de laisser le doux animal de ton corps aimer
ce qu’il a envie d’aimer.
Parle-moi de désespoir, de ton désespoir, et je te parlerai du mien.
Pendant ce temps, la Terre continue de tourner.
Pendant ce temps, le soleil et les perles limpides de la pluie
traversent les paysages,
balayant les prairies et les arbres enracinés,
les montagnes et les rivières.
Pendant ce temps, là-haut, dans le bleu pur du ciel,
les oies sauvages reviennent, une fois encore, au pays.
Qui que tu sois, quelle que soit la profondeur de ta solitude,
le monde s’offre à ton imagination,
comme les oies sauvages, il t’appelle de son cri strident
et exaltant.
Sans cesse, il proclame ta place
au sein de la famille des choses de l’univers.

***

Wild Gees

You do not have to be good.
You do not have to walk on your knees
for a hundred miles through the desert repenting.
You only have to let the soft animal of your body
love what it loves.
Tell me about despair, yours, and I will tell you mine.
meanwhile the world goes on.
meanwhile the sun and the clear pebbles of the rain
are moving across the landscapes,
over the prairies and the deep trees,
the mountains and the rivers.
meanwhile the wild geese, high in the clean blue air,
are heading home again.
Whoever you are, no matter how lonely,
the world offers itself to your imagination,
calls to you like the wild geese, harsh and exciting –
over and over announcing your place
in the family of things.

(Mary Oliver)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Ma mère avec son âme (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



 

Giuseppe Pellizza da Volpedo (Italian artist, 1868-1907) My Mother 1890 (2)

Ma mère avec son âme dans les radeaux de ses yeux
scrute le désespoir masqué de mon visage

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Giuseppe Pellizza da Volpedo

 

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Shikinejima (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



 

Ginkgo

Shikinejima
Sables, rocs, les pins y vivent
leurs simples désirs.
Toi, comment t’enraciner !
Printemps que parfume
rêve adolescent
l’haleine des camphriers.

*
Tu seras venu
aimant dans les eaux de fer
nu d’un bandeau blanc.

*
L’oiseau fleurit le ginkgo
couleurs infidèles
Mais ses pétales, aussi, chantent !

*
Un peu de pluie, grise,
efface les pins. Fatigue
heureuse, cerne tes yeux.

(Claude Michel Cluny)

Illustration

 

 

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LA FLEUR D’OUBLI (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018




    
LA FLEUR D’OUBLI
Che-King

[…]

Je sais bien où la trouver, la plante bienfaisante qui donne l’oubli ;
elle croît dans l’enclos de la maison, du côté du nord.

Mais je n’irai pas la cueillir, je ne veux pas oublier.

Je suis torturée par le désespoir, et pourtant, ce désespoir,
je le chéris puisque c’est tout ce qui me reste du bien-aimé !

(Livre des Vers, chant VIII, section V.)

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Mon rire (Sarah Kane)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2018




    
Mon rire est une bulle de désespoir.

***

My laughter is a bubble of despair.

(Sarah Kane)

 

Recueil: Crave

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PAR DES BARREAUX NOUVEAU-NÉS (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Illustration: Edward Hopper
    
PAR DES BARREAUX NOUVEAU-NÉS

Une femme en amour devant une fenêtre vide. Des
yeux bleu ardent, bleu lanière. Un corps arqué sur le
désespoir de son nom. Dehors le grand tumulte harassé
des étoiles contre le ciel semble ne plus s’ouvrir, ne plus
suspendre l’issue de leur perfection qu’à cette véhé-
mence brouillée de larmes puériles, qu’à ce gémisse
ment, qu’à ce silence.

(Jacques Dupin)

 

Recueil: Le corps clairvoyant
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le coeur inlassable (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018




    
le coeur inlassable

soulever ton silence
gagner sur ton épaule
la fleur qui brûle sa chance

cette défection de tendresse
cette solitude d’orchidée
et le fardeau penché du visage

la durée qui s’y entrepose
et que n’offusque aucun voile ni
le bord du vent endormi sur ta bouche

sous la poussée d’une furieuse aurore
le pouvoir d’une absence prolifique
s’arrogeant ton nom et le mien

et t’entourer de cette persuasion
de cette dure lampe qui creuse
une rumeur de vent

dans une graduelle chaleur
polie par le désespoir

(Mohammed Dib)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: De la Différence

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