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Poésie

Posts Tagged ‘désigner’

Pour ce qui compte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
Pour ce qui compte
tout nom est démesure.
Pour ce qui ne compte pas
tout nom est superflu.

Nommer est un exercice erroné.
Il faut trouver une autre façon
de désigner les choses.
Par exemple,
les appeler avec des silences
ou avec le vide qui les sépare
ou avec l’espace sonore
qui reste entre les mots.

Mais chaque chose est une réponse au rien.
C’est pourquoi il faut peut-être appeler les choses
avec cette réponse.

***

Para aquello que importa
todo nombre es desmesura.
Para aquello que no importa
todo nombre sobra.

Nombrar es un ejercicio equivocado.
Hay que hallar otro modo
de señalar a las cosas.
Por ejemplo,
llamarlas con silencios
o con el vacío que las separa
o con el espacio sonoro
que queda entre las palabras.

Pero cada cosa es una respuesta a la nada.
Ypor eso tal vez baya que llamar a las cosas
con esa respuesta.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Il y a un nom perdu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Il y a un nom perdu.

Nous ne savons pas s’il a toujours été perdu,
une seconde après avoir été prononcé
ou peut-être déjà d’avant.

Nous ne savons pas si quelqu’un l’a caché
et oublia l’endroit,
ou si l’endroit disparut de lui-même.

Nous ne savons pas s’il fut peut-être retiré
du flux furtif des noms
afin de préserver une anomie
indispensable dans l’ouvert.

Nous ne savons pas si la futilité de l’homme
le laissa choir
comme un déchet supplémentaire
dans la pente générale des déchets.

Mais maintenant il nous manque.
Non pour désigner ceci ou cela
parmi tant de choses qui n’ont pas de nom.

Son manque nous affecte plus au fond :
le nom perdu
fracture les noms du reste des choses.

Le nom perdu
creuse petit à petit les autres noms
et nous abandonne dans ce presque unanime désert de mots,
où le vent de la nuit
change de place tous les lieux.

Le vent de la nuit
ou une topographique vengeance de l’abîme.

De sorte que la perte d’un nom
nous a fait perdre tous les noms.

***

Hay un nombre perdido.

No sabemos si estuvo siempre perdido,
desde un segundo después de articulado
o quizá desde antes.

No sabemos si alguien lo ocultó
y olvidó el lugar
o si el lugar desapareció por si mismo.

No sabemos si tal vez fue retirado
del flujo furtivo de los nombres
para preservar una anomia
imprescindible en lo abierto.

No sabemos si la trivialidad del hombre
dejó que se cayera
como un desecho mas
en el declive general de los desechos.

Pero ahora lo extrañamos.
No para designar esto o aquello
entre tantas cosas que no tienen nombre.

Su falta nos afecta más adentro:
el nombre perdido
fractura los nombres de todas las otras cosas.

El nombre perdido
ahueca poco a poco todos los otros nombres
y nos deja abandonados en este casi un
unánime desierto de palabras,
donde el viento de la noche
cambia de sitio todos los lugares.

El viento de la noche
o una topográfica venganza del abismo.

Así el extravío de un nombre
nos ha hecho perder todos los nombres.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Une douleur se plaint (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018



    

Une douleur se plaint
de ne pouvoir se dire

Halo tremblant
autour du corps

Reptation lente
à ras sous la peau

Sans lieu
souffrant d’ errer

Si proche cependant
nodosité mouvante
étranglement d’être

Stase opaque
aux frontières
d’un lacis d’angoisses

Vacille ténue
reflue se retire
épuisée
de n’ avoir su désigner
la vérité qu’elle recelait

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Nuages épars (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
Nuages épars
désemparés
édredons moisis
égarés par hasard

Dociles
ils attendent
la brise bergère
qui leur désignera
le sens
les rassemblera
vers l’horizon
censé devenir leur

Passagèrement

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Je m’acharne à croire aux mots (Ludovic Janvier)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2018



 

Je m’acharne à croire aux mots, seulement voilà :
on les croit faits pour désigner les choses, or ils désignent le manque d’elles.
Leur lointain, si vous préférez. Et c’est ce lointain qui nous écarte de nous.

(Ludovic Janvier)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Alberto Giacometti

 

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Débaptiser le monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: René Magritte
    
Débaptiser le monde,
sacrifier le nom des choses
pour gagner leur présence.
Le monde est un appel nu,
une voix, pas un nom,
une voix porteuse de son propre écho.

Et la parole de l’homme est une part de cette voix,
non pas un signe du doigt
ni une étiquette d’archive
ni un profil de dictionnaire
ni une carte d’identité sonore
ni un drapeau indicatif
de la topographie de l’abîme.

L’оffiсе de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela,
est un acte d’amour : crier de la présence.

L’office de la parole
est que le monde puisse dire le monde,
que le monde puisse dire l’homme.

La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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ROMANCE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




Illustration: Andrzej Malinowski

    
ROMANCE

Je garde dans la solitude
comme un pressentiment de toi.
Tu viens ! et le ciel se déploie,
la forêt, l’océan reculent.

Tous deux le soleil nous désigne
par-dessus la ville et les toits
les fenêtres renvoient ses lignes
les fleurs éclatent comme des voix.

Lorsque ton jardin nous reçoit,
ta maison prend un air étrange :
comme un reflet, la véranda
nous accueille, sourit et change.

Les arbres ont de grands coups d’ailes
derrière et devant les buissons.
La vague, au loin, parallèle,
se met à briller par frissons.

Je garde dans la solitude
comme un pressentiment de toi.
Tu viens ! et le ciel se déploie,
la forêt, l’océan reculent.

(Max Jacob)

 

Recueil: Actualités éternelles
Traduction:
Editions: De la Différence

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Oubli des mots (Joseph Julien Guglielmi)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



    

Oubli
des
mots

ce qui
subsiste
se

désigne
par
fragments

(Joseph Julien Guglielmi)

 

Recueil: Carnets de nul retour
Traduction:
Editions: Dumerchez

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Nul être n’est ni engendré, ni détruit (Anaxagore)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Nul être n’est ni engendré, ni détruit
mais tout se trouve composé et discriminé à partir des choses qui existent.
Ainsi conviendrait-il de désigner plus correctement
la génération par la composition et la mort par celui de discrimination.

(Anaxagore)

 

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Je m’appuie sans réserve au garde-fou de ton souffle (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



 

Je m’appuie sans réserve au garde-fou de ton souffle
qu’il s’interrompe ou s’élance
qu’il me désigne ou m’ignore
et il me semble que pour la première fois
ma dépendance et ma liberté
se toisent sans se haïr

(Georges Henein)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Chelin Sanjuan

 

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