Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘désir’

La clairière (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019




Illustration: Alexandra Cecconi
    
La clairière,
Elle s’ouvre à chaque pas
Même si tu ne la vois pas.
Elle appartient au chant du fleuve.
Elle niche avec ses oiseaux
Dans le feu des journées.
Elle n’a pas d’autres rides
Que celles du vent remontant vers la Source.

Elle pactise avec le silence,
Avec le souffle,
Avec le rien.

Elle n’attend ni ne guette aucune proie.
Elle laisse aller l’ici
Dans le chant de sa présence.
Elle n’est sûre que de la joie verticale
Et du secret qui la concerne.
Elle est partout décentrée d’elle-même
Et du désir d’en dire trop.

Elle n’a pas son pareil
Pour éveiller les morts.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres
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J’AVAIS TEINT LE FRONT (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Abdalieva Akzhan

 

J’AVAIS TEINT LE FRONT

J’avais teint le front avec laideur
au fond d’une rue sans soleil
recherchant l’emblème et la clef

Des marches infinies

Mais ta voix me devint ce message de soleil
de degrés sonores
afin que je me réveille au flanc de la mer

Désir arbre ancien
sein chaud connaissance suave
sein doux la fraîcheur des tombeaux
patrie engloutie

Nous marchâmes à côté des vagues
pour dormir ensemble parmi les pierres
souples et chaudes de feu et de mémoire

Les morts mâchent des remords
ceux qui ne se retournèrent pas sur l’autre flanc
ou ne connurent pas leur double emplacement

Cependant moi je te retrouverai
ombre sans fissure
dans l’éternité

Où deux mains et un baiser
allument le soleil

(Georges Themelis)

Illustration: Abdalieva Akzhan

 

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Réfléchis moi (Virginie Greiner)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Illustration: Béatrice Tillier
    
Réfléchis moi

Dans le reflet de tes yeux, je t’ai deviné.
Je vois le corps d’un autre dont je vais disposer.
Examine la langueur de mon regard.
Contemple nos anatomies se donnant au hasard.
Nous deux, amants. Sous peu.
Fin des objets fantasmés.
Rien de plus voluptueux qu’une étreinte embrasée
Par le visible désir de mon autre dualité.

(Virginie Greiner)

 

Recueil: EN MÂLES DE NUS
Traduction:
Editions: Attakus

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Perle d’Homme (Virginie Greiner)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Illustration: Olivier Grenson
    
Perle d’Homme

Envie de douceur, désir de sueur.
Frôlement de deux corps. Deux corps en un délicieux va-et-vient
Dans une nuit enrobée de moite chaleur.
Soudain, elle jaillit, là, au creux de ton ventre de soie.
Une goutte salée perle.
A peine le temps de suivre sa course lente
Sur les courbes onduleuses de ta hanche
Que déjà elle disparaît vers des abîmes qu’elle seule connaît.

(Virginie Greiner)

 

Recueil: EN MÂLES DE NUS
Traduction:
Editions: Attakus

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J’ai grandi en baignant dans l’eau de la nature (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




J’ai grandi en baignant dans l’eau de la nature
tel le mollusque dans le phosphore marin :
le sel brisé qui me heurtait et m’emplissait
de son écho, construisait mon propre squelette.
Comment vous expliquer : sans mouvement ou presque
de cette respiration, bleue haleine amère,
une à une les vagues répétèrent
ce que je pressentais et qui palpitait là,
et pour finir sel et écume me formèrent :
le dédain et aussi le désir d’une vague,
le rythme vert qui au coeur de l’impénétrable
bâtit un édifice transparent,
ce secret-là se maintint ferme et aussitôt
Je sentis que mon coeur battait à l’unisson :
que mon chant grandissait en même temps que l’eau.

(Pablo Neruda)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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L’inconstant (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




L’inconstant

Mes yeux s’en sont allés
derrière une brunette
qui passait.

Était de nacre noire,
était raisin violet.
De sa traîne de feu
elle a fouetté mon sang.

Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Une blonde est passée
telle une plante d’or
en balançant ses charmes.
Et ma bouche s’est faite
vague qui s’en allait
décharger des éclairs
de sang sur sa poitrine.
Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Mais vers toi, sans bouger,
sans te voir, ma lointaine,
mon sang, mes baisers volent,
ma brunette et clairette,
ma grande et ma petite,
ma vaste et ma menue,
ma jolie laideronne,
faite de tout l’argent
et faite de tout l’or,
faite de tout le blé
et de toute la terre,
faite de toute l’eau
des vagues de la mer,
faite pour mes deux bras,
faite pour mes baisers,
faite, oui, pour mon coeur.

(Pablo Neruda)

Illustration: Danielle McManus

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Désir du désir (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2019



Illustration
    
Désir du désir jamais rassasié du corps
de l’autre comme d’un horizon qui s’éloigne
à mesure. Ici tout tremble

De volupté, danse qui de toi
te rapproche, rose de chair heureuse

respirée dépliée
sous un plafond d’étoiles
et d’inquiétude.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE JOUR BAISSE LA TÊTE (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019




    
LE JOUR BAISSE LA TÊTE

Tu me vois désolé, Seigneur,
dans ton jour,
fermé à toute lumière.

Privé de toi, je panique,
la route d’amour perdue,
et il ne m’est ni grâce
ni angoisse de me chanter
ce qui assèche mes désirs.

Je t’ai aimé et fréquenté;
le jour baisse la tête
et je cueille les ombres des cieux:
quelle tristesse mon coeur
de chair!

***

SI CHINA IL GIORNO

Mi trovi deserto, Signore,
nel tue giorno,
serrate ad ogni luce.

Di te prive spauro,
perduta strada d’amore,
e non m’è grazia
nemmeno trepido cantarmi
the fa secche mie voglie.

T’ho amato e battuto;
si china il giorno
e colgo ombre dai cieli:
che tristezza il mio cuore
di carne!

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Essaie de les retenir (Constantin Cavafis)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018


 


 

Anne-François-Louis Janmot (5)

Essaie de les retenir, poète,
même s’il y en a peu qui s’arrêtent.
Les visions de ton désir.
Glisse-les, à demi voilées, dans tes phrases.
Essaie de les retenir, poète,
quand elles surgissent dans ton cerveau,
la nuit ou dans le plein éclat de midi.

(Constantin Cavafis)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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Protège-moi (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




Protège-moi, mon talisman,
Protège-moi quand on m’opprime
Et quand le repentir m’anime,
Cadeau d’un jour triste d’antan.

Quand des vagues de l’Océan
Monte autour de moi le tapage,
Quand le ciel tonne dans l’orage,
Protège-moi, mon talisman.

Quand je m’angoisse en combattant,
Quand je m’ennuie à ne rien faire.
Quand je suis seul, loin de ma terre,
Protège-moi, mon talisman.

De l’âme clair enchantement,
Suave et sainte duperie…
Dissimulé, il se renie…
Protège-moi, mon talisman.

D’un coeur blessé dans son élan
N’avive jamais la souffrance.
Dors, mon désir; plus d’espérance;
Protège-moi, mon talisman.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: Céline Pilon

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