Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘désir’

LE ROUGE-GORGE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



LE ROUGE-GORGE

Pour troubler ce bleu de colombe,
il suffit d’une ombre,
l’oeil à l’affût, d’un éclair,
d’un effleurement
— et voici déjà la blessure, effilée,
qui creuse son sillon à la source du sang.

Le rouge-gorge du couchant,
touché, tournoie, plane et descend.

L’oiseau de soif, l’oiseau de fièvre
se débat et s’agrippe aux lèvres.

Les forces du soleil déclinent.

Il suffit d’un mince poignard,
d’un désir en éclat d’épine…

(Christiane Barrillon)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ai perdu ce qui faisait de moi un poète (Mireille Havet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



J’ai perdu
ce qui faisait de moi un poète

et je suis devenue un être
avec toutes les paresses,
toutes les lâchetés,

tous les désirs des êtres
que la vie a domestiqués,

asservis sous son poing de fer,
courbés sous le joug de l’argent,
de l’amour et de l’ennui.

(Mireille Havet)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 8 Comments »

Jamais je n’oublierai cette nuit (Elie Wiesel)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



Jamais je n’oublierai cette nuit,
la première nuit dans un camp,
qui transforma ma vie en une longue nuit,
sept fois scellée

Jamais je n’oublierai cette fumée

Jamais je n’oublierai ces petits visages d’enfants
dont j’ai vu les corps se transformer en fumée
sous des cieux silencieux.

Jamais je n’oublierai ces flammes
qui consumèrent ma foi à jamais.

Jamais je n’oublierai le silence nocturne
qui m’ôta pour l’éternité le désir de vivre.

Jamais je n’oublierai ces moments
qui assassinèrent mon Dieu et mon âme
et transformèrent mes rêves en cendres.

Jamais je n’oublierai ces choses,
même si j’étais condamné à vivre
aussi longtemps que Dieu Lui-même.

Jamais.

(Elie Wiesel)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

BLEU D’ALCOOL (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



 

blue03

BLEU D’ALCOOL
(sur un vers d’Yvan Goll)

Noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

Emily Dickinson
caressant les confins du monde
contre le désir de poussière
contre le profond sommeil
contre les chutes trop anciennes

noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

Sylvia Plath
dans l’écho du tressaillement
avec tes mots liquides
tes mots désétoilés
dont on ne voit plus le fond

noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

Yves Klein
aveuglément aveuglément
descendu

toutes et tous
noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

contre toutes les fins
pour tous les commencements
le monde est un seul mot
dont je cherche le bleu
inépuisable

(Zéno Bianu)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Ciel est inhérent à l’Esprit (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017


daryl-taylor-fauconiere-204612a41

Le Ciel est inhérent à l’Esprit
Que si l’Esprit se dissolvait –
Son Site – nul Architecte
Ne le pourrait confirmer –

Il est aussi vaste – que notre Capacité –
Aussi clair – que notre idée –
Pour Qui en a un juste désir
Il n’est pas plus loin, qu’Ici –

(Emily Dickinson)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Le monde froid (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Le monde froid

Comme si les feux ne pouvaient
que brûler bas dans le brouillard,
mêlant le gris au gris,
voilant la face d’un soleil lunaire.

Comme si l’arbre sur la rive,
le décharné, grondait
d’un perpétuel hiver.

Les femmes, dans les cuisines,
parlent bas, serrent des châles gris
contre leur corps
que nul amour n’embrase et ne dévêt.

(saison de glace, de murmures,
de coeur plus sourd, battant dans le brouillard)

Tentons alors le mot lumière,
le mot mémoire, le mot désir:
beaux cavaliers lancés contre le froid.

(Jean Joubert)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Conversation (Thorkild Bjørnvig)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



 

Philippe Ramette __question

Conversation

Notre vie : un prélude à des choses
qui n’auront jamais lieu ;
une affaire de sentiments que nous savons perdue d’avance,
tourmentée par un réflexe conditionné des temps naïfs,
un fardeau de mensonges
que nous traînons avec nous dans la langue :
justice, amour, sagesse, une pièce de fantômes.
Touchez le fond des choses. Exigez une preuve.

Décide-toi, ô cœur, à plus que tu ne sais et ne vois ;
notre vie : un prélude infini qui apprécie, crée.
Est-ce que la vérité coïncide
avec nos déceptions,
avec nos défaites et nos souffrances ?
Est-ce que la mort est la plus profonde des vérités ?
Pouvons-nous languir de quelque chose d’inexistant
derrière le théâtre oscillant des désirs ?
Ça existe. Acceptons-nous d’en payer le prix ?

(Thorkild Bjørnvig)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Philippe Ramette

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

LES VIERGES VEUVES (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017




LES VIERGES VEUVES

Ceux que nous attendons ne viendront plus, mes soeurs!
Voici déjà l’automne en larmes sur les routes,
Et puis, les doigts chargés de rêves obsesseurs,
Voici venir le soir, l’heure lourde entre toutes !

Ceux que nous attendons ne viendront plus ! Nos fronts
S’inclinent sans espoir sur les calmes venelles.
Désormais, c’est en vain, mes soeurs, que nous viendrons
Mirer au lac des nuits notre attente éternelle.

Nul de tous les passants qui croisaient nos chemins
Ou même s’attardaient aux rondes des dimanches,
N’a senti les frissons dont s’agitaient nos mains
Ni les rouges vouloirs qui couvaient sous nos hanches ;

Nul, au fond de nos silences, n’a su saisir,
Tels ces grands nénuphars qui d’une eau morne émergent,
Nos amours de l’Amour, nos désirs du Désir,
Ni les candides impudeurs de nos chairs vierges !

Et c’est pourquoi, des blonds matins aux mauves soirs,
Avares d’un trésor que chaque heure mutile,
Nous allons, aux regards discrets de nos miroirs,
Compter en soupirant nos joyaux inutiles.

Nous inventons les mots d’aveux et de douceurs
Que nous auraient chantés les amants de nos songes ;
Mais vous savez dans quels mauvais sanglots, Ives soeurs,
S’achèvent, chaque fois, nos amoureux mensonges !

Nous savons bien que c’est fini, que nos doigts blancs
Ne passeront jamais l’anneau des épousailles,
Que la houle jamais ne connaîtra nos flancs,
Qu’il ne germera pas de fruits dans nos entrailles !

Nous savons bien que c’est fini, que nos genoux
N’endormiront jamais de douleurs enfantines
Et nous sentons déjà l’oubli pousser sur nous
Comme une ronce noire au milieu des ruines !

Et c’est ainsi, mes soeurs de peine et de secret,
Que chacune de nous s’empoisonne ou s’abreuve,
De l’impossible espoir à l’éternel regret,
De ses larmes de vierge à ses larmes de veuve.

(Pascal Bonetti)

Illustration: Katia Poulin

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LIED (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Alex Alemany secuencia-amorosa

 

LIED

Ah ce soir le vent, amoureux rêvant,
Va pastellisant du ciel émouvant…

Ah ce soir sans doute il est par le monde
Des mille et millions d’endroits où des vents,
Amoureux rêvant,
Ou hordes menant rondes furibondes,
Font des milliers d’yeux émus, par le monde.

Mais toi, faible toi,
Tu n’as que deux yeux et un ciel étroit
Mordu par les toits.

*

Sur terre il y a, par mille et millions,
Des vierges qui font, par mille et millions,
Piaffer des désirs après leurs talons.

Un homme crispé sur chacune d’elles,
Contraignant leurs jambes comme des ailes,
Ouvrira leur chair neuve, et tiède, et frêle,
En épiant leurs yeux…

Mais jamais ta chair
Ne saura le goût premier de tant de chairs,
Et jamais tes yeux
Ne boiront le cri unique de tant d’yeux…

*

Villes et hameaux sur la terre sont
Par mille et millions.
Par mille et millions ils ont des maisons
Où vivre…

Ah pouvoir dans chaque édifier son Livre !
Ah des pages là, puis là-bas remplies !

Las ! tu n’as qu’un livre,
Tu n’as qu’une vie
A vivre.

(Charles Vildrac)

Illustration: Alex Alemany

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le désir du peu (Louise Warren)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



 

le désir du peu
agrandit le vide

broie le noir
sans l’épuiser
cela ne paraît pas
dans mes gestes
pas encore

(Louise Warren)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Igor Morski

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :