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Poésie

Posts Tagged ‘désir’

Le rivage éternel (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



 

Le rivage éternel

Au-dessus des bonsoirs du rivage éternel
le bon soir de l’adieu la nuit bonne éternelle
au-dessus des végétaux noircis dans l’ombre
des arbres et des herbes qui dorment et sombrent
dans la bonne nuit du rivage éternel
où seul s’accroche au rocher du désir un mollusque
au-dessus des bonsoirs du rivage éternel
l’homme accroché mollusque au rocher du désir
regarde la nuit qui vient et le jour qui la suit
dans l’éclair fugace et vain du rivage éternel
qui ne voit plus le jour et ne voit plus la nuit

(Raymond Queneau)

Illustration

 

 

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L’Egalité des Sexes (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017



Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire
Où nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regard
Ni connu la beauté des yeux, beauté des pierres,
Celle des gouttes d’eau, des perles en placards,

Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue.
Le soleil aveuglant te tient lieu de miroir
Et s’il semble obéir aux puissance du soir
C’est que ma tête est close, ô statue abattue

Par mon amour et par mes ruses de sauvage.
Mon désir immobile est ton dernier soutien
Et je t’emporte sans bataille, ô mon image,
Rompue à ma faiblesse et prise dans mes liens.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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On s’amusait sous la lumière jaune (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



    
On s’amusait sous la lumière jaune,
Le cercle, près des murs, rétrécissait,
La masse des danseurs se dédoublait sans cesse,
Et j’avais l’illusion qu’un ami me suivait.

Le désir faisait se soulever les poitrines,
Sur les visages la chaleur se reflétait.
Je déambulais rêvant de miracle,
Et j’étais accablé par leurs désirs lascifs…

On eût dit que, derrière le voile de poussière,
Quelqu’un vivait, caché parmi la foule,
Et son étrange regard épiait sans cesse,
Et sa voix s’élevait, et chantait et parlait…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Les maisons croissent (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
Les maisons croissent comme désirs,
Mais jette un regard en arrière :
A la place d’une blanche bâtisse,
Ce n’est plus que fumée fétide.

Ainsi toutes choses permutent,
Et s’élèvent imperceptiblement.
Orphée, tu perdis ton épouse —
Qui t’a dit : «Regarde en arrière» ?

Le visage recouvert de blanc,
En criant, dans le torrent je tombe.
On verra se pencher sur mon corps
Une fleur de ruisseau parfumée.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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À pas très lents (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    

À pas très lents, la raison me quittait
Devant la porte de l’aimée.
La nuit chassait le printemps clair
Tandis que mon désir croissait.

Pleurant, de passion épuisé,
J’étouffais des sanglots amers.
Et remuait, se dédoublant,
La pensée insensée, dolente.

Elle a pénétré le silence
De mon âme qui délirait,
Elle a submergé mon printemps
De sa vague noire et muette.

La nuit chassait le printemps clair,
Mon coeur se glaçait sur la tombe.
À pas très lents, la raison me quittait,
Je pensais froidement à l’aimée.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LA SOLITUDE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
LA SOLITUDE

Avec une feuille tombée
Avec le trop-plein d’un seau

Avec cette lampe aux œufs d’or
Sur la desserte de la neige
Quand il a bien fait froid dehors

Avec une route où s’avance
Un cheval qui n’est pas d’ici
Avec l’enfant glacé tout seul
Dans un autocar de rêve

Avec des villes consumées
Dans le désert de ma mémoire
Un ciel d’épines et de craie
Où le soleil ne vient plus boire

Avec l’idiot désemparé
Devant ses mains qui le prolongent
Et dont le cœur comme une oronge
Suscite un désir de forêt

Avec toi qui me dissimules
Sous les tentures de ta chair
Je recommence le monde.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Tu n’as pas d’amour (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Tu n’as pas d’amour,
mais ta beauté
comble le temps de son miracle.
Le bonheur est en toi
ainsi que le printemps dans la feuille nouvelle.
Je ne suis presque rien,
ce désir seulement
qui se perd dans le soir.
Le délice est en toi
comme la cruauté dans les épées.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Dehors c’est un couchant (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Dehors c’est un couchant, sombre joyau
enchâssé dans le temps,
et une profonde ville aveugle
de ne pas t’avoir vue.
Le soir se tait ou chante.
Quelqu’un libère les désirs
que le piano crucifiait.
Sans cesse, la multitude de ta beauté.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Solitude (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: George Hunter
    
Solitude, viens me nourrir avec ton pain d’absence
et ton ivresse froide
toujours le vide devant moi et dans mes bras berceurs
c’est toi dont parlera le vent
d’où coulera le sang du rêve
d’où montera la trouble odeur de l’encrier.

J’ai vécu ma jeunesse longue
dans les cheveux de la folie
fouillant les lèvres de la nue
pour découvrir un feu qui brûle.

Les baisers seuls sont venus
que je guettais des chairs sans nombre
le lent cortège s’évanouit
des bien-aimées au cour de cendre.

J’ai vécu mon temps d’amour
avec un moi-même ennemi ;
où vont les mondes ? vers l’oubli
la foudre signe le ciel noir.

Les femmes belles d’être nues
dorment nouées à leur amant
dont le désir n’a plus de chant
et dont le but s’est perdu.

(Alain Borne)

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Hiroshima mon amour (Marguerite Duras)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




    
Hiroshima mon amour
(Extrait)

Je te rencontre.
Je me souviens de toi.
Cette ville était faite à la taille de l’amour.

Tu étais fait à la taille de mon corps même.
Qui es-tu?
Tu me tues.

J’avais faim.
Faim d’infidélité, d’adultères, de mensonges et de mourir.
Depuis toujours.

Je me doutais bien qu’un jour
tu me tomberais dessus.

Je t’attendais dans une impatience sans bornes, calme.
Dévore-moi.
Déforme-moi à ton image afin qu’aucun autre, après toi,
ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.

Nous allons rester seuls, mon amour.
La nuit ne va pas finir.
Le jour ne se lèvera plus pour personne.
Jamais.
Jamais plus.
Enfin.

Tu me tues.
Tu me fais du bien.

Nous pleurerons le jour défunt
avec conscience et bonne volonté.
Nous n’aurons plus rien d’autre à faire,
plus rien que pleurer le jour défunt.

Du temps passeras.
Du temps seulement.
Et du temps va venir.
Du temps viendra.

Où nous ne saurons plus du tout nommer ce qui nous unira.
Le nom s’en effacera peu çà peu de notre mémoire.

Puis,
il disparaîtra tout à fait.

(Marguerite Duras)

Découvert ici: https://lolaontherope.wordpress.com/

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