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Poésie

Posts Tagged ‘désordre’

On rencontre partout des gens (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2020




    
On rencontre partout des gens comme ce monsieur José,
ils occupent leur temps, ou celui qu’ils croient que la vie leur laisse, à collectionner
des timbres, des monnaies, des médailles, des potiches, des cartes postales,
des boîtes d’allumettes, des livres, des montres, des chandails de sport,
des autographes, des pierres, des personnages en terre cuite, des canettes vides de boissons rafraîchissantes,
des petits anges, des cactus, des programmes d’opéra, des briquets, des stylos, des hiboux, des boîtes à musique,
des bouteilles, des bonsaïs, des tableaux, des gobelets, des obélisques en cristal, des canards en porcelaine,
des jouets anciens, des masques de carvanal,
poussés probablement par quelque chose que nous pourrions appeler angoisse métaphysique,
peut-être parce qu’ils n’acceptent pas l’idée que le chaos soit le seul arbitre de l’univers,
et donc avec leurs faibles forces et sans aide divine, ils tentent d’introduire un peu d’ordre dans le monde,
ils y réussissent pendant un certain temps,
mais seulement aussi longtemps qu’ils parviennent à défendre leur collection
car quand vient le jour de la disperser et ce jour arrive inéluctablement, à cause de la mort ou de la lassitude du collectionneur,
tout retourne au chaos originel, tout replonge dans le désordre.

(José Saramago)

 

Recueil: Tous les noms
Traduction: Geneviève Leibrich
Editions: Seuil

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Le désordre (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019



Avec ce peu de temps qui m’est alloué
peu me soucie le désordre que crée
l’ordre de branle-bas. Perdue d’avance
chaque bataille. Admirez le malchance,
la gare éteinte et les trains déraillés,
les ponts pendus sur les astres noyés.
La nue s’effondre où se perchaient les dieux.
Notre avenir est bien plus ancien qu’eux.

(Jean Grosjean)

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La Révolte du Sujet (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2019



La Révolte du Sujet

« Un jour, un jour »,
Chante le Sujet
« Je me tiendrai
Seul
Sur mes pieds.

Sans ordre
Sans Verbe
Et sans allié,

Dans un désordre
Illuminé! »

(Andrée Chedid)

Illustration: Alain Chayer

 

 

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Je suis comme monté par un cavalier sans visage (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: Igor Morski 
    
Je suis comme monté par un cavalier
Sans visage
– il me presse contre mes actes –
Il me bat et me retient, il me fouaille d’événements.
Il me brise aux obstacles
Il change de nom, m’arrête à me briser –
II se moque de mes forces,
Il impose le désordre
Il abuse de mon souffle
Il écrase mon coeur dans sa main
Je ne puis rejoindre sa volonté
Il me chevauche comme un fou
Je tremble et je cours
Je ne puis me retourner pour le voir
— Je ne puis achever de le voir.
Il échappe aux mouvements de mon intelligence

Oh ! Change d’homme…

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les planètes s’arrêteront (Théophile de Viau)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -   (50)

Les planètes s’arrêteront,
Les éléments se mêleront
En cette admirable structure
Dont le ciel nous laisse jouir.
Ce qu’on voit, ce qu’on peut ouïr,
Passera comme une peinture :
L’impuissance de la nature
Laissera tout évanouir.

Celui qui formant le soleil
Arracha d’un profond sommeil
L’air et le feu, la terre et l’onde,
Renversera d’un coup de main
La demeure du genre humain
Et la base où le ciel se fonde :
Et ce grand désordre du monde
Peut-être arrivera demain.

(Théophile de Viau)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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L’abîme n’admet pas l’ordre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
L’abîme n’admet pas l’ordre,
le désordre non plus.
Et nous savons que tout est un abîme.

Pourtant,
le jeu de la feuille et du vent
s’achève toujours à l’endroit le plus exact.
Et aucune feuille ne souille
le lieu où elle tombe.

Il se peut qu’une feuille ordonne
ou peut-être désordonne
une autre face de l’univers.

***

El abismo no admite el orden,
pero tampoco el desorden.
Y sabemos que todo es un abismo.

Sin embargo,
el juego de la hoja y el viento
siempre acaba en el sitio más exacto.
Y ninguna hoja ensucia
el lugar donde cae.

Quizá una hoja ordene
o tal vez desordene
otra faz del universo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Je fais apparaître les désordres fluides du vivant (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2018




je fais apparaître
les désordres fluides du vivant
les marbres tremblés du temps
jusqu’à resplendir
jusqu’à m’accorder
au mouvement perpétuel de la lumière

(Zéno Bianu)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Le théier ignore-t-il tout du thé (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



peu de choses
mais à leur place
dans un espace nu

l’âme dans un désordre d’eau
dont la puissance pure
invite

mêlés d’amour et confondus
jusqu’à toucher
cette présence ailleurs
faite de nous

maître
puisqu’il faut mourir

ainsi le théier
ignore-t-il tout
du thé

(Werner Lambersy)


Illustration

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AUBE (Dans un demi-sommeil) (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Sarolta Bán 18

AUBE
(Dans un demi-sommeil)

Nous arrivons en train.
Froid obscur, tranquille.

Et on dirait
— en un constant désordre —
que nous arrivons à la vie,
de la mort ; que nous arrivons
à la mort, de la vie.

Des coqs chantent, on ne sait pas
si dans la vie, si dans la mort
— en un constant désordre —.
Froid obscur tranquille.

***

MADRUGADA
(Entresueño)

Vamos llegando en el tren.
Oscuro frfo, tranquilo.

Y parece
—en un trastorno constante—
que llegamos a la vida,
de la muerte; que llegamos
a la muerte, de la vida.

Cantan gallos, no se sabe
si en la vida, si en la muerte
—en un trastorno constante—.
Oscuro frío tranquilo.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Sarolta Bán

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Poème de minuit (Dahlia Ravikovitch)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Poème de minuit

De nouveau, comme les années précédentes,
La chambre à coucher est en désordre,
Et il y a de la cendre partout.
Les habits s’entassent,
Et un amas de lettres demeurées sans réponse,
Un lit chaud.
Qui plus est, une épidémie de grippe sévit maintenant
Et je suis malade, excusez du peu.
Cette année
Et toutes les années à venir
Je ne renoncerai pas au plus petit oiseau
Qui vole dans mon jardin,
Je n’échangerai pas un petit oiseau pour un pigeon ou une huppe.

Une autre année viendra
Et comme toujours
Ma gorge étouffera d’amour.

(Dahlia Ravikovitch)


Illustration

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