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Poésie

Posts Tagged ‘desserrer’

N’en souffle mot à personne (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2021




    
N’en souffle mot à personne,
oublie ce que tu as vu :
l’oiseau, la vieille, la prison
et le reste …

Car, si tu desserres les lèvres,
d’imperceptibles frissons
comme aiguilles de pin, le
jour venu, te saisiront.

Et tu te rappelleras la guêpe,
l’encre, le plumier d’enfant à
la datcha, et les myrtilles
que tu n’as jamais cueillies.

(Ossip Mandelstam)

 

Recueil: Nouveaux poèmes 1930-1934
Traduction: Traduction du russe par Christiane Pighetti
Editions: Allia

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GENÈSE (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Francine Van Hove
    
GENÈSE

I
Déboutonner lentement le corps
quand on manque d’air
comme la châtaigne mûre
desserre ses poings épineux.
Le plus important sont les boutonnières
des veines,
des flottilles fatiguées y sont ensablées
et s’en détachent comme des caillots
des bouquets de coquelicots qui fanent,
se mettent à couler
depuis le cou vers le ventre
et le champ rouge
de ton corps déboutonné
frissonne sous le vent frais du matin.

II
Quand l’air manque
je donne un souffle de vie
au souvenir des eaux utérines.
Des branchies repoussent au cou
des ailerons sur les hanches
du duvet sur le dos,
ni homme ni poisson ni oiseau
je cherche mon sexe.
Après l’ange descend
avec un panier
accroché à son aile gauche
tout au fond mon âme
épouille ses plumes.

III
Il émerge
des eaux utérines,
pousse un sanglot,
la première gorgée d’air
ressuscite la mémoire
de vies précédentes.
On le lange,
on lui attache les mains et les jambes
avec une ganse rouge.
Les souvenirs qu’il a ramenés
s’atrophient avec les années
et chaque partie du corps déboutonné
s’abandonne à un rêve différent :
les plantes des pieds – dans des prairies vertes
des oiseaux de mer – sur les paumes
et je ne comprends vraiment plus
qui coud la chemise
qui déboutonne le corps.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Retouche au désert (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2020



Retouche au désert

silence
remords d’une longue lapidation
la lumière ne desserre pas le poing

(Daniel Boulanger)

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8 septembre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



8 septembre

Aujourd’hui, notre temps a été coupe pleine,
aujourd’hui, notre temps a été vague immense,
aujourd’hui, terre entière.

Aujourd’hui la mer, houle furieuse,
nous a portés si haut dans un baiser
que nous avons tremblé
sous l’éclair fulgurant
et l’un à l’autre liés, nous sommes descendus
au fond des eaux sans desserrer l’étreinte.

Aujourd’hui nos corps ont grandi, grandi,
ils sont arrivé jusqu’au bout du monde
et ils ont roulé, fusionné :
goutte unique
de cire ou météore.

Entre nous – toi et moi – une porte nouvelle
s’est ouverte où quelqu’un, encore sans visage,
nous attendait.

(Pablo Neruda)


Illustration: Giorgio de Chirico

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Ils ne croient pas que la vie les aime (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



Illustration: Josephine Wall
    
«Ils ne croient pas que la vie les aime,
qu’elle est capable de se répandre entière :
il suffirait pourtant que le regard qu’ils posent soudain sur elle
soit réellement ému, et appelle. »

«Quel effort serait-ce pour eux de desserrer enfin les lèvres
et de prononcer : « bien aimée » ?
Dites-moi. »

[…]

«Tout variera, simplement, d’un auditeur à l’autre. »

« Un qui commencera par ne pas comprendre,
car il sera frappé de plein fouet, trop directement,
pourra quelques instants plus tard se mettre à entendre. »

«Alors, immédiatement, je serai sur sa bouche. »

« Et j’ouvrirai mon ciel entier. »

« À la circulation d’amour. »

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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Un oiseau (Ariane Dreyfus)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



Illustration: Dianne Dengel
    
Un oiseau dont la force serait proche

J’ai chaud sous le pli de son aile
Puis tu desserres le bras, réellement c’est beau.

(Ariane Dreyfus)

 

Recueil: Iris c’est votre bleu
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Départ (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



Illustration
    
Départ

Et de sa main, au fil de l’eau,
S’échappe et tombe, feuille à feuille,
Moussure verte, chèvrefeuille.
L’automne tremble — pourtant chaud.

L’été desserre son étau,
L’automne rêve et se recueille ;
Une prière au fil de l’eau
S’échappe et tombe, feuille à feuille.

Ainsi s’emporte au fil de l’eau
Mon cœur qui tristement s’endeuille !
Partir, c’est laisser un lambeau :
L’âme s’échappe, feuille à feuille…

(Bernard de Louvencourt)

 

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Alphabet (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Alphabet

Tandis que j’étais dans le froid des approches de la mort,
je regardai comme pour la dernière fois les êtres, profondément.
Au contact mortel de ce regard de glace,
tout ce qui n’était pas essentiel disparut.
Cependant je les fouaillais, voulant retenir d’eux quelque chose
que même le Mort ne pût desserrer.
Il s’amenuisèrent et se trouvèrent enfin réduits à une sorte d’alphabet,
mais à un alphabet qui eût pu servir dans l’autre monde, dans n’importe quel monde.
Par là, je me soulageai de la peur qu’on ne m’arrachât tout entier l’univers où j’avais vécu.
Raffermi par cette prise, je le contemplais invaincu,
quand le sang avec la satisfaction, revenant dans mes artérioles et mes veines,
lentement je regrimpai le versant ouvert de la vie.

(Henri Michaux)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Gao Xingjian

 

 

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LA ROSE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



LA ROSE,
ce matin, a osé desserrer
le bouton de ses lèvres :
« Je t’aime », murmure-t-elle,
et d’heure en heure
elle se fait plus belle.
A midi elle chante,
et le soir elle crie :
« Je t’aime ! Et toi,
m’aimes-tu aussi ?

Mais lui, bien sûr, en aime une autre.
Cela souvent se passe ainsi :
passent l’amour, la fleur de l’âge,
puis vient le vent du large
sur son cheval d’oubli…

Mais elle, aux mains de courage,
arrache ses pétales
le long du rivage endormi,
plonge parmi les étoiles
et se noie, toute nue,
dans la nuit.

(Christiane Barrillon)

Illustration: Jean Paul Avisse

 

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Le Double Froid (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Le Double Froid

Demande,
efforce-toi,

bien que l’orgueil te tienne
comme le gel tient la terre
alors vêtue de glace, d’anathèmes.

Supplie le vent, implore qu’il desserre
le double froid,
la trompeuse splendeur.

L’infime croît,
le rouge-gorge est le pardon du jour.
Dénouée, à contre-nuit,
un robe enchante le ciel.

Vaste est la joie où le chemin se perd.

(Jean Joubert)

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