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Poésie

Posts Tagged ‘dessiner’

AU CONDITIONNEL (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustratio: René Magritte
    
AU CONDITIONNEL

Si je savais écrire je saurais dessiner
Si j’avais un verre d’eau je le ferais geler et
je le conserverais sous verre
Si on me donnait une motte de beurre je
la ferais couler en bronze
Si j’avais trois mains je ne saurais où
donner de la tête
Si les plumes s’envolaient si la neige fondait
si les regards se perdaient, je
leur mettrais du plomb dans l’aile
Si je marchais toujours tout droit devant
moi, au lieu de faire le tour du
globe j’irais jusqu’à Sirius et
au-delà
Si je mangeais trop de pommes de terre je
les ferais germer sur mon cadavre
Si je sortais par la porte je rentrerais
par la fenêtre
Si j’avalais un sabre je demanderais
un grand bol de Rouge
Si j’avais une poignée de clous je les
enfoncerais dans ma main
gauche avec ma main
droite et vice versa.

Si je partais sans me retourner, je
me perdrais bientôt de vue.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un jour rappelle-toi (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Erik Johansson  on

Un jour rappelle-toi
cette ville dépecée
entre le bruit la bêtise et la douleur.
On a créé l’infidélité,
le bleu des trottoirs d’un autre continent.
La folie est devenue utile.
Nous nous appliquons à dessiner
des portes de sortie

Depuis tes yeux
le vide est à réinventer.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Erik Johansson

 

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Passage (Martine Fourcand)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019


 


 Boleslas Biega 382_

Passage

Quand tout est fait
Ne pars pas
Reste là
pupilles dilatées de l’intense pénombre
Recueille l’ailleurs de la destruction
La vie, incandescence d’après l’incendie
Prends dans ta main cette dernière braise
Elle dessinera dans ta paume
l’espace des retrouvailles
Car il n’est rien de rompu
Juste un passage

(Martine Fourcand)

Illustration: Boleslas Biega

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J’ai de vous un souvenir amer (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019


 

J’ai l’imagination docile
S’il faut dessiner des yeux gris.
Dans ma solitude provinciale
J’ai de vous un souvenir amer.

Heureux captif de belles mains
Sur la rive gauche de la Néva,
Mon illustre contemporain,
Tout s’est passé comme vous le vouliez,

Vous avez ordonné : Suffit,
Mets ton amour à mort!
Je me défais, je ne veux plus rien,
Mon sang est de plus en plus triste.

Si je meurs, est-ce que quelqu’un
Transcrira pour vous mes poèmes?
Les mots que je n’aurai pas dits,
Qui prendra soin de les faire sonner?

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alex Alemany

 

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Un jour nous ne pourrons plus partir (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019




    
Un jour nous ne pourrons plus partir.
Subitement, il se fera tard.
Il ne sera pas important de savoir
d’où venait et où allait le voyage.
Peut-être vers l’autre extrémité du monde
ou seulement de soi vers son ombre.

Nous dessinerons alors la figure d’un oiseau
et nous la clouerons au-dessus de la porte
comme blason et mémento,
afin de rappeler que l’ultime départ
n’existe pas non plus.

Et la lance,
qui était déjà clouée au sol,
ne s’enfoncera qu’un peu plus.

***

Un día ya no podremos partir.
Repentinamente, se habrá hecho tarde.
No importará desde dónde
o hacia dónde era el viaje.
Tal vez hacia el otro extremo del mundo
o sólo desde uno hacia su sombra.

Dibujaremos entonces la figura de un pájaro
y la clavaremos encima de la puerta
como blasón y memento,
para recordar que tampoco existe
la última partida.

Y la lanza,
que ya estaba clavada en el suelo,
sólo se hundirá un poco más.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Une rangée d’arbres (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




Une rangée d’arbres tout là-bas, là-bas vers les coteaux.
Mais qu’est-ce qu’une rangée d’arbres ? Il y a des arbres,
c’est tout.
Rangée et le pluriel arbres ne sont pas des choses, ce sont des noms.

Pitoyables, les âmes humaines, elles qui mettent tout en ordre,
Qui tracent des lignes de chose à chose,
Qui mettent des pancartes portant des noms sur les arbres absolument réels,
Et qui dessinent des parallèles de latitude et longitude
Sur la terre même, la terre innocente et plus verte et fleurie
que tout ça !

(Fernando Pessoa)

Illustration: Claude Monet

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Il dessinait partout des fenêtres (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2019



Il dessinait partout des fenêtres
Sur les murs trop hauts,
sur les murs trop bas,
sur les parois obtuses, dans les coins,
dans l’air, et jusque sur les plafonds.

Il dessinait des fenêtres
comme s’il dessinait des oiseaux.
Sur le sol, sur les nuits,
sur les regards tangiblement sourds,
sur les environs de la mort,
sur les tombes, les arbres.

Il dessinait des fenêtres
jusque sur les portes.
Mais jamais il ne dessina une porte.
Il ne voulait ni entrer ni sortir.
Il savait que cela ne se peut.

Il voulait seulement voir: voir.
Il dessinait des fenêtres.
Partout.

(Roberto Juarroz)

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Il faut atteindre à ce regard (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



    

Il faut atteindre à ce regard
qui regarde un seul comme s’il était deux.
Et ensuite regarde deux
comme s’ils étaient un seul.
Et puis encore
regarde un seul et deux
comme s’ils n’étaient aucun.

C’est le regard qui écrit et efface en même temps,
qui dessine et suspend les lignes,
qui délie et unit
rien qu’en regardant.
Le regard qui n’est pas différent
hors du rêve et en lui.
Le regard sans zones intermédiaires.
Le regard qui se crée lui-même en regardant.

(Roberto Juarroz)

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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JE ne puis admettre aucune histoire (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019



Illustration: Émilie David     
    
JE ne puis admettre aucune histoire,

ni filiation ni origine.
Toute histoire est toujours autre.
même ma propre histoire.
Il y a tant de fils absents
en toutes mailles ou toute trame,
qu’ils font apparaître
en un autre espace
un tissu complètement différent.

De même pour toutes choses.
N’importe laquelle peut être remplacée par une autre :

une fleur par un marteau,
un jour par une nuit,
un amour par un autre amour.
Et les actions des hommes
sont comme des oiseaux vides
qui peuvent à tout instant
s’emplir d’autres images
et voler en n’importe quelle direction.

Toute histoire, toute explication, tout discours,
sont figures fugitivement dessinées en l’air,
formes à la dérive
qui parfois s’enroulent éphémères
autour du profil un peu plus discret
d’une branche morte.

***

YA no puedo admitir ninguna historia,
ni filiación ni origen.
Cualquier historia es siempre otra.
También mi propia historia.

Son tantos los hilos ausentes
en toda urdimbre o toda trama,
que con ellos alcanza
en algún otro espacio
para un tejido completamente diferente.

Sucede lo mismo con todas las cosas.
Cualquiera puede ser suplantada por otra:
una flor por un martillo,
un día por una noche,
un amor por otro amor.
Y las acciones de los hombres
son como pájaros huecos
que pueden en cualquier instante
rellenarse con otras imágenes
y volar en cualquier dirección.

Toda historia, toda explicación , todo discurso,
son figuras trazadas por un momento en el aire,
formas a la deriva
que se enrollan a veces transitoriamente
en et perfil un poco más discreto
de una rama seca.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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LA GROTTE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019




    
LA GROTTE

Plus près, bien plus près, mais encore
dans un autre temps que le nôtre
l’instant aux traces demeurées
depuis 35.000 ans de la grotte Chauvet,
période glaciaire, près du 45e parallèle,
homo spiritualis petits groupes humains
plongés dans l’immédiateté animale
portés par sa vigueur herbivore, carnivore
confondus aux puissances animales
à leur explosion leur présent
mammouths aurochs lions chevaux
saisis en pleine course en piétinements
leur énergie leurs crinières leurs yeux,
concision du trait, implosion de l’humain,
plaquée sur le silence rupestre
une main qui dessine y invente le souffle

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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