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Poésie

Posts Tagged ‘dessous’

La première fille (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



La première
fille
que j’ai vue
aussi nue
qu’un jardin
en hiver
son frère
me l’avait
échangée
contre
des billes
au regard
de félins

Je mourais
de méningite
cérébrale
et ne savais
rien
de nos douze
ans
ni du jeu
de marelle
sous les jupes
Elle a dit oui
d’accord
je t’aime bien
tu sais

Puis
ôtant sa robe
à dix sous
je vis
ce qu’il y
avait dessous
Et même
dans ses yeux
ronds
aussi
parfaits
qu’un Parthénon
quand
ma mort s’en alla
entre
ses mains
de petite ménagère
des miracles
du corps

(Werner Lambersy)


Illustration: Sylvia Postel

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Le zizi perpétuel (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020



    

Le zizi perpétuel

Mon petit frère a un zizi
Mais moi, Zaza,
Je n’en ai pas.

Mon petit frère a un zizi
Toujours placé au bon endroit
Mais moi, Zaza,
Je n’en ai pas.
Pourquoi ?

Il me le montre sans répit
Pour me donner du dépit
Pour se donner un air gaulois
Pour m’enfoncer dans l’désarroi !

Il me le sort en catimini’
En tapis rouge en tapinois’
Et me le fait toucher du doigt :
C’est assez doux
Comme caoutchouc
Mais y’a pas de quoi
Perdre la foi.

Et moi, et moi, moi je me dis
Pourquoi mon frère a un zizi
Dans quel tiroir se font les lois ?
Le jour et la nuit
Son zizi le suit
Toujours placé au bon endroit.

Et moi, Zaza, dans les draps blancs
J’ai beau me tâter
Me tâter souvent
À la place où ç’aurait dû été
Que du vent ! Que du vent !

« Tu verras Zaza
Avec mon zizi
Un jour je serai le Roi »
Qu’il dit
Tout en lui collant tout autour du sparadrap.

À la fin c’est énervant
De manquer obstinément
De cette sorte d’émolument.

Si j’ai le regard zoulou
Si j’ai le nombril sournois
Si je fais des coups en d’ssous
Si je pousse de guingois
Si je ne fais pas mon poids
Faut pas demander pourquoi !

Mais pourquoi ?
Pourquoi ?

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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Montrant tantôt le dessus tantôt le dessous (Ryôkan)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2019



montrant tantôt le dessus
tantôt le dessous
les feuilles d’automne tombent

***

ura o mise
omote o misete
chiru momiji

(Ryôkan)

Illustration

 

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QUELQUES MOTS SENS DESSUS DESSOUS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration: René Magritte
    
QUELQUES MOTS SENS DESSUS DESSOUS

Négation

Pleuvoir n’est pas mentir
Sauver n’est pas dissoudre
Gravir n’est pas renaître

L’ombre n’est pas le cheval
Le regard n’est pas le torrent
Le portail n’est pas la surprise
Le couperet n’est pas la chambre

Affirmation

L’ombre c’est pleuvoir
Mentir c’est le regard
La surprise c’est la chambre
Le portail c’est le couperet
Gravir c’est sauver c’est renaître

Je ferai pleuvoir l’ombre
et le regard mentir
quand nos pas dans la chambre
seront le couperet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Etre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



    

Etre.
Et rien de plus.
Jusqu’à ce que se forme un puits en-dessous.

Ne pas être.
Et rien de plus.
Jusqu’à ce que se forme un puits au-dessus.

Ensuite,
entre ces deux puits,
le vent s’arrêtera un instant.

***

Estar

Y nada mas.
Hasta que se forme un pozo abajo.

No estar.
Y nada mas.
Hasta que se forme un pozo arriba.

Después,
entre ambos pozos,
se detendra un instante de viento.

(Roberto Juarroz)

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A la fin du jour j’ai trouvé (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




A la fin du jour j’ai trouvé

Le crépuscule enroulé autour d’une pierre.

J’ai pris la pierre froide dans ma main,
Dévidé les surfaces ombreuses de la vie,
Et dedans j’ai trouvé
Un os ténu d’oiseau.

J’ai réchauffé la relique dans ma main
Jusqu’à ce qu’un coeur vive
Et batte, et que passent les marées
Dessus, dessous, dedans.

Vint une barque voguant dans l’orage du sang
Et dans la barque un enfant,

Dans la barque un enfant
Voguant sur les vagues du chant,
Voguant sur les vagues de la souffrance.

***

At the day’s end I found

Nightfall wrapped about a stone.

I took the cold stone in my hand,
The shadowy surfaces of life unwound,
And within I found
A bird’s fine bone.

I warmed the relic in my hand
Until a living heart
Beat, and the tides flowed
Above, below, within.

There came a boat riding the storm
And in the boat a child,

In the boat a child
Riding the waves of song,
Riding the waves of pain.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Toi qui as peur (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration: Annie Predal
    
Toi qui as peur

Ma faible ma si faible
toi qui as peur de ta faiblesse
ma vigne folle au vent tremblant
c’est moi la treille sous tes mains

mon lierre noir toi qui t’écroules
je suis le mur dessous ta peau
mon eau sans forme qui s’enfuit
c’est moi le verre et ton barrage

ne tremble plus je suis l’appui
nuit après jour de tes naufrages
la couverture où l’on t’enroule
ma frissonnante ton radeau

ma naufragée je suis la mer
je te conduis je t’engloutis
je suis la paix sous tes paupières
où tous nos pas ont abouti.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Frayeur (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



Frayeur

Il y avait un homme sous mon lit,
j’en étais sûr.
D’un doigt tremblant,
j’éteignis la lumière,
puis je m’allongeai sur le lit,
les yeux clos,
et me mis à gémir longuement
dans le creux de mes mains nouées,
comme dans une conque.
J’imaginais
combien il devait avoir peur,
dans l’ombre,
en entendant cette plainte lugubre
et incompréhensible.
A la fin,
il dut se sauver.
En effet, quand,
ayant rallumé la lampe,
j’osai regarder sous le lit,
il n’y était plus.

(Luc Decaunes)


Illustration

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Dessous (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



Dessous

s’il y a des visages dessous
plus guère personne pour voir

un mouvement d’ombres comme de feuilles

peu à peu une mousse
ou du lierre
dans la tête

on distingue mal

les noms lèvent seuls
les figures les dunes
les coins de rues les ciels
par vagues
et puis retombent
sans plus de bruit
dans l’œil

vie sans vie
qui reste

(Antoine Emaz)

Illustration

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VOLUPTUEUSE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018



VOLUPTUEUSE

Comment la peindre ? Absente, tu l’invoques
— Elle est tantôt dessus, tantôt dessous —
Et tu la vois venir avec ses roues
D’or éveilleuses d’orgues.

La mer, la mer : faut-il qu’elle te charme
Par cette nappe au loin, de vif argent —
Ou qu’elle soit la grande aile qui rame
À perte d’horizon ?

Voluptueuse au clair du soir, tu sais
Qu’elle est encor la brusque, la sauvage :
Irradiée au feu de tes pensées,
La mer, braise et langage !

(Jules Tordjman)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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