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Posts Tagged ‘destin’

SOUCOUPES DU CIEL (Many-Leib)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
SOUCOUPES DU CIEL

Tu commenças de naître à ton propre destin
Par sa nuit nuptiale, en ta mère adorée,
Étroitesse et touffeur du ventre vénéré
D’où, doré de désir, en ce monde tu vins

Pour aimer la splendeur parfaite de son sein,
Sa tiède plénitude – ô tournesols si tendres,
Soucoupes qui du ciel pour toi semblent descendre
À ta langue portant le nectar le plus fin.

Par le lait maternel tu devins grand et beau.
D’une tête plus haut que ta mère, et plus haut
Que ces filles au bal à ta danse soumises,

Et tu aimes chacune, et te plaît l’éventail
De leur robe attirant l’odeur et le nectar
Des soucoupes du ciel qui te furent promises.

(Many-Leib)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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VIEILLIR (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Jean-Baptiste Besnard

VIEILLIR

A force d’être jeune, on devient vieux.
Les ans passent trop vite et l’on ignore
Si un monde meilleur existe encore
Ou s’il est exilé en d’autres lieux.
Un été se termine et c’est l’automne
Dont la splendeur annonce un autre hiver.
Les arbres dépouillés ne sont plus verts
Et le décor paraît bien monotone.
Il nous faudrait, d’après l’auteur ancien,
Sans attendre cueillir toutes les roses.
La vie ne suffit pas à un païen
Pour pouvoir savourer toutes les choses.
Et je croyais triompher du destin,
Me réchauffer toujours près de la flamme
Mais, froid, j’avais déjà perdu mon âme,
Convive repoussé hors du festin.

(Jean-Baptiste Besnard)

Son blog ici: https://jeanbaptistebesnard.wordpress.com/
 

 

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Vent du soir, que fais-tu de l’humble marguerite? (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Vent du soir, que fais-tu de l’humble marguerite?
Mer, que fais-tu des flots? Ciel, du nuage ardent?
O mon rêve est bien grand et je suis bien petite,
Destin, qu’en feras-tu de mon rêve géant?

Lumière, que fais-tu de l’ombre taciturne,
Et toi qui de si loin l’appelle près de toi,
O flamme, que fais-tu du papillon nocturne?
Songe mystérieux, que feras-tu de moi?

(Louise Michel)

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Destin du poète (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019


 


Ráed Al-Rawi Triangle

 

Destin du poète

C’est toujours quelqu’un d’autre,
le Toi silencieux qui se parle en moi-même.
Parfois je m’arrache à l’écoute qui est prière
et je chante en son nom dans la langue empruntée
à la bouche des morts. Pour lui en moi, pour lui,
qui déjà me traduit
dans la gorge d’autrui.

(Claude Vigée)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

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Paris je te ressemble (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Paris je te ressemble

Paris, je te ressemble: un instant le soleil
Brille dans ton ciel bleu, puis soudain c’est la brume;
Au veuf septentrion si tu te fais pareil,
Tu passes les pays que le zéphyr parfume.

Triste jusqu’à la mort, en même temps joyeux,
Tout m’est concours heureux et sinistre présage;
Sans cause l’allégresse a pleuré dans mes yeux,
Et le sombre destin sourit sur mon visage.

(Jean Moréas)

 

 

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La Tyrannie du Verbe (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2019



La Tyrannie du Verbe

Superbe,
Le Verbe
Traite en pantin
Le Sujet et son destin.
« A mon commandement:
Hop! Hop! Hohé!
Tu vas
Tu subis
Ou tu es. »

(Andrée Chedid)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

 

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TRIANON (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2019



 

Trianon

TRIANON

Un souvenir royal, mélancolique et tendre,
Erre dans le palais et rôde par l’allée,
Destin à qui la Mort tragique s’est mêlée,
Poudre et fard devenus du sang et de la cendre.

Dans le jardin désert j’entends la hache fendre
Le saule où roucoula la colombe envolée;
Les roses ont fleuri l’ombre du mausolée,
Et le ruisseau s’attarde et le banc semble attendre.

Un souvenir s’accoude au dossier des fauteuils;
Un pas résonne encor sur le marbre des seuils;
Un fantôme au miroir vient sourire et s’efface.

Le bassin se tarit, et les feuilles au fond
Dessinent, sous l’eau noire où leur or s’entrelace,
La couronne d’un chiffre et la lettre d’un nom.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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LES STATUES (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2019



 

Aristide Maillol

LES STATUES

Les feuilles, une à une, et le temps, heure à heure,
Tombent dans le bassin dont le jet d’eau larmoie;
Iphigénie en sang près d’Hélène de Troie,
Danaé, Antigone, Ariane qui pleure,

Marbres purs que le vent soufflette ou qu’il effleure!
Si le torse se cambre ou si la tête ploie,
Héroïque au destin qui caresse ou rudoie,
La statue aux yeux blancs persévère ou demeure.

L’éternelle beauté subsiste à jamais belle.
Le Silence a ployé le crêpe de son aile
Et songe, assis, le coude au socle où il inscrit

Le nom de l’héroïne énergique ou morose
Qui dérobe un sourire ou cache un sein meurtri
Derrière les cyprès ou derrière des roses.

(Henri De Régnier)

Illustration: Aristide Maillol

 

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LE REPOS (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2019



 

Degas 21

LE REPOS

Le bronze grave étreint de son sommeil pesant
Ton corps au geste las et ta face verdie;
Et quelle douloureuse et douce tragédie
T’a faite la statue où tu dors à présent?

Le marbre de ton socle est rouge et l’on y sent
Partout la pourpre encor d’une tache agrandie;
Est-ce la flèche aiguë ou la hache hardie
Qui t’a couchée ainsi plus belle dans ton sang?

Le bronze jaune et vert qui souffre et qui suppure,
Dont s’aigrit la patine et suinte la coulure,
Sculpte de ton repos un cadavre éternel;

Et la matière où tu survis te décompose;
Mais, puisque tendre fut ton Destin ou cruel,
Laisse croître à tes pieds la ciguë ou la rose.

(Henri De Régnier)

Illustration: Edgar Degas

 

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LES HÉRAUTS NOIRS (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



 


Illustration: ArbreaPhotos
    
LES HÉRAUTS NOIRS

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!
Des coups comme de la haine de Dieu; comme si avec eux,
le ressac de toutes les souffrances
s’enlisait dans l’âme… Je ne sais!

Ils sont rares; mais ils sont… Ils ouvrent des saignées obscures
dans le visage le plus farouche et dans le flanc le plus fort.
Ils sont peut-être les poulains de barbares attilas;
ou bien les hérauts noirs que nous envoie la Mort.

Ils sont les chutes profondes des Christs de l’âme,
d’une foi adorable que le Destin blasphème.
Ces coups sanglants sont les crépitations
d’un pain que nous laissons brûler à la porte du four.

Et l’homme… Le pauvre… Le pauvre! Il tourne les yeux, comme
quand nous appelle une tape sur l’épaule ;
il tourne ses yeux fous, et tout le vécu
s’enlise, telle une flaque de faute, dans le regard.

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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