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Poésie

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La marche à l’amour (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2021



La marche à l’amour

Tu as les yeux pers des champs de rosées
tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière
la douceur du fond des brises au mois de mai
dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif
moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
moi je fonce à vive allure et entêté d’avenir
la tête en bas comme un bison dans son destin
la blancheur des nénuphars s’élève jusqu’à ton cou
pour la conjuration de mes manitous maléfiques
moi qui ai des yeux où ciel et mer s’influencent
pour la réverbération de ta mort lointaine
avec cette tache errante de chevreuil que tu as

tu viendras tout ensoleillée d’existence
la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
le corps mûri par les jardins oubliés
où tes seins sont devenus des envoûtements
tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras
où tu changes comme les saisons
je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine
à bout de misères et à bout de démesures
je veux te faire aimer la vie notre vie
t’aimer fou de racines à feuilles et grave
de jour en jour à travers nuits et gués
de moellons nos vertus silencieuses
je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!
et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
par le mince regard qui me reste au fond du froid
j’affirme ô mon amour que tu existes
je corrige notre vie

nous n’irons plus mourir de langueur
à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
les épaules baignées de vols de mouettes
non
j’irai te chercher nous vivrons sur la terre
la détresse n’est pas incurable qui fait de moi
une épave de dérision, un ballon d’indécence
un pitre aux larmes d’étincelles et de lésions profondes
frappe l’air et le feu de mes soifs
coule-moi dans tes mains de ciel de soie
la tête la première pour ne plus revenir
si ce n’est pour remonter debout à ton flanc
nouveau venu de l’amour du monde
constelle-moi de ton corps de voie lactée
même si j’ai fait de ma vie dans un plongeon
une sorte de marais, une espèce de rage noire
si je fus cabotin, concasseur de désespoir
j’ai quand même idée farouche
de t’aimer pour ta pureté
de t’aimer pour une tendresse que je n’ai pas connue
dans les giboulées d’étoiles de mon ciel
l’éclair s’épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j’ai un coeur de mille chevaux-vapeur
j’ai un coeur comme la flamme d’une chandelle
toi tu as la tête d’abîme douce n’est-ce pas
la nuit de saule dans tes cheveux
un visage enneigé de hasards et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d’insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses

tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d’univers
ma danse carrée des quatre coins d’horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d’abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j’ai du chiendent d’achigan plein l’âme
tu es belle de tout l’avenir épargné
d’une frêle beauté soleilleuse contre l’ombre
ouvre-moi tes bras que j’entre au port
et mon corps d’amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta plainte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination

Montréal est grand comme un désordre universel
tu es assise quelque part avec l’ombre et ton coeur
ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
fille dont le visage est ma route aux réverbères
quand je plonge dans les nuits de sources
si jamais je te rencontre fille
après les femmes de la soif glacée
je pleurerai te consolerai
de tes jours sans pluies et sans quenouilles
des circonstances de l’amour dénoué
j’allumerai chez toi les phares de la douceur
nous nous reposerons dans la lumière
de toutes les mers en fleurs de manne
puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
tu seras heureuse fille heureuse
d’être la femme que tu es dans mes bras
le monde entier sera changé en toi et moi

la marche à l’amour s’ébruite en un voilier
de pas voletant par les lacs de portage
mes absolus poings
ah violence de délices et d’aval
j’aime
que j’aime
que tu t’avances
ma ravie
frileuse aux pieds nus sur les frimas de l’aube
par ce temps profus d’épilobes en beauté
sur ces grèves où l’été
pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
et qu’en tangage de moisson ourlée de brises
je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
je roule en toi
tous les saguenays d’eau noire de ma vie
je fais naître en toi
les frénésies de frayères au fond du coeur d’outaouais
puis le cri de l’engoulevent vient s’abattre dans ta gorge
terre meuble de l’amour ton corps
se soulève en tiges pêle-mêle
je suis au centre du monde tel qu’il gronde en moi
avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
je vais jusqu’au bout des comètes de mon sang
haletant
harcelé de néant
et dynamité
de petites apocalypses
les deux mains dans les furies dans les féeries
ô mains
ô poings
comme des cogneurs de folles tendresses

mais que tu m’aimes et si tu m’aimes
s’exhalera le froid natal de mes poumons
le sang tournera ô grand cirque
je sais que tout mon amour
sera retourné comme un jardin détruit
qu’importe je serai toujours si je suis seul
cet homme de lisière à bramer ton nom
éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
mon amour ô ma plainte
de merle-chat dans la nuit buissonneuse
ô fou feu froid de la neige
beau sexe léger ô ma neige
mon amour d’éclairs lapidée
morte
dans le froid des plus lointaines flammes

puis les années m’emportent sens dessus dessous
je m’en vais en délabre au bout de mon rouleau
des voix murmurent les récits de ton domaine
à part moi je me parle
que vais-je devenir dans ma force fracassée
ma force noire du bout de mes montagnes
pour te voir à jamais je déporte mon regard
je me tiens aux écoutes des sirènes
dans la longue nuit effilée du clocher de Saint-Jacques
et parmi ces bouts de temps qui halètent
me voici de nouveau campé dans ta légende
tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
les chevaux de bois de tes rires
tes yeux de paille et d’or
seront toujours au fond de mon coeur
et ils traverseront les siècles

je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
lentement je m’affale de tout mon long dans l’âme
je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête
je n’ai plus de visage pour l’amour
je n’ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m’assois par pitié de moi
j’ouvre mes bras à la croix des sommeils
mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
je n’attends pas à demain je t’attends
je n’attends pas la fin du monde je t’attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie tends
dégagé de la fausse auréole de ma vie

(Gaston Miron)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

 

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SOMMATION IRRESPECTUEUSE (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Danielle Duer

SOMMATION IRRESPECTUEUSE

Rire étant si jolie,
C’est mal. O trahison
D’inspirer la folie,
En gardant la raison !

Rire étant si charmante !
C’est coupable, à côté
Des rêves qu’on augmente
Par son trop de beauté.

Une chose peut-être
Qui va vous étonner,
C’est qu’à votre fenêtre
Le vent vient frissonner,

Qu’avril commence à luire,
Que la mer s’aplanit,
Et que cela veut dire :
Fauvette, fais ton nid.

Belle aux chansons naïves,
J’admets peu qu’on ait droit
Aux prunelles très vives,
Ayant le coeur très froid.

Vous saurez, attendrie,
Le charme de l’instant
Terrible, où l’on s’écrie :
Ah ! vous m’en direz tant !

Vous saurez, vous qu’on gâte,
Le destin tel qu’il est,
Les pleurs, l’ombre, et la hâte
De cacher un billet.

Oui, — pourquoi tant remettre ? —
Vous sentirez, qui sait ?
La douceur d’une lettre
Que tiédit le corset.

Vous riez ! votre joie
A Tout préfère Rien.
En vain l’aube rougeoie,
En vain l’air chante. Eh bien,

Je ris aussi ! Tout passe.
O muse, allons-nous-en.
J’aperçois l’humble grâce
D’un toit de paysan ;

L’arbre, libre volière,
Est plein d’heureuses voix ;
Dans les pousses du lierre
Le chevreau fait son choix ;

Et, jouant sous les treilles,
Un petit villageois
A pour pendants d’oreilles
Deux cerises des bois.

(Victor Hugo)

Illustration: Danielle Duer

 

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Je respire où tu palpites (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Je respire où tu palpites

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?

A quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’Auréoles;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n’entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s’en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J’en reprends dans ton coeur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d’azur.

L’amour fait comprendre à l’âme
L’univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l’infini

Sans toi, toute la nature
N’est plus qu’un cachot fermé,
Où je vais à l’aventure,
Pâle et n’étant plus aimé.

Sans toi, tout s’effeuille et tombe ;
L’ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t’implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n’es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l’autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L’inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l’étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu’illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant :  » Où donc est ma soeur ? »

J’en mourrai ; fuis, si tu l’oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu’elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

(Victor Hugo)

Illustration:Edvard Munch

 

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Les feuilles sont l’espoir des racines (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021




    
Les feuilles sont l’espoir des racines
Les fleurs, celui des branches
Et le bourgeon, celui de la ramure

Pour nous, quelle sève à notre espoir ?

Le ramage est l’espoir de l’oiseau
Le clapotis, celui des eaux
Le chuchotement, celui des vents

Pour nous, quel chant à notre espoir ?

La rose est l’espoir de la tige
Le bleu, celui de l’océan
Et le vert, celui du printemps

Pour nous quelle couleur à notre espoir ?

Le miel est l’espoir de la ruche
Le vin est celui de la vigne
Et la miche est celui du blé

Pour nous, quelle saveur à notre espoir ?

La proie est l’espoir du rapace
Le venin, celui du serpent
Le butin, celui du pirate

Pour nous, quel destin à notre espoir ?

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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NUDITÉ DE LA NUIT (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2021



Illustration: Giorgio de Chirico
    
NUDITÉ DE LA NUIT
(L’énigme de la fatalité)

L’infini est une tour.
Le destin, une cheminée d’usine
dans un entassement d’arcades.
Cambrures de l’Inévitable.
Briques de l’Inéluctable.
Sur la droite, un gant de fer posé sur un damier
rappelle que la vie est un jeu noir et blanc
s’achevant en tournois sanglants.

Qui donc a joué le Jour et l’a perdu au jeu?
Le soir prend la couleur d’un gant de fer rouillé
avant le heaume irrémédiable de la nuit.
Nuit nue de l’après-humain

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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Melancholia (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    
Melancholia
(extrait)

… Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d’une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer.
Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : – Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes !
Ô servitude infâme imposée à l’enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, oeuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les coeurs la pensée,
Et qui ferait – c’est là son fruit le plus certain ! –
D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil !
Progrès dont on demande : Où va-t-il ? que veut-il ?
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l’homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l’on s’abâtardit,
Maudit comme l’opprobre et comme le blasphème !
Ô Dieu ! qu’il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l’homme heureux !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Ô vie, ton souffle (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2021



Illustration: Josephine Wall
    
Ô vie, ton souffle

Ô vie, ton souffle n’est qu’un cri à la Lumière
immortelle, d’où a jailli ton plus vif délice,
ton étreinte.

En vain tes mains saisissent toutes choses ;
de la terre faiblit la musique, cessent les notes
ou grincent.

Tu en appelles au Destin aveugle, et t’exclames:
« Écarte l’obstacle, ouvre
le portail d’or. »

Mais jamais encore n’as-tu approché la fin
de ta course, adoré, embrassé
l’indicible Visage.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Le vin d’éternité (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2020



    
Le vin d’éternité

En ce temps-ci, il n’est d’autre ami sans défaut
qu’un verre de vin pur, un recueil de poèmes:

Pars sans bagage étroit est le pas du salut.
Prends la coupe, car rien, rien ne vaut une vie.

Je ne suis pas le seul à être négligent : les
savants, eux aussi, sont tristes de ne pas
mettre en pratique ce qu’ils savent.

On voit bien que ce monde est un passage obscur
et que tout, ici-bas, est déplacé, instable.

Tiens-t-en aux beaux cheveux ! Ne conte pas de fable !
Ce sont les astres seuls qui sont les responsables : de
Saturne et Vénus dépend notre destin.

Mon cœur espérait tant s’unir avec le tien,
mais la mort a coupé la route de la vie.

On ne trouve jamais notre Hâfez lucide :
n’est-il pas toujours ivre du vin éternel?

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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J’AI VU (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



J’AI VU

J’ai vu plus d’un adieu se lever au matin,
J’ai vu sur mon chemin plus d’une pierre blanche,
J’ai vu parmi la ronce et parmi le plantain
Plus d’un profil perdu, plus d’un regard éteint
Et plus d’un bras, la nuit, que me tendaient les branches.

Par le calme et la pluie et le souffle du vent
J’ai vu passer les mots qu’un baiser accompagne.
J’ai vu ces baisers-là s’en aller au couvent
Et dans le flot des lacs où le temps va, rêvant,
J’ai vu plus d’un noyé dont je fus la compagne.

J’ai vu tous mes regrets guetter mon avenir,
L’amour me délaisser pour une autre nature
Mon coeur, mal estimé, de loin me revenir
Et ce coeur me rester pour battre ma mesure.

Ces mains, ces yeux, ces bras où passa mon destin
Ces profils éperdus ne pesant plus une once,
Je les revois dans l’onde et l’arbre et le plantain
Et je vois mon destin dans l’entrelacs des ronces.

(Louise de Vilmorin)

 

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SOUFFLE (Paolo Rufilli)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2020



Illustration: Pablo Atchugarry  
    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla, Gujarati

Poem of the Week Ithaca 653
« Soffio » Paolo Rufilli , Italy

From: “Il polline delle stelle”, Poesía italiana, Editoriale POINT 2000

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

SOUFFLE

C’est dans ce souffle lointain,
tout au fond du cœur,
que chacun
reconnaît son destin.
Le rêve le plus interdit :
la notion
d’un infini
même quotidien
qui échoit
au corps de l’amour.
Bridé, enfermé,
pour conserver son goût
intact,
soustrait à la vacuité
maintenu entre les cuisses
longtemps, en vain,
semblable à l’eau
qui de toute façon
glisse entre les mains.

Traduction Elisabeth Gerlache
Translation into French by Elisabeth Gerlache

(Paolo Rufilli)

***

ADEMTOCHT

Het is in die verre ademtocht,
diep in het hart,
dat eenieder
zijn lot herkent.
De meest verboden droom:
het denkbeeld
van een zelfs dagelijkse
oneindigheid
die het lichaam
van de liefde ten deel valt.
Tegengehouden, opgesloten,
om haar smaak ongerept
te bewaren,
onttrokken aan de leegte
vastgehouden tussen de dijen
langdurig, tevergeefs,
zoals het water
dat hoe dan ook
aan de hand ontglipt.

Vertaling Germain Droogenbroodt – Annie Reniers
Translation into Dutch by Germain Droogenbroodt – Annie Reniers

***

SOPLO

Es en ese remoto
soplo, dentro del corazón,
donde todo el mundo reconoce
su destino.
El sueño más prohibido:
la idea de un
infinito incluso cotidiano
abandonado en suerte
al cuerpo del amor.
Rendido, encarcelado,
para mantener intacto
su sabor,
sustraído al vacío
sostenido entre los muslos
largo tiempo, en vano,
como el agua
que sin embargo escapa
de la mano.

Traducción Rafael Carcelén
Translation into Spanish by Rafael Carcelén

***

BREATH

It is in that remotebreath,
inside the heart,
that everyone recognizes
his destiny.
The most forbidden dream:
the idea
of an infinite,
even ordinary
left by fate
at the body of love.
Surrendered, imprisoned,
to keep intact
its flavor,
subtracted from the void,
held between the thighs,
for a long time, in vain,
like water
that drips anyway
from the hand.

Translation into English by Germain Droogenbroodt

***

SOFFIO

E’ in quel remoto
soffio, dentro al cuore,
che ognuno riconosce
il suo destino.
Il sogno più prohibito:
l’idea di un
infinito perfino
quotidiano,
lasciato in sorte
al corpo dell’amore.
Arreso, imprigionato,
per conservare intatto
il suo sapore,
sottratto al vuoto
tenuto tra le cosce
a lungo, invano,
come l’acqua
che scivola comunque
dalla mano.

Traduzione Germain Droogenbroodt – Annie Reniers
Translation into Italian bij Germain Droogenbroodt – Annie Reniers

***

ATEMZUG

In jener Ferne
ist Atem, im Herzen,
dass ein jeder
sein Schicksal erkennt.
Der meistverbotene Traum:
die Idee einer
gar alltäglichen Ewigkeit,
als Schicksal
im Körper der Liebe gelassen.
Aufgegeben, eingesperrt,
um unversehrt
seinen Geschmack zu bewahren,
der Leere entzogen
zwischen den Schenkeln gehalten
lange Zeit, vergeblich,
wie das Wasser
das ohnehin
der Hand entrinnt.

Übersetzung Wolfgang Klinck
Translation into German by Wolfgang Klinck

***

SOPRO

É nesse remoto
sopro, dentro do coração
onde todo mundo reconhece
o seu destino.
O sonho mais proibido:
a ideia de um
infinito até mesmo cotidiano,
deixado ao fado
ao corpo do amor.
Dominado, aprisionado,
para conservar intacto
o seu sabor,
subtraído ao vazio
abarcado entre as pernas
muito tempo, em vão,
como a água
a escorrer mesmo assim
da mão.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia
Translation into Portuguese by José Eduardo Degrazia

***

CIATU

È nta ddu rimotu
ciatu, dintra u cori,
ca ognunu ricanusci
u so distinu.
Lu sognu chiù pruibbitu:
l’idea di un infinitu
p’ansina d’ogni jorru,
lassato in sorti
a lu corpu di l’amuri.
Arristatu, mpriggiunatu,
pi cunzirvari intattu
u so sapuri,
livatu a lu vacanti,
tinutu ntra li cosci,
a longu, invanu,
comu l’acqua
ca sciddica in ogni modu
di la manu

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla
Translation into Sicilian by Gaetano Cipolla

***

SUFLARE

În acea depărtată
suflare din adâncul inimii
își recunoaște fiecare om
propriul destin.
Visul cel mai oprit:
ideea unui infinit
fie el chiarși cotidian,
lăsat în voia
corpului iubirii.
Predat, întemnițat,
pentru a-ipăstra neatinsă
aroma,
scăzut din neantul
ținut între coapse
îndelung, fără rost,
ca apa
carese prelinge, oricum,
din mână.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

TCHNIENIE

To jest w ukrytym tchnieniu,
w głębi serca
które każdy rozpoznaje
jako własne przeznaczenie.
Najbardziej zabronione marzenie:
idea
perfekcyjnej nieskończonej codzienności
pozostawionej przez los
w ciele miłości.
Poddani, uwięzieni
by zachować jej nietknięty
smak,
odjęty od pustki,
trzymany między udami
długo, na próżno
bo to jest jak z wodą
która i tak ścieknie
z dłoni.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień — Małgorzata Żurecka
Translation into Polish by Mirosław Grudzień — Małgorzata Żurecka

***

ΑΝΑΣΑ

Μοναχική ανάσα
μες στην καρδιά
τη μοίρα σου που διακρίνεις
όνειρο απαγορευμένο
έννοια
εφήμερης αιωνιότητας
στα πόδια της αγάπης αφημένη
υποταγμένη, φυλακισμένη
διατηρεί τη γεύση της
απ’ την απώλεια παρμένη
μάταια εγκελεισμένη
ανάμεσα σε δυο γοφούς
και σαν νερό
πάντα της απ’ τα δάχτυλα
μακριά κυλά.

Μετάφραση ΜανώληΑλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***
呼吸

就在那久远的呼吸里,
在内心深处,
每个人都认识到
自己的命运。
最禁忌的梦想:
就是一个甚至
日常无穷大的信念
由命运遗留
在爱的身体里。
屈服,被囚禁,
为保持它的
原汁原味,
从虚无中减去,
很长时间里都是徒劳保存,
在大腿之间,
仅仅像水一样
不管怎样,从手上
逃走了。

英译:比利时杰曼·卓根布鲁特
汉译:中国周道模
Translation into Chinese by William Zhou

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نفَسٌ

في ذاك النفس البعيد
بأعماق القلبِ
يعرف كلٌّ منا قدرَه.
الحلمُ المحرَّمُ بشدة:
فكرة أبدية الأيام
سلمها القدر لجسد الحب.
مهجورة ،
مسجونة ،
بِكْرٌ مذاقُها.. يبقى،
مأخوذٌ من الخواء،
محصور طويلا دون جدوى
بين فخذين،
لكنه كما الماء
لابد أن
يتسلل هاربا
من اليد.

ترجمته عن الإنجليزية سارة سليم
Translation into Arab by Sarah Slim

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सांस

यह उस सुदूर सांस में है,
दिल के अंदर,
कि हर कोई पहचानता है
उसकी नियति।
सबसे निषिद्ध स्वप्न:
विचार
एक दैनिक अनंतता का
भाग्य द्वारा छोड़ा गया
प्रेम के शरीर पर।
आत्मसमर्पण, कैद,
अक्षुण्ण रखना
इसका स्वाद,
शून्यता से घटा,
एक लंबे समय के लिए व्यर्थ में आयोजित,
जांघों के बीच,
लेकिन पानी की तरह
वैसे भी बच जाता है
हाथ से।

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

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息遣いのなかに

心の内にある遠くの息
人はそこに自分の運命を知る
もっとも禁じられた夢
無限は平凡な運命のなかにさえ存在する
愛の身体のなかに
降伏し、投獄されても
その香りを傷つけないために
無から差し引かれる
それは長い時間、両脚の間にあったが
水のように手からこぼれ落ちてしまった

Translation into Japanese by Dr. Manabu Kitawaki

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نفس

نفسی از راه دور است،
در ميان قلبی
كه میداند
سرنوشتش را.
خوابى ممنوع
ايده ايى
حتى از يك بى نهايت روزانه
كه به تقدير واگذار شده بود
در بدن عشق.
تسليم شده، زندانى شده،
براى اينكه طعم آن،
دست نخورده بماند
از پوچى کم می شود،
برای زمانى طولانى عقیم می ماند
در ميان رانها
اما مثل آب
ناگزير فرارمی کند
از ميان دست ها.

پوالو‌ روفیلی، ایتالیا، ١٩٤٩
ترجمه: سپيده زمانى
Translation into Farsi by Sepideh Zamani

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ШУМ

В този далечен шум
от дълбините на сърцето
човек разпознава
своята участ.
Забранена мечта е тази
за безкрайността
на ежедневието,
оставена в ръцете на съдбата,
въплътена в любовта.
Затворен шум, заключен,
за да може да запази непокътнат
своя дух,
изтръгнат от празнотата,
задържан между две бедра
задълго, но напразно,
като водата, която винаги
се изплъзва от ръцете.

превод от италиански: Цветелина Александрова и Иван Христов
Translation into Bulgarian by Tsvetelina Alexandrova en Ivan Hristov

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ANDI

Það er í langsóttumandanum,
innst í hjartanu,
semhverogeinnáttar sig
á örlögumsínum.
Leyndastadraumnum:
hugmyndinni
um jafnveldagleganóendanleika
semforsjóninskilureftir
í kjarnakærleikans.
Afhendilátinn, haldiðföngnum,
tilþessaðviðhalda
bragðihans,
dreginnútúrtóminu,
honum var lengihaldiðtileinskis,
milli læranna,
en sleppursamt
einsogvatn
úrlófanum.

Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

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ДЫХАНИЕ

В далеком дыхании,
глубоко в сердце –
там каждый
узнает свою участь.
Запретнейшаямечта:
идея
дажеежедневной
нескончаемости
оставлена судьбой
втеле любви.
Зарешеткой, добровольносдавшись,
чтобывкуссохранить
целиком,
выхваченноеупустоты,
долго, напрасно
удерживаемое между бедер,
словно вода,
все равно
утекает сквозь пальцы.

ПереводнарусскийязыкДарьиМишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

HININGA

Nasa malalimnabuntong-hiningamulasakaibuturan ng pusonakilalaninng bawatisa ang
kanyangkapalaran.
Ang pinaka-ipinagbabawalnapangarap;
ang ideyang isangkahit pang araw-arawnawalanglimitasyonginiwan ng kapalaransakatawanng pag-ibig.
Sumuko, ikinulong,upangmapanatili
ang lasa,
ibinawasmulasakawalan,samatagalnapanahongpinapagingwalangkabuluhan,
sapagitan ng mgahita,
subalittulad ng tubigay nakakatakasparinmulasakamay.

Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

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נשימה / פאולול רופילי

זֶהבְּתוֹךְאוֹתָהּנְשִׁימָהקְלוּשָׁה,
שֶׁבָּאָהמֵהַלֵּב,
בָּהּאָדָםמְזַהֶה
אֶתגּוֹרָלוֹ.
הַחֲלוֹםהָאָסוּרבְּיוֹתֵר:
הָרַעְיוֹן
שֶׁלנִצְחִיּוּת
בַּדְּבָרִיםהַקְּטַנִּיםהַיּוֹמְיוֹמִיִּים
מֻטְבָּעעַליְדֵיהַגּוֹרָל
בְּגוּףהַנֶּאֱהָבִים.
כְּנוּעָה, כְּלוּאָה,
שׁוֹמֶרֶתשֶׁטַּעֲמָהּ
לֹאיִפָּגַע,
מֻחְזֶקֶת הָאַהֲבָהלַשָּׁוְא
לְאֹרֶךְזְמַן
בֵּיןהַיְּרֵכַיִם,
כִּי בְּכָלמִקְרֶה
הִיא כְּמוֹמַיִם
שֶׁדּוֹלְפִים מֵהַיָּד.

תרגום מאיטלקית לאנגלית: ג’רמיין דרוגנברודט
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
הפסל של
Translation into Hebrew by Dorit Weissman

***

மூச்சு

அது அந்த தூரத்து மூச்சு
இதயத்திற்குள் இருந்து,

ஒவ்வொருவரும் அறிந்து கொள்ளும்
அவரது தலை விதி.
தடுக்கப்பட்ட கனவு.
ஓர் எண்ணம்
ஒவ்வொரு நாளைய எல்லையற்ற
விதியினால் விடப்பட்டது
அன்பின் உடலில்
சரணடைந்து விட்டது, சிறை பிடிக்கப்பட்டது
அதனது உருசியைப்
பாதுகாப்பதற்காக.
பொருளற்ற நிலையினின்று கழிக்கப்பட்டது
நெடுங்காலத்திற்குபயனற்றதாய் வைக்கப்பட்டது
தொடைகளுக்கு இடையில்
தண்ணீர் போல எப்படியும்
கையிலிருந்து நழுவி விடும்!
கவிதை ஆக்கம்

Translation into Tamil by Dr. N V Subbaraman

***

HINASE

Li wê dûriyê
hinase, di dil de,
ku her yek
rojgaraxwezane.
Xewnapirtirtêqedexekirin:
Hizrataseriyê
Yarojane
çawarojgar
di tena evînê de hêştin.
Spardeyî,
liserkilîkirî,
bona ziyannegîhnêyê,
kuçêjaxwe bê parastin,
jivalahiyêvekişandin
di navberaranan de
demekedirêj
bêhêştin, bêhavil e
wekavê
her çijî
destdireve.

Translation into Kurdish by Hussein Habasch

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শ্বাস

সেইনির্জনশ্বাসে,
হৃদয়েরঅন্তস্থলে,
প্রতিজনস্বীকৃতিদেয়
তারনিয়তিকে।
সর্বোচ্চনিষিদ্ধস্বপ্নঃ
একটিধারণা
এমনকিএকটিদিনেরঅনন্ত
ভাগ্যদ্বারানির্ধারিত
ভালোবাসারদেহেরসমর্পিত।
আত্মসমর্পিতঅবরুদ্ধকারাবাস,
অক্ষতরাখতে
এরস্বাদ,
শূন্যতাথেকেবিচ্ছিন্ন
দীর্ঘকালীননিরর্থকতা,
উরুরমাঝারে,
তবেপানিরমতো
পালিয়েযায়
হাতথেকে ।

অনুবাদজার্মেইনড্রোজেনব্রুড্ট
Translation into Bangla by Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

શ્વાસ

હ્રદયમાં ખૂણેખાંચરે સાચવેલા
શ્વાસમાં સૌ જોઈ લે છે
પોતાનું પ્રારબ્ધ
પ્રતિબંધિત સ્વપ્ન:
પ્રેમની કાયા પાસે મુકાયેલી
અનંતતા
જે કેદ કરાઈ છે
સ્વાદ જળવાઈ રહે માટે
શૂન્યમાંથી જેની
બાદબાકી કરાઈ છે
જેને જકડી રખાઈ છે
જાંઘો વચ્ચે
સરકી જાય છે
જે આંગળીઓ વચ્ચેથી
જળવત્

-પાઓલો રફિલ્લી, ઇટલી, ૧૯૪૯

Translation into Gujarati by Udayan Thakker

(Paolo Rufilli)

 

Recueil: ITHACA 653
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