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Poésie

Posts Tagged ‘destinataire’

Qu’est la vérité (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



    

qu’est la vérité
un morceau de phrase
pour passer l’abîme

cette chose en nous
qui se renouvelle
la plus infidèle

alors c’est périr
qui devient sa preuve
et la garde neuve

rien n’aura eu lieu
qu’au bout de la langue
un tout petit peu

comme une prière
faite pour pleurer
tout destinataire

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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Ici on cherche toujours quelque chose (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




Illustration: Kajan
    
Ici
on cherche toujours quelque chose
dans les cafés, les églises, les places
et jusque dans les poubelles
on cherche en l’autre, en soi
dans la cohue des trottoirs
l’accalmie des ponts
dans l’eau stagnante des fontaines
et sur les bancs indiscrets
on cherche en bas, en haut, devant soi
un ticket de métro
une terre ou une femme perdus
un livre qu’on lira
sur un lit d’hôpital ou en prison
une chanson sans titre
un ouvre-boîtes solide
un oiseau qui ne chante que de nuit
On cherche
un regard qui fera basculer votre vie
un graffiti à vous seul adressé
un heurtoir arabe sur une porte italienne
une carte postale que vous avez envoyée il y a vingt ans
et que le destinataire a revendue
votre date de mort inscrite

sur un tronc d’arbre
dans un petit parc
que vous ne faites que traverser
Ici
on cherche toujours quelque chose
dans le carrousel délirant
du désir

(Abdellatif Laâbi)


Illustration: Salvador Dali

Illustration: Tardigrade « ourson » étonnant

http://www.apophtegme.com/ANIMALIA/tardigrade.htm

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Retouches (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2017




    

Très tôt je m’aperçus que les lettres d’amour que j’envoyais
se ressemblaient toutes : demande, attente, merci, nouvel appel,
et que les réponses que l’on y faisait avaient le même tour.

J’abrégeai donc, je contournai les évidences
et ne parlai plus que du décor qui m’entourait,
de l’image ou de l’idée qui me tourmentait autant que mon corps,
mais je trouvai mes descriptions trop longues et mes cachettes bien théâtrales.

Comme j’avais le temps je me suis mis à les réduire et dénuder,
à regarder de biais ou par-dessous
les villes, les êtres, mes sentiments,
tout ce qui me tombait sous la main,
à les concentrer en poèmes,
c’est-à-dire en chambres fortes,
à faire en sorte que le destinataire de ces mots
eût à les forcer, à les prendre et reprendre.

Je les appelai retouches.

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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L’amour à la robote (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



L’amour à la robote

Un homme écrit à la machine une lettre d’amour et la
machine répond à l’homme et à la main et à la place
de la destinataire
Elle est tellement perfectionnée la machine
la machine à laver les chèques et les lettres d’amour
Et l’homme confortablement installé dans sa machine à
habiter lit à la machine à lire la réponse de la machine
à écrire
Et dans sa machine à rêver avec sa machine à calculer
il achète une machine à faire l’amour
Et dans sa machine à réaliser les rêves il fait l’amour
à la machine à écrire à la machine à faire l’amour
Et la machine le trompe avec un machin
un machin à mourir de rire.

(Jacques Prévert)

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On cherche (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



Ici
on cherche toujours quelque chose
dans les cafés, les églises, les places
et jusque dans les poubelles
on cherche en l’autre, en soi
dans la cohue des trottoirs
l’accalmie des ponts
dans l’eau stagnante des fontaines
et sur les bancs indiscrets
on cherche en bas, en haut, devant soi
un ticket de métro
une terre ou une femme perdus
un livre qu’on lira
sur un lit d’hôpital ou en prison
une chanson sans titre
un ouvre-boîtes solide
un oiseau qui ne chante que de nuit
On cherche
un regard qui fera basculer votre vie
un graffiti à vous seul adressé
un heurtoir arabe sur une porte italienne
une carte postale que vous avez envoyée il y a vingt ans
et que le destinataire a revendue
votre date de mort inscrite

(Abdellatif Laâbi)

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A SA MORT (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



A SA MORT

Si c’est le souvenir que tu veux chercher sous l’écorce
Amère de l’orange, le soleil de sa chair,
Dans ma mémoire, il n’y a que cette solitude
De la forêt où gît le bois mort de l’espoir.

Allons! impitoyable… Tends-moi la main.
Je devais venir vers toi, me voici, je viens,
Mes pieds saignent? Mes regards se troublent,
Je n’en peux plus… A deux pas de toi,

Je suis comme le soldat qui porte un message
Dont il n’a jamais pris connaissance, et qu’à tout prix
Il doit remettre au lointain destinataire. Il se traîne
Blessé, il tend le pli plein de sang et de boue.

Moi aussi j’ignore tout du message
Que fut ma vie. La voici, déchirée, salie,
Je te la tends! Ô ma mort, laisse-moi me reposer
Pendant que tu la lis et en prends connaissance.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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Poème (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Poème

Si c’est le souvenir que tu veux chercher sous l’écorce
Amère de l’orange, le soleil de sa chair,
Dans ma mémoire il n’y a que cette solitude
De la forêt où gît le bois mort de l’espoir.

Allons ! Impitoyable ! Tends-moi la main,
Je devais venir vers toi, me voici, je viens,
Mes pieds saignent. Mes regards se troublent,
Je n’en peux plus… À deux pas de toi

Je suis comme le soldat qui porte un message
Dont il n’a jamais pris connaissance et qu’à tout prix
Il doit remettre au lointain destinataire. Il se traîne
Blessé, il tend le pli plein de sang et de boue.

Moi aussi j’ignore tout du message
Que fut ma vie. La voici déchirée, salie,
Je te la tends ! Ô ma mort, laisse-moi me reposer
Pendant que tu la lis et en prends connaissance.

(Ilarie Voronca)

 

 

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Encore combien de fois (Louis-René Des Forêts)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



Encore combien de fois faudra-t-il dire
Ce qu’on a dit et redit maintes fois ?
Combien de fois encore rêver d’un langage
Non asservi aux mots comme en ces jours
Où tout tremblant d’un timide désir
On n’avait soif que d’étreintes silencieuses
Qui comblent mieux que les plus graves échanges ?
Faut-il que soit sans cesse à recommencer
Ce qu’on cherche et n’arrive jamais à saisir ?
Peut-être qu’y renoncer serait plus sage
Mais raison et folie luttent à forces égales
Sans qu’aucune des deux ne l’emporte sur l’autre.
L’esprit aspire-t-il si peu au repos
Qu’il fasse de ce combat stérile un jeu
Dont chaque partie ne se gagne qu’en perdant ?
Quel mouvement l’agite et quel autre l’arrête
Au moment où il s’apprête à bondir ?
Serait-ce au-delà d’interminables ambages
Toucher le port son unique obsession
Il y a encore trop de brume qui l’aveugle
Rien pour le guider que des signes dans le vide
Porteurs de messages toujours en souffrance
S’ils dérivent sans atteindre leur destinataire
Comme lancés chaque fois d’une main hésitante
Est-ce à dire qu’ils ne demandent pas de réponse ?
Trouver la formule pour sortir de l’impasse
Et au plus vite, le salut est à ce prix
Mais autant attendre de la nuit qu’elle éclaire
La voie étroite par où aborder au port.

(Louis-René Des Forêts)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

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Ecriture au plus noir (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2015


25340-6

Ecriture au plus noir sans destinataire
que dépose l’avenir poste restante

(Charles Dobzynski)

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