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Poésie

Posts Tagged ‘destinée’

Ombres (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Ombres

Vous voilà de nouveau près de moi
Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre
L’olive du temps
Souvenirs qui n’en faites plus qu’un
Comme cent fourrures ne font qu’un manteau
Comme ces milliers de blessures ne font qu’un article de journal
Apparence impalpable et sombre qui avez pris
La forme changeante de mon ombre
Un Indien à l’affût pendant l’éternité
Ombre vous rampez près de moi
Mais vous ne m’entendez plus
Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante
Tandis que moi je vous entends je vous vois encore
Destinées
Ombre multiple que le soleil vous garde
Vous qui m’aimez assez pour ne jamais me quitter
Et qui dansez au soleil sans faire de poussière
Ombre encre du soleil
Écriture de ma lumière
Caisson de regrets
Un dieu qui s’humilie

(Guillaume Apollinaire)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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DESTINÉE (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
DESTINÉE

Tournés à la tâche
comme n’importe quelle
fibre créée
pourquoi nous plaindre?

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mettre ma vie en pages (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019




    
Mettre ma vie en pages
Est-ce bien raisonnable

Récurer
Calembours et calembredaines

Étendre mes rêves
Encore humides

Trouer à mains nues
Les poches de tristesse

Découdre les plaies

Sans gants ni masque
Souffler sur les cadavres

Donner à lire
Ma destinée
Dans les détours de mes viscères

Peut-être vaut-il mieux
Faire la coquette

À l’envi répétant
Que je suis vieille
Malade et moche

Et pauvre aussi

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Les têtes de morts (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Les têtes de morts

Voyons, oublions tout, la raison trop bornée
Et le coeur trop voyant; les arguments appris
Comme l’entraînement des souvenirs chéris;
Contemplons seule à seul, ce soir, la Destinée.

Cet ami, par exemple, emporté l’autre année,
eût fait parler Dieu! — sans ses poumons pourris,
Où vit-il, que fait-il au moment où j’écris ?
Oh! le corps est partout, mais l’âme illuminée?

L’âme, cet infini qu’ont lassé tous ses dieux,
Que n’assouvirait pas l’éternité des cieux,
Et qui pousse toujours son douloureux cantique,

C’est tout! — Pourtant, je songe à ces crânes qu’on voit.
Avez-vous médité, les os serrés de froid,
Sur ce ricanement sinistrement sceptique?

(Jules Laforgue)


Illustration: Gunther Von Hagens

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L’oreiller d’un enfant (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



 

Aron Wiesenfeld   Immigrant

L’oreiller d’un enfant

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d’enfants, pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n’ont jamais d’oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil, ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir …

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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A Mia Figlia (José Crociati)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Liliana Crociati de Szaszak

A Mia Figlia

Solo mi chiedo il perché
Tu se partita e distrutto hai lasciato il mio cuore
Che te solamente voleva, perché?
Perché? Solo il destino sà il perché e mi domando perché?

Perché non si può stare senza te, perché?
Tanto bella eri che la natura invidiosa ti distrusse, perché?
Perché, solo mi domando se Dio c’é, con se porta via ciò che suo non è
Perché ci distrugge e lascia all’infinito il dolore!

Perché? Credo al destino e non a te, perché?
Perché solo sò che sempre sogno con te, perché c’é di che?
Per tutto l’amore che sente il mio cuore per te.
Perché? Perché?

Il tuo papá

***

To my Daughter

Only I ask myself why
You left and left my heart destroyed
That wanted only you, why?
Why? Only destiny knows the reason, and I ask myself why?

Because we can’t be without you, why?
You were so beautiful that invidious nature destroyed you. Why?
I only ask myself why, if God exists, does he take away that which is His name.
Because He destroys us and leaves us to an eternity of sadness!

Why? I believe in fate and not in you. Why?
Because I only know that I always dream with you, why is that?
For all the love my heart feels for you.
Why? Why?

Your Papá

(José Crociati)

Article Wikipedia

Sculpture de Wíeredovol Viladrich

Liliana Crociati de Szaszak

Illustration: ArbreaPhotos

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FRÊLE PASSAGER (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



FRÊLE PASSAGER

Les fleurs, les nuages, les reflets de la lune,
Les bourgeons engourdis dans les forêts d’avril,
Le chant du coucou, l’aile fuyante de l’hirondelle,
Me font changer.

Les visions légères et passagères du monde,
L’impermanence des jours, la danse rapide des êtres,
Des papillons indécis, des pèlerins au carrefour des routes
Bougent dans ma vie.

Je bouge pour une étonnante vie ;
Je parle, je bouge aussi pour la mort ;

Je chante librement, non pour les hommes mais pour les cigales,
Pour les herbes, les rochers, les ruisseaux et la lune.
Je suis ivre rien qu’à tenir sur mes lèvres un peu d’eau !
Printemps par printemps ma destinée de plante…

(Armand Robin)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Les filles aux yeux bandés (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Les filles aux yeux bandés,
(Otez les bandeaux d’or)
Les filles aux yeux bandés
Cherchent leurs destinées…

Ont ouvert à midi,
(Gardez les bandeaux d’or)
Ont ouvert à midi,
Le palais des prairies…

Ont salué la vie,
(Serrez les bandeaux d’or)
Ont salué la vie,
Et ne sont point sorties…

(Maurice Maeterlinck)

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LE LANGAGE DES OISEAUX (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2018




    
LE LANGAGE DES OISEAUX
pour Helen Sutherland

Ce ne sont pas les oiseaux qui parlent, mais les hommes qui apprennent le silence.
Eux, ils ne savent et n’utilisent aucun langage.
D’une sagesse de feuilles
Dans un vol d’ombres qui se faufilent entre les frondaisons des arbres,
N’exprimant que les longues pensées du monde,
Leur chant s’élève, absolu, ce chant qui n’a qu’une seule phrase
Et ne vient pas d’un coeur divisé, douloureux.

Les bêtes aux yeux indifférents et doux,
Éveillées ou endormies, ont la grâce naturelle.
Ordre innocent des étoiles et des marées,
Un élan circule dans le cours du sang.
Obéissant à un seul pouls vivant,
Avec eux, les saints conversent en secret.

Nous, ignorants et bannis, nous restons
A nous émerveiller du vol de l’hirondelle,
A contempler la main ouverte,
A interroger les lignes de la chance :
Chaque destinée tourmente
L’esprit exilé.

Nos paroles et nos idées ne nomment
Qu’un univers d’ombres; car la vérité est claire
Qui a visité Jacob en rêve,
Que Moïse entendit dans le désert brûlant,
Et que livrent les anges dans l’annonciation.

***

THE SPEECH OF BIRDS
For Helen Sutherland

It is not birds that speak, but men learn silence;
They know and need no language; leaf-wise
In shadowy flight, threading the leafy trees,
Expressive only of the world’s long thoughts,
Absolute rises their one-pointed sons,
Not from a heart divided, and in pain.

The sweet-eyed, unregarding beasts
Waking and sleeping Wear the natural grace.
The innocent order of the stars and tides
An impulse in the blood-stream circulates.
Obedient to one living pulse,
With them, at heart, converse the saints.

We, ignorant and outcast, stand
Wondering at the swallow’s flight
Gazing at the open band,
Questioning the lins of fate —
Bach individual destin »,
Preying on an exiled mind.

Our words, our concepts, only Harle
A world of shadows; for the truth is plain
That visited Jacob in a dream,
And Moses, from the burning desert heard,
Or angels in annunciation bring.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Ne pensez plus autant (Francis Picabia)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration: Carolus-Duran 
    
Ne pensez plus autant

On peut tout demander
à une femme
quand elle est nue
et qu’elle pense
à sa lointaine destinée.

(Francis Picabia)

 

Recueil: Anthologie
Traduction:
Editions: Seghers

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