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Poésie

Posts Tagged ‘destinée’

Vale (Catherine Pozzi)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



La grande amour que vous m’aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons —
Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrés
Nous nous tenions

Notre soleil, dont l’ardeur fut pensée
L’orbe pour nous de l’être sans second
Le second ciel d’une âme divisée
Le double exil où le double se fond

Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,
Vos yeux vers lui ne l’ont pas reconnu
L’astre enchanté qui portait hors d’atteinte
L’extrême instant de notre seule étreinte
Vers l’inconnu.

Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu’il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu’ivre
Du vin perdu.

J’ai retrouvé le céleste et sauvage
Le paradis où l’angoisse est désir.
Le haut passé qui grandi d’âge en âge
Il est mon corps et sera mon partage
Après mourir.

Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de cœur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t’avais donnée
Pour la douleur.

(Catherine Pozzi)

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Instructions pour lire mes poèmes (Hervé Le Tellier)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2020




    
Instructions pour lire mes poèmes

pour lire mes poèmes tu dois
être seule au calme dans le presque noir

chaque poème il faut le lire à voix douce lentement
tu dois bien respecter les pauses
que le poète a indiquées
il fait son métier de poème le poème
il ne faut pas l’en empêcher
il accomplit sa destinée
alors si écoute bien si
au détour d’un mot d’une rime ou d’un rien
tu perçois quelque chose en toi
qui bouge
une couleur rouge
quelque chose qui fait un peu mal
aussi un petit peu de bien
ne touche à rien n’arrête pas
le poème fait son travail
c’est tout à fait normal
tu peux retourner en arrière
relire plusieurs fois les mots
le poème est à toi aussi
car c’est pour toi qu’on l’a écrit
tu as le droit d’y revenir d’y poser tes silences à toi
mais mais si tu sens qu’il faudrait t’arrêter
parce que ça te remue fort déjà
et qu’il se passe quelque chose à l’intérieur
cette chose dont tu ne voulais pas
il faut pourtant continuer encore et encore et encore
tant pis pour l’eau qui mouille ta joue
laisse lui faire son métier au poème
parce qu’il veut tellement tellement que tu l’aimes
le poème

(Hervé Le Tellier)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Ombres (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Ombres

Vous voilà de nouveau près de moi
Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre
L’olive du temps
Souvenirs qui n’en faites plus qu’un
Comme cent fourrures ne font qu’un manteau
Comme ces milliers de blessures ne font qu’un article de journal
Apparence impalpable et sombre qui avez pris
La forme changeante de mon ombre
Un Indien à l’affût pendant l’éternité
Ombre vous rampez près de moi
Mais vous ne m’entendez plus
Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante
Tandis que moi je vous entends je vous vois encore
Destinées
Ombre multiple que le soleil vous garde
Vous qui m’aimez assez pour ne jamais me quitter
Et qui dansez au soleil sans faire de poussière
Ombre encre du soleil
Écriture de ma lumière
Caisson de regrets
Un dieu qui s’humilie

(Guillaume Apollinaire)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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DESTINÉE (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
DESTINÉE

Tournés à la tâche
comme n’importe quelle
fibre créée
pourquoi nous plaindre?

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mettre ma vie en pages (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019




    
Mettre ma vie en pages
Est-ce bien raisonnable

Récurer
Calembours et calembredaines

Étendre mes rêves
Encore humides

Trouer à mains nues
Les poches de tristesse

Découdre les plaies

Sans gants ni masque
Souffler sur les cadavres

Donner à lire
Ma destinée
Dans les détours de mes viscères

Peut-être vaut-il mieux
Faire la coquette

À l’envi répétant
Que je suis vieille
Malade et moche

Et pauvre aussi

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Les têtes de morts (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Les têtes de morts

Voyons, oublions tout, la raison trop bornée
Et le coeur trop voyant; les arguments appris
Comme l’entraînement des souvenirs chéris;
Contemplons seule à seul, ce soir, la Destinée.

Cet ami, par exemple, emporté l’autre année,
eût fait parler Dieu! — sans ses poumons pourris,
Où vit-il, que fait-il au moment où j’écris ?
Oh! le corps est partout, mais l’âme illuminée?

L’âme, cet infini qu’ont lassé tous ses dieux,
Que n’assouvirait pas l’éternité des cieux,
Et qui pousse toujours son douloureux cantique,

C’est tout! — Pourtant, je songe à ces crânes qu’on voit.
Avez-vous médité, les os serrés de froid,
Sur ce ricanement sinistrement sceptique?

(Jules Laforgue)


Illustration: Gunther Von Hagens

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L’oreiller d’un enfant (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



 

Aron Wiesenfeld   Immigrant

L’oreiller d’un enfant

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d’enfants, pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n’ont jamais d’oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil, ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir …

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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A Mia Figlia (José Crociati)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Liliana Crociati de Szaszak

A Mia Figlia

Solo mi chiedo il perché
Tu se partita e distrutto hai lasciato il mio cuore
Che te solamente voleva, perché?
Perché? Solo il destino sà il perché e mi domando perché?

Perché non si può stare senza te, perché?
Tanto bella eri che la natura invidiosa ti distrusse, perché?
Perché, solo mi domando se Dio c’é, con se porta via ciò che suo non è
Perché ci distrugge e lascia all’infinito il dolore!

Perché? Credo al destino e non a te, perché?
Perché solo sò che sempre sogno con te, perché c’é di che?
Per tutto l’amore che sente il mio cuore per te.
Perché? Perché?

Il tuo papá

***

To my Daughter

Only I ask myself why
You left and left my heart destroyed
That wanted only you, why?
Why? Only destiny knows the reason, and I ask myself why?

Because we can’t be without you, why?
You were so beautiful that invidious nature destroyed you. Why?
I only ask myself why, if God exists, does he take away that which is His name.
Because He destroys us and leaves us to an eternity of sadness!

Why? I believe in fate and not in you. Why?
Because I only know that I always dream with you, why is that?
For all the love my heart feels for you.
Why? Why?

Your Papá

(José Crociati)

Article Wikipedia

Sculpture de Wíeredovol Viladrich

Liliana Crociati de Szaszak

Illustration: ArbreaPhotos

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FRÊLE PASSAGER (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



FRÊLE PASSAGER

Les fleurs, les nuages, les reflets de la lune,
Les bourgeons engourdis dans les forêts d’avril,
Le chant du coucou, l’aile fuyante de l’hirondelle,
Me font changer.

Les visions légères et passagères du monde,
L’impermanence des jours, la danse rapide des êtres,
Des papillons indécis, des pèlerins au carrefour des routes
Bougent dans ma vie.

Je bouge pour une étonnante vie ;
Je parle, je bouge aussi pour la mort ;

Je chante librement, non pour les hommes mais pour les cigales,
Pour les herbes, les rochers, les ruisseaux et la lune.
Je suis ivre rien qu’à tenir sur mes lèvres un peu d’eau !
Printemps par printemps ma destinée de plante…

(Armand Robin)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Les filles aux yeux bandés (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Les filles aux yeux bandés,
(Otez les bandeaux d’or)
Les filles aux yeux bandés
Cherchent leurs destinées…

Ont ouvert à midi,
(Gardez les bandeaux d’or)
Ont ouvert à midi,
Le palais des prairies…

Ont salué la vie,
(Serrez les bandeaux d’or)
Ont salué la vie,
Et ne sont point sorties…

(Maurice Maeterlinck)

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