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Poésie

Posts Tagged ‘destruction’

OBSCURCISSEMENT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Abanindranath Tagore   
    
OBSCURCISSEMENT

Une sombre appréhension servant de linceul
Enveloppe le monde,
En son centre demeure par-delà l’appréhension
Une ferme conviction.

Au milieu d’un orage de mots et la poussière de débats
L’ intelligence aveuglée tâtonne désespérément,
La conviction reste inébranlable, au fond,
Sans une ombre de peur.

Des centaines d’épreuves sur le chemin de la vie
Errent en un tourbillon,
Tandis qu’au centre règne la paix imperturbable
Sous l’ombre d’un arbre immortel.

Des flèches empoisonnées fusent sans relâche —
La censure, la perte, la mort et la séparation —
Éternelle, la Joie reste calme dans sa transe :
Elle ne connaît nulle destruction.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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DON JUAN – SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Alexander Maranov (6)

DON JUAN – SONNET

Au bord d’un étang bleu dont l’eau se ride
Sous le vent discret d’une nuit d’été,
Parmi les jasmins, foulant l’herbe humide
Avez-vous jamais, rêveur, écouté

La voix de la vierge émue et timide
Qui furtive, un soir, pour vous a quitté
Le foyer ami — depuis froid et vide —
Où, les parents morts, plus rien n’est resté?

Parfum de poison, volupté cruelle
D’avoir arraché du sol ce lys frêle
Et d’avoir hâté l’œuvre des tombeaux…

O destruction de quels âpres charmes
Es-tu donc parée?
Et, voilés de larmes,
Pourquoi les yeux clairs en sont-ils plus beaux?

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Maranov

 

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Nul ne signe l’éclair (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Francisco de Goya 
    
Nul ne signe l’éclair.
Nul ne dit à l’ombre montante, arrête toi.
Quelque part s’organise un complot.
La destruction s’avance.
Les visages sont encore heureux.
N’explique pas, désarroi,
Ce qui pleure, ce qui a froid
Ce qui est noir est aussi l’azur.

(Jean Malrieu)

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Lorsque tu examines le monde (Boddhisattva Mahâmati)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




    
Lorsque tu examines le monde avec ta sagesse et ta compassion,
il est pour toi comme la fleur de l’éther,
dont nous ne pouvons dire si elle est créée ou évanescente,
car les catégories de l’être et du non-être lui sont inapplicables.

Lorsque tu examines toutes choses avec ta sagesse et ta compassion,
elles sont au-delà du mental et de la conscience,
car les catégories de l’être et du non-être leur sont inapplicables.

Lorsque tu examines le monde avec ta sagesse et ta compassion,
il est éternellement comme un rêve,
dont nous ne pouvons dire s’il est permanent ou sujet à la destruction,
car les catégories de l’être et du non-être lui sont inapplicables.

(Boddhisattva Mahâmati)

 

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La solitude souffre (Gaspard Hons)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



La solitude souffre,
elle écrit des poèmes très ordinaires,
la solitude descend au fond des mots,
ferme toutes les portes,
pleure doucement sur les malheurs du monde.

La solitude se détache du monde,
elle devient étrangère au monde, aux choses, aux êtres.

La solitude se tait, mâche le désespoir,
assiste impuissante à la destruction du monde.
L’odeur du café, le ricanement du tiroir, la présence de l’ange,
la température trop basse pour la saison, l’ombre des âmes mortes,
… tout cela aussi connaît la solitude

(Gaspard Hons)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Salvador Dali

 

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C’est dans le sommet que j’habite (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
C’est dans le sommet que j’habite,
Où la lumière est crue.
Une herbe tendre comme une croupe.
Paysage masculin, féminin,
Hanté de plaques tournantes,
Autant d’arbres, autant de cadrans
Et personne pour lire l’heure.
C’est avant le déluge
Promis à la destruction,
Détruit avant d’être créé,
Quelque chose comme l’innocence non révélée,
Le bleu clair qui sonne
Dans un air sans tympan,
Un dieu sans visage enfoui dans le cœur de l’arbre,
Mais qui ordonne tout
A partir de l’ombre ou du jour, on ne sait pas.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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C’est dans le sommet que j’habite (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
C’est dans le sommet que j’habite,
Où la lumière est crue.
Une herbe tendre comme une croupe.
Paysage masculin, féminin,
Hanté de plaques tournantes,
Autant d’arbres, autant de cadrans
Et personne pour lire l’heure.

C’est avant le déluge
Promis à la destruction,
Détruit avant d’être créé,
Quelque chose comme l’innocence non révélée,
Le bleu clair qui sonne
Dans un air sans tympan,
Un dieu sans visage enfoui dans le cœur de l’arbre,
Mais qui ordonne tout
A partir de l’ombre ou du jour, on ne sait pas.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Dans un miroir brisé (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




Dans un miroir brisé

J’ai entendu dans ce soir plein d’étoiles
Des paroles irrémédiables,
J’ai senti ma tête tourner
Au-dessus de cet abîme en flammes;
La destruction hurlait à la porte,
Le jardin noir hurlait comme un hibou,
Et la ville, affaiblie jusqu’à mourir,
Était alors plus vieille que Troie.
Cette heure était insupportablement claire,
Et faisait un vacarme à en pleurer.
Le cadeau que tu m’as donné n’était pas
Celui que tu avais apporté de si loin,
Qui te paraissait un jouet absurde
Dans ce soir où tout était en feu.
Ce fut un très lent poison
Dans mon destin énigmatique.
Précurseur de tous mes malheurs,
Évitons de nous en souvenir!…
Cette rencontre qui n’a pas eu lieu
Continue à pleurer tout près d’ici.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Irina Kotova

 

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Ensemble (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017




Ensemble
ils étaient ensemble
et ils ont chanté l’amour, la destruction
l’allégresse, les deuils
les herbes et les engrenages de la torture

Ensemble
ils étaient ensemble
et ne savaient que trop
ce qui se tramait dans les caves
derrière les murs
les barbelés
dans les marges des dossiers secrets

Ensemble
ils étaient ensemble
et ils ont tissé l’arôme, les cellules
les rêves et la cendre

Ils étaient ensemble
et les voilà aujourd’hui
parfaitement silencieux
chacun d’eux sur une civière
s’acheminant vers la même tombe

(Aïcha Arnaout)

Illustration: Boris Taslitzky

 

 

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NOTRE CHANSON DES NUITS DE MAI (Toyoichirô Miyoshi)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016


 


 

NOTRE CHANSON DES NUITS DE MAI
WARERA NO GOGATSU NO YORU NO UTA

Ce qui soutient la terre mille mains mille douleurs
Ce qui saisit la terre dix mille mains dix mille angoisses
Ce qui enferme la terre cent millions de mains cent millions de peur
Ce sur quoi flotte la terre c’est la lutte entre la pauvreté la stérilité la destruction

Nos oreilles dorment dans la boue
Nos yeux s’éveillent dans la nuit
Nos cheveux s’emmêlent dans le vent
Et le vent souffle sur les pierres où nous dormons
Eldorado des pierres
Oliviers des ruines
Ongles jaunes des fossoyeurs –
Et elle, dans le miroir,
Dans les feuilles mortes éternelles, amas au fond de l’eau, elle dort
Le désir est un poisson inquiet qui nage dans l’espace de rêves prisonniers

Les arbres poussent leurs sanglots
Elle m’appelle au loin
Je lui réponds de près
Et le vent hurle en emportant nos voix
Elle cache en son sein une petite salière
J’ai dans une grande coupe un alcool amer
Dans sa salière j’en verse une goutte

Cristal de l’extase bracelet de l’amour
Qui devient fleur mignonne et répand son riche parfum dans lanuit noire
Enlacés nous dormons dans le sexe gris et creux de la terre
Quand l’horizon de l’été brûle son rouge écarlate
C’est la saison de la faim de la soif de l’ennui de la pourriture
Où revenir?
Ici, c’est l’Orient des sacrifices, on y cherche l’ombre dans la mer du désert
Armures usées Et deux amants
Pour un ami perdu
Joyeux oiseaux de la montagne poursuivis au-dessus d’un gouffre sans pitié
Cous pâles avancés vers l’avenir et qu’ajouter?
Croix immortelle où sont tatouées les rayures d’un destin aveugle
Si quelque chose a pu être oublié
C’est la foi en la destruction
C’est la croyance en la résurrection

Nos gorges cherchent une source pure
Nos mains caressent le ciel nocturne et frais du mois de mai
Et nous dormons en serrant dans nos bras chacun de nos deux mondes
Nos deux avenirs pleins de promesses
Le vent balaie nos rêves
Balaie l’arc-en-ciel de souffrances suspendu dans le vide
Ailes lourdes des oiseaux du soir qui dominent la terre qui dominent le soleil qui dominent nos espoirs
La mort est plus grande que nos chimères
Le silence est plus profond que la mer…

(Toyoichirô Miyoshi)

 

 

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