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Poésie

Posts Tagged ‘détacher’

Nuit blanche (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2019



Illustration: Laurent S
    
Nuit blanche

Les bouteilles vidées, les couples désenlacés, on a secoué les nappes, les calèches s’en vont, baisers, la musique s’est tue, les fleurs ont détaché leurs pétales, échos, on a rangé les instruments, les arbres ont perdu leurs feuilles, lueurs, replié partitions et pupitres, les oiseaux se sont dissous dans le froid, pause, la Lune s’est répandue en neige, les flots se sont calmés, sommeil, un trait léger signale encore quelques balustres, les graviers et les vents se sont enrobés de silence, respiration, les marches deviennent transparentes, le mur, le sol, glissement, et même cette feuille de papier va disparaître.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Derrière le mur (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



 

Illustration
    
Derrière le mur

Je pends aux branches comme neige
dans le printemps de la vallée,
comme source froide je flotte au vent,
je tombe humide dans les fleurs en bouton
comme une goutte,
elles pourrissent tout autour
comme autour de la fange.
Je suis ce qui sans cesse pense à la mort.

Je vole, car ne peux aller tranquillement,
à travers les solides bâtiments des cieux
et renverse piliers et murs creux.
J’alerte les autres, car la nuit ne peux dormir,
avec le bruissement lointain de la mer.
Je me glisse dans la bouche des cascades
et des montagnes détache des tonnerres de pierres.

je suis enfant de la grande angoisse du monde,
suspendu à la paix et à la joie
comme les coups de glas aux pas du jour
comme la faux dans les champs mûrs.
Je suis ce qui sans cesse pense à la mort.

***

Hinter der Wand

Ich hänge als Schnee von den Zweigen
in den Frühling des Tals,
als kalte Quelle treibe ich im Wind,
feucht fall ich in die Blüten
als ein Tropfen,
um den sie faulen
wie um einen Sumpf.
Ich bin das Immerzu-ans-Sterben-Denken.

Ich fliege, denn ich kann nicht ruhig gehen,
durch aller Himmel sichere Gebäude
und stürze Pfeiler um und höhle Mauern.
Ich warne, denn ich kann des Nachts nicht schlafen,
die andern mit des Meeres fernem Rauschen.
Ich steige in den Mund der Wasserfälle,
und von den Bergen lös ich polterndes Geel.

Ich bin der großen Weltangst Kind,
die in den Frieden und die Freude hängt
wie Glockenschläge in des Tages Schreiten
und wie die Sense in den reifen Acker.

Ich bin das Immerzu-ans-Sterben-Denken.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Beaucoup d’hommes souffrent de la solitude (Gilles Weinzaepflen)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Illustration: Edvard Munch
    
Beaucoup d’hommes souffrent de la solitude. Ils ne sont pas
forcément méchants, ils ne sont pas forcément sournois. La
solitude s’abat sur eux comme l’aigle fond sur sa proie,
l’enfant sur sa glace, la glace dans sa main. On ne choisit
pas la solitude comme on choisit framboise: c’est elle,
framboise, qui vous choisit comme cône.

La solitude n’est pas une maladie, elle ne s’attaque pas
aux fonctions vitales. Pas de symptôme, pas de traitement:
autour de soi le lien se défait et l’on reste seul au bord
de la route, dans le fossé, comme la casserole détachée du
pare-choc arrière de la voiture des jeunes mariés, avec
quelques éraflures sur le manche.

La solitude crée le personnage du solitaire, comme la mort
crée le mort. Elle lui donne ce nom que lui-même porte comme
une croix:

– Tiens, voilà le solitaire.

(On entend un bruit de casserole)

(Gilles Weinzaepflen)

 

Recueil: Noël Jivaro
Traduction:
Editions: Le clou dans le fer

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LORSQUE la nuit cède (Rafael Carcelén)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2019



Illustration: Christian Schloe 
    
LORSQUE la nuit cède
Et fatiguée dans sa mémoire elle s’effondre.
Lorsque le tout n’est plus rien
et pour le néant tout
abandonne doucement ses doigts
à la seule fragrance
à l’humide épaisseur de toute forme,
qui retient et éteint,
qui dissout, qui unit, qui détache,

avec cette légère paresse
comme la lente résine, de ton corps
l’aube se sécrète.

***

CUANDO cede la noche
y exhausta en su memoria se desploma.
Cuando ya todo es nada
y por la nada todo
mansamente abandona sus dedos
a la sola fragancia,
al húmedo espesor de toda forma
que retiene y apaga,
que disuelve, que une, que desata,

con qué leve pereza
como lenta resina, de tu cuerpo
va segregándose el alba.

(Rafael Carcelén)

 

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Détachée de l’arbre (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2019




    
Détachée de l’arbre
feuille d’automne qui tournoie
voyage sans retour.

***

Van de boom bevrijd
een neerdwarrelend herfstblad
reis zonder wederkeer

***

Liberada del árbol
una hoja otoñal cayendo
viaje sin retorno

***

Released from the tree
a whirling down autumn leaf
trip with no return

***

Foglia liberata
volteggia dall’albero
senza ritorno

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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J’ai détaché (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



Illustration: Michel Chansiaux
    
J’ai détaché le coeur de la pluie
Des ballades anciennes
ont alimenté mon silence.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Sonnet de la hache (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

Sonnet de la hache

Tout est beau qui ne souffre pas d’attache
Simple loi du vent souffle du futur
nuages nus volant des linges purs
que nulle main ne tient ou ne relâche.

Sage loi, encor que le coeur ne sache
pesant recomptant sang pur impur
émule du pire — qu’on dit toujours sûr —
aimer le silence où frappe la hache.

Le temps nous retranche étrange océan
nos cris, nos morts. Les emporte le han
sourd roulé par le ressac qui rabâche.

Les mots sans voix qui les porte allant
crever en écume — le coeur s’étonnant
à tort qu’aucune main ne le détache.

(Claude Michel Cluny)


Illustration: Vladimir Kush

 

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C’était ma douleur (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018




    
C’était ma douleur blanchie à la chaux.
Tu patientes, étendue sur les feuilles recueillies.
Il faut pouvoir ressembler au vent.
Tu voles. Tu chantes.
Je t’aime pour chaque branche,

C’était un sourire sur nos doigts fiévreux.
Une étrange silhouette détachée du soir :
Elle découvrait, pour nous, le monde.
Mais seule tu voyais.

Je te crois, je t’influence, je t’obéis.
Un mur nous réunit:
Jamais tu n’as le même visage.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

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Détachons l’échelle (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018




Illustration: Georgia O’Keeffe
    
Détachons l’échelle.
Détachons l’échelle de la poésie.

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes __..
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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Les oiseaux s’envolent et les fleurs tombent (Kheng-Tsin)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018



 

    

Les oiseaux s’envolent et les fleurs tombent

A l’aurore d’une matinée de printemps,
les oiseaux, arrivant par volées,
S’abattent dans le parterre en fleurs,
devant le pavillon de mon tranquille jardin.

A peine sont-ils posés,
que l’ouvrage de la nuit les effraie ;
Ils partent brusquement, tous ensemble,
non moins destructeurs que la nuit.

Le battement de leurs ailes
a détaché bien des pétales ;
Le vent, qui entrechoque les tiges,
maltraite aussi mes pauvres fleurs.

Des nuages de toutes couleurs
voltigent sur les degrés du perron ;
Il semble qu’il soit tombé de la neige rose,
comme au séjour des immortels.

Les oiseaux partis, le chant cesse ;
Les pistils et les étamines jonchent le sol,
flétris et dispersés.

De la terrasse du pavillon
j’ai contemplé longuement ce spectacle.
Ne sommes-nous pas souvent prodigues du temps
où nos années sont en fleurs ?

(Kheng-Tsin)

 

 

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