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Ces gigantesques sillons (Julien Vocance)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



La Mort a creusé sans doute
Ces gigantesques sillons
Dont les graines sont des hommes.

***

Au ras du sol depuis quinze jours,
Mon oeil en connaît les moindres bosses,
Les moindres herbes.

***

Rumeurs de veuves, d’orphelins,
Bourdonnantes, comme un essaim,
Sur ces pauvres corps déteints.

***

La pluie fine et froide, en cinglantes rafales,
Pénètre nos os et nos âmes,
Et les moelles de la terre.

***

Par la fatigue écrasés,
Ils ont les poses écroulées
Des cadavres de la plaine.

***

Les rafales de nos canons
D’une ville à l’horizon
Allument la vision brève.

***

Des croix de bois blanc
Surgissent du sol,
Chaque jour, ça et là.

***

Les obus vampires ont soulevé
Les dalles du cimetière
Dont les croix chancellent.

***

Pour arriver jusqu’à ma peau
Les balles ne pourraient jamais
Se débrouiller dans mes lainages.

***

Dans un trou du sol, la nuit,
En face d’une armée immense,
Deux hommes.

***

Fleur qui respirait la lumière,
Son oeil gît,
La gorge tranchée.

(Julien Vocance)

 

 

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BALCON DE GÛADARRAMA (Rafael Alberti)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2017



BALCON DE GÛADARRAMA

Hôtel aux bleus déteints,
aux paupières mi-closes,
gardé par les grillons,
et faiblement
troublé
par les plaintes des trains.

Le train d’une heure…
puis de deux heures…
Celui qui roule vers les plages
emporte mon coeur.

En sa nostalgie de la mer,
ma fiancée boit de la bière
au wagon-restaurant.

La lune, solitaire,
glisse sur le glacier.
La luciole du train
fore le défilé.

Et ma fiancée, oubliée,
s’envole en rêve sur la plage
gris perle du Sardinero.

(Rafael Alberti)

 

 

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