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Poésie

Posts Tagged ‘détester’

À CÉLIMÈNE (Alphonse Daudet)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2020



Illustration: Konstantin Razumov
    

À CÉLIMÈNE.

Je ne vous aime pas, ô blonde Célimène,
Et si vous l’avez cru quelque temps, apprenez
Que nous ne sommes point de ces gens que l’on mène
Avec une lisière et par le bout du nez ;
Je ne vous aime pas…depuis une semaine,
Et je ne sais pourquoi vous vous en étonnez.

Je ne vous aime pas ; vous êtes trop coquette,
Et vos moindres faveurs sont de mauvais aloi ;
Par le droit des yeux noirs, par le droit de conquête,
Il vous faut des amants. (On ne sait trop pourquoi.)
Vous jouez du regard comme d’une raquette ;
Vous en jouez, méchante…et jamais avec moi.

Je ne vous aime pas, et vous aurez beau faire,
Non, madame, jamais je ne vous aimerai.
Vous me plaisez beaucoup ; certes, je vous préfère
À Dorine, à Clarisse, à Lisette, c’est vrai.
Pourtant l’amour n’a rien à voir dans cette affaire,
Et quand il vous plaira, je vous le prouverai.

J’aurais pu vous aimer ; mais, ne vous en déplaise,
Chez moi le sentiment ne tient que par un fil…
Avouons-le, pourtant, quelque chose me pèse :
En ne vous aimant pas, comment donc se fait-il
Que je sois aussi gauche, aussi mal à mon aise
Quand vous me regardez de face ou de profil ?

Je ne vous aime pas, je n’aime rien au monde ;
Je suis de fer, je suis de roc, je suis d’airain.
Shakespeare a dit de vous : « Perfide comme l’onde » ;
Mais moi je n’ai pas peur, car j’ai le pied marin.
Pourtant quand vous parlez, ô ma sirène blonde,
Quand vous parlez, mon cœur bat comme un tambourin.

Je ne vous aime pas, c’est dit, je vous déteste,
Je vous crains comme on craint l’enfer, de peur du feu ;
Comme on craint le typhus, le choléra, la peste,
Je vous hais à la mort, madame ; mais, mon dieu !
Expliquez-moi pourquoi je pleure, quand je reste
Deux jours sans vous parler et sans vous voir un peu.

(Alphonse Daudet)

 

Recueil: Les amoureuses
Traduction:
Editions:

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Post-merci (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



Post-merci

Nous sommes des météores à gueule de planète.
Notre ciel est une veille, notre course une chasse,
et notre gibier est une goutte de clarté.

Ensemble nous remettrons la Nuit sur ses rails ;
et nous irons, tour à tour nous détestant et nous aimant,
jusqu’aux étoiles de l’aurore.

J’ai cherché dans mon encre ce qui ne pouvait être quêté :
la tache pure au-delà de l’écriture souillée.

En poésie, devenir c’est réconcilier.
Le poète ne dit pas la vérité ; il la vit ;
et la vivant, il devient mensonger.
Paradoxe des Muses : justesse du poème.

Dans le tissu du poème doit se retrouver un nombre égal de tunnels dérobés,
de chambres d’harmonie, en même temps que d’éléments futurs,
de havres au soleil, de pistes captieuses et d’existants s’entr’appelant.
Le poète est le passeur de tout cela qui forme un ordre.
Et un ordre insurgé.

(René Char)

 

 

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Ne pas se moquer (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



Baruch Spinoza
    
Ne pas se moquer,
ne pas se lamenter,
ne pas détester,
mais comprendre.

(Baruch Spinoza)

 

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Regrets (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



 

Regrets

Je déteste aujourd’hui le retour du soleil,
Et des champs repeuplés le verdoyant réveil.
La terre caressante étincelle de charmes,
L’univers se ranime… Et je meurs dans les larmes !
Que me font aujourd’hui ces feuilles, ces ruisseaux,
Et ces mouches d’azur sur les boutons nouveaux,
Ces papillons, ces fleurs, la campagne si belle
Qu’il verra sans moi, que je verrai sans lui !
C’est lui qui créait la richesse des cieux,
Et je la recueillais moi-même de ses yeux !
Des ailes du printemps la poussière émaillée
A beau, dans les vallons, fleurir éparpillée,
Mon ombre en y passant consume les gazons.
Mes chagrins sans ressource ont changé les saisons,
Et, comme un crêpe en deuil jeté sur sa parure,
Un reflet de ma vie a fané la nature.

(Jules Lefèvre-Deumier)

Illustration: Piel-Colombo

 

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Si vous saviez (Bruno Mabille)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration: Andrey Bobir
    
Si vous saviez comme
j’ai peur de vous perdre
comme je déteste les journées vides
passées à vous attendre
qui tournent au ralenti
quand sous le soleil des lampes
votre visage s’inscrit.

(Bruno Mabille)

 

Recueil: A celle qui s’avance
Traduction:
Editions: Gallimard

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Si je m’évade (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Igor Morski
    
Si je m’évade

Si je m’évade il vient à ma rencontre.
Il me surveille, il ne me quitte pas.
Il me connaît comme on connaît ses mains.
Il me déteste, il m’aime tour à tour.
Il me détruit ne se détruisant pas.

Je l’ai suivi, je connais ses pratiques.
Je lui dis tu quand il m’est étranger.
S’il était là sans que j’y sois moi-même,
j’aurais gagné mon étrange combat.

Nous sommes deux, parfois nous sommes mille.
Nous répétons je tu il nous vous ils
et tous les temps ne nous suffisent pas
pour conjuguer nos verbes condamnables.

Il vit en moi mais je sais qu’il est autre
et je suis l’autre aussi quand il est moi.
Ce corps étroit ne nous contient qu’à peine
et nous serons tous deux même cadavre.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Le Martinet (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2017



Illustration
    
Le Martinet

Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie
sa joie autour de la maison. Tel est le coeur.

Il déssèche le tonnerre. Il sème dans le ciel serein.
S’il touche le sol, il se déchire.

Sa répartie est l’hirondelle. Il déteste la familière.
Que vaut dentelle de la tour ?

Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n’est plus
à l’étroit que lui.

L’été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres,
par les persiennes de minuit.

Il n’est pas d’yeux pour le tenir. Il crie, c’est toute
sa présence. Un mince fusil va l’abattre. Tel est le coeur.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je ne sais (Gabriel-Joseph Guilleragues)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2017




    
Je ne sais, ni ce que je suis,
ni ce que je fais, ni ce que je désire:

je suis déchirée par mille mouvements contraires:
Peut-on s’imaginer un état si déplorable?

Je vous aime éperdument,
et je vous ménage assez pour n’oser, peut-être,
souhaiter que vous soyez agité des mêmes transports

[…]

Adieu, je voudrais bien ne vous avoir jamais vu.
Ah! je sens vivement la fausseté de ce sentiment,
et je connais dans le moment que je vous écris,
que j’aime bien mieux être malheureuse en vous aimant
que de ne vous avoir jamais vu ;

je consens donc sans murmure à ma mauvaise destinée,
puisque vous n’avez pas voulu la rendre meilleure.
Adieu, promettez-moi de me regretter tendrement,
si je meurs de douleur

[…]

cependant je vous remercie dans le fond de mon coeur
du désespoir que vous me causez,
et je déteste la tranquillité, où j’ai vécu,
avant que je vous connusse.

(Gabriel-Joseph Guilleragues)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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A l’amour (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



 

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A l’amour

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.

Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.

Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C’est que j’ai cru te voir sous ces traits que j’abhorre.
Oui, j’ai cru rencontrer le regard d’un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.

Ciel ! On peut donc mourir à l’aspect d’un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;

Je rougis d’oublier qu’enfin tout nous sépare ;
Mais je n’en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s’expriment avec peine !
Amour… que je te hais de m’apprendre la haine !

Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !

Cache au moins ma colère au cruel qui t’envoie,
Dis que j’ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.

Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
Il voulut essayer sa cruauté novice
Sur un coeur simple et malheureux.

Quand tu voudras encore égarer l’innocence,
Quand tu voudras voir brûler et languir,
Quand tu voudras faire aimer et mourir,
N’emprunte pas d’autre éloquence.

L’art de séduire est là, comme il est dans son coeur !
Va ! Tu n’as plus besoin d’étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.

Ne change rien aux aveux pleins de charmes
Dont la magie entraîne au désespoir :
Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes…

Il n’ose me répondre, il s’envole… il est loin.
Puisse-t-il d’un ingrat éterniser l’absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
J’aime mieux souffrir sans témoin.

Il ne reviendra plus, il sait que je l’abhorre ;
Je l’ai dit à l’amour, qui déjà s’est enfui.
S’il osait revenir, je le dirais encore :
Mais on approche, on parle… hélas ! Ce n’est pas lui !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Otto Lohmuller

 

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Comme sur le bord d’un nuage je me rappelle tes paroles (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

1

Comme sur le bord d’un nuage
Je me rappelle tes paroles.

Mais à cause de mes paroles
Tes nuits sont claires plus que tes jours;

Donc, repoussés loin de la terre,
Nous allions haut comme des astres.

Pas de désespoir, pas de honte,
Ni maintenant, ni plus tard, ni alors.

Mais vivant les yeux grands ouverts
Tu entends comme je t’appelle.

2

Les sons se perdent dans l’éther,
L’aube se déguise en ténèbres.
Dans un monde à jamais muet,
Rien que deux voix : ta voix, ma voix.
Au vent d’invisibles Ladoga,
À travers un bruit comme un carillon,
L’entretien de la nuit s’est transformé
En l’éclat léger d’arcs-en-ciel croisés.

3

J’ai toujours détesté
Qu’on ait pitié de moi.
Mais de ta pitié
Chaque goutte m’accompagne
Comme du soleil dans le corps.
Voilà pourquoi c’est partout l’aube.
Je vais, je fais des miracles.
Voilà pourquoi!

(Anna Akhmatova)

Illustration: Edvard Munch

 

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