Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘détourné’

La rencontre (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



La rencontre

Nous avons commencé à parler,
Nous nous sommes regardés, puis détournés.
Sans cesse les larmes me montaient aux yeux
Mais je ne pouvais pleurer.
Je voulais prendre ta main
Mais ma main tremblait.
Sans fin tu recomptais les jours
Qui nous séparaient de la prochaine rencontre,
Mais tous deux nous sentions dans nos coeurs
Que nous allions nous quitter pour toujours.
Le battement de la pendule emplissait la chambre paisible.
«Ecoute, t’ai-je dit, son bruit est si fort,
Comme un cheval au galop sur une route déserte.
Aussi fort que cela ? un cheval qui galope dans la nuit. »
Tu m’as enfermée dans tes bras
Et la pendule étouffait les battements de nos coeurs.
Tu as dit: «Je ne peux m’en aller:
Tout ce qu’il y a de vivant en moi
Est ici pour toujours.»
Puis tu es parti.
Le monde a changé. Le bruit de la pendule a faibli,
S’est amenuisé, est devenu chose infime.
Dans l’obscurité j’ai murmuré: «Si elle s’arrête, je mourrai. »

***

The meeting

We started speaking,
Looked at each other, then turned away.
The tears kept rising to my eyes
But I could not weep.
I wanted to take your hand
But my hand trembled.
You kept counting the days
Before we should meet again.
But both of us felt in our hearts
That we parted for ever and ever.
The ticking of the little clock filled the quiet room.
« Listen », I said, « It is so loud,
Like a horse galloping on a lonely road,
As loud as that — a horse galloping past in the night ».
You shut me up in your arms.
But the sound of the clock stifled our heart’s beating.
You said, « I cannot go : all that is living of me
Is here for ever and ever ».
Then you went.
The world changed. The sound of the clock grew fainter,
Dwindled away, became a minute thing.
I whispered in the darkness: « If it stops, I shall die ».

(Katherine Mansfield)


Illustration: Edvard Munch

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Rien ne voulait mourir (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



 

Rien ne voulait mourir
ni à la fenêtre le récit des feuillages
ni la rose rouge
porteuse de son chant

Ils parlaient à la vie
comme la fleur à l’abeille
l’abeille à la fleur

En désirs de fontaines
leurs paroles jaillissaient

Détournée de la mort
l’absence
se faisait bienveillante

(Georges Bonnet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le ciel détourné (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Le ciel détourné
dans l’eau de la rivière

Le soleil à cloche-pied
sous les feuillages

A la nuit tombante
la force d’un appel

l’enfance en veilleuse

(Georges Bonnet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les larmes quelquefois montent aux yeux (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2016



Les larmes quelquefois montent aux yeux
comme d’une source,
elles sont de la brume sur des lacs,
un trouble du jour intérieur,
une eau que la peine a salée.

La seule grâce à demander aux dieux lointains,
aux dieux muets, aveugles, détournés,
à ces fuyards,
ne serait-elle pas que toute larme répandue
sur le visage proche
dans l’invisible terre fit germer
un blé inépuisable ?

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Carlos Schwabe

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le monde aspire vers une sorte de centre invisible (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2016



Le monde aspire vers une sorte de centre invisible, et nous y marchons de dos, luttant contre le vertige.
Chacun, détourné, inquiet du site qu’il contourne, mesure à l’aveuglette la distance au gouffre qui aimante ;
chacun côtoie la perte d’être — serait-ce le temps qui naît ici comme l’incessant de celle perte ?

(Michel Deguy)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chemins qui ne mènent nulle part (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2015



Chemins qui ne mènent nulle part
entre deux prés,
que l’on dirait avec art
de leur but détournés,
chemins qui souvent n’ont
devant eux rien d’autre en face
que le pur espace
et la saison.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :