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Poésie

Posts Tagged ‘détruit’

Mémoire (Évelyne Trouillot)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



Andrius Kovelinas  s - With Love 

Mémoire

Le frémissement de nos souffles
se désagrège
comme des pétales
prisonniers de la main qui flétrit
je voudrais conserver le temps dans une mémoire
sans tangage ni tremblements
et retrouver la virginité de l’espoir
où les mères ne meurent pas
obscurcies de rêves détruits
d’enfants cassés
de chagrins enfouis
de mille histoires que nul ne dira
si ce n’est cette mémoire alourdie de larmes

(Évelyne Trouillot)

Illustration: Andrius Kovelinas

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Un jour (Miguel de Unamuno)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2019



calin

 

Un jour quelqu’un vous serrera
si fort dans ses bras
que tout ce qui un jour a été détruit en vous
se reconstruira.

(Miguel de Unamuno)

 

 

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L’OBSTINATION DU PLAISIR (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



Illustration: Joane Michaud
    
L’OBSTINATION DU PLAISIR

pareil à l’oiseau migrateur
qui à son retour
retrouve son nid détruit
pareil à l’aube
qui d’un chant
dégringole
pierre blanche dans le silence
le corps s’obstine
le corps revient à l’assaut
coup de feu dans l’oubli

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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Combien de formes abandonnées (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



 

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Combien de formes abandonnées
combien de moi détruits
combien d’aurores et de nuits
avant que je n’atteigne
ce lieu de lumière et de vide
où des oiseaux blancs crient
une présence —
ou n’est-ce encore qu’un signe?

***

How many forms discarded
how many selves destroyed
how many dawns and darknesses
until I reach
this place of light and emptiness
where white birds cry
a presence —
orstill yet only sign?

(Kenneth White)

Illustration

 

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Nul être n’est ni engendré, ni détruit (Anaxagore)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Nul être n’est ni engendré, ni détruit
mais tout se trouve composé et discriminé à partir des choses qui existent.
Ainsi conviendrait-il de désigner plus correctement
la génération par la composition et la mort par celui de discrimination.

(Anaxagore)

 

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Ce soir (Georges Schehadé)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



L’étoile reviendra sur le jardin détruit
Pareille à la goutte d’eau des naissances
Les oiseaux s’ouvriront qui n’ont plus de patience
Et ce sera le songe de la première nuit

O mon amour je suis dans une prairie
Avec des arbres de mon âge
Mais les gazelles passent dans les cils endormis
Ce soir la mort est fille du Temps bien-aimé

(Georges Schehadé)

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LE BEAU PALAIS DE JADE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018




    
LE BEAU PALAIS DE JADE
Thou-Fou

En faisant mille circuits, le ruisseau court,
sous les sapins, entre lesquels le vent s’allonge.
Les rats gris, s’enfuient, vers les vieilles tuiles.

A quel roi fut ce palais ?… on ne le sait plus…
Le toit avec les murailles, au pied de ce rocher à pic, tout est tombé.
Les feux-esprits, nés du sang des soldats tués, hantent la ruine.

Sur la route détruite, les sources qui s’écoulent, semblent sangloter des regrets.
Et, du bruit de toutes ces eaux vives, les échos forment une véritable musique.
La couleur de l’automne, jette sa douce mélancolie, sur toutes choses.

Hélas ! la beauté de celles qui, là, furent belles,
devient maintenant de la poussière jaune !
A quoi servit, alors, d’admirer le charme factice du fard,
et même la vraie beauté qui s’en ornait, non moins que lui, éphémère ?

Et ce roi ! Qu’est devenue la garde fringante, qui accompagnait son char doré ?
De tant de biens, de tant de créatures, que lui reste-t-il aujourd’hui ?

rien de plus qu’un cheval de pierre, sur son tombeau.
Une profonde mélancolie me vient…

Sur la natte que m’offre l’herbe douce, je m’assieds.
Je commence à chanter…
Mes larmes, qui débordent, mouillent mes mains, me suffoquent !…

Hélas ! tour à tour, chacun s’avance, sur le chemin.
Et tous savent, bientôt, qu’il ne conduit à rien.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Le soleil (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Illustration: Joseph Galante
    
L’herbe : sur l’herbe je n’ai rien à dire
mais encore quels sont ces bruits
ces bruits du jour et de la nuit
Le vent : sur le vent je n’ai rien à dire

Le chêne : sur le chêne je n’ai rien à dire
mais qui donc chantonne à minuit
qui donc grignote un pied du lit
Le rat : sur le rat je n’ai rien à dire

Le sable : sur le sable je n’ai rien à dire
mais qu’est-ce qui grince ? c’est l’huis
qui donc halète ? sinon lui
Le roc : sur le roc je n’ai rien à dire

L’étoile : sur l’étoile je n’ai rien à dire
c’est un son aigre comme un fruit
c’est un murmure qu’on poursuit
La lune : sur la lune je n’ai rien à dire

Le chien : sur le chien je n’ai rien à dire
c’est un soupir et c’est un cri
c’est un spasme un charivari
La ville : sur la ville je n’ai rien à dire

Le coeur : sur le coeur je n’ai rien à dire
du silence à jamais détruit
le sourd balaye les débris
Le soleil : ô monstre, ô Gorgone, ô Méduse
ô soleil.

(Raymond Queneau)

 

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NUIT D’AVRIL (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



NUIT D’AVRIL

Aujourd’hui, nuit d’avril, sans lune,
Ma rue
Est une autre rue.

Peut-être parce que sombre entre toutes
Et parce que danse le vent d’est
La nuit d’aujourd’hui habille
Du manteau de l’aventure les choses familières.

Une rue nouvelle détruisit la rue ordinaire.
Comme si elle avait toujours secrété ce parfum
De vent d’est et de printemps,
L’ombre des murs attend
Quelqu’un de reconnaissable.

Et parfois le silence tremble,
Comme si c’était l’heure du passage de celui
Qui aujourd’hui justement ne vient pas.

***

NOITE DE ABRIL

Hoje, noite de Abril, sem lua,
A minha rua
É outra rua.

Talvez por ser mais que nenhuma escura
E bailar o vento leste
A noite de hoje veste
As coisas conheci das de aventura.

Urna rua nova destruiu a rua do costume.
Como se sempre nela houvesse este perfume
De vento leste e primavera,
A sombra dos muros espera
Alguém que ela conhece.

E às vezes, o silêncio estremece
Como se fosse a hora de passar alguém
Que só boje não vem.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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La feuille tremble encor (Jules-Lefèvre Deumier)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017


 


 

Oskar Kokoschka 235842

La feuille tremble encor aux rameaux verts de l’arbre,
Mais le ciel gris et lourd dort comme un ciel de marbre.
Nous sommes en été, mais la mort est dans l’air :
J’ai froid. Tout me paraît pauvre, usé : c’est l’hiver,
L’hiver du désespoir qui m’est entré dans l’âme !
Quel printemps, échappé des regards d’une femme,
Reviendra sur ce sol, glacé par la douleur,
D’une asphodèle même entr’ouvrir la pâleur ?
Du même hiver que moi la terre est poursuivie :
Un mensonge de moins dépeuple donc la vie !
L’amour, en s’éloignant, ôte à l’infortuné
Plus de bonheur encor qu’il n’en avait donné :
Sur tout ce qui console il faut qu’il jette un voile.
Il nous éteint le ciel, étoile par étoile,
Et nous laisse à la fin, quand il a tout détruit,
Seuls, avec la mémoire, habiter dans la nuit.
C’est là qu’il faut languir, ou se tordre à demeure,
Ne vivant seulement que pour sentir qu’on meure,
Se tuant en détail pour renaître en entier.
Au bec de ce vautour demandez donc quartier !

(Jules-Lefèvre Deumier)

Illustration: Oskar Kokoschka

 

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