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Posts Tagged ‘détruite’

Impérissable créature (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Impérissable créature,
D’où te vient, non ta valeur,
Mais ce qu’en notre âme tu es,
Cette force que trahison,
Désillusion jamais n’épuisent,
Qui, toujours vive, à vous nous condamne ? Invincibles
Vous rôdez dans l’obscure trame
De nos cités, vous maintenez en vie
Une race détruite, vous les ultimes
Ministres de l’espérance, fût-elle vaine
En fin de compte !

Faut-il adoucir des souffrances :
Une femme le pourra ; un homme désespère
De son destin : c’est encore une femme
Qui le soutiendra le long du rocailleux chemin ;
Un homme brise son épée :
La femme aimée la lui remet,
Pure et brillante, en main.
Et pourtant nous savons
Combien cruelle, vile, traîtresse
Elle est.

Siècles et millénaires
S’étaient entassés l’un sur l’autre
Et désormais elle languissait, se défaisait
La race humaine, jadis glorieuse…
Sur la pourriture, sur le purin
Quelque chose flottait et c’était une femme.

***

Inesauribile creatura,
Donde ti viene, non già il tuo valore,
Ma quello che nel nostro anima sei,
Quella virtù che tradimento,
Che delusione non sgomenta,
Che sempre viva a voi ci sforza ? Invitte
Voi vi aggirate per l’oscura trama
Delle nostre città, serbate in vita
Una razza distrutta, voi ministre
Ultime di speranza, e sia pur vana
Infne !

Un male è da lenire
Una donna potrà ; dispera un uomo
Del suo destino : ed una donna ancora
Lo sosterrà lungo la via ronchiosa ;
Un uomo spezza la sua spada
Schietta e lucente nella mano
A lui la riporrà la donna amata.
E tuttavia sappiamo pure
Quanto feroce, vile, traditrice,
Ella.

S’erano i secoli, i millenni
L’uno sull’altro accatastati
Ed oramai languiva e si sfaceva
La stirpe umana, un di gloriosa…
Sul putridume, sul liquame
Qualcosa galleggiava : era una donna.

(Tommaso Landolfi)


Illustration: William Bouguereau

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LE SOLEIL ET LES GRENOUILLES (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE SOLEIL ET LES GRENOUILLES

Aux noces d’un Tyran tout le Peuple en liesse
Noyait son souci dans les pots.
Esope seul trouvait que les gens étaient sots
De témoigner tant d’allégresse.

Le Soleil, disait-il, eut dessein autrefois
De songer à l’Hyménée.
Aussitôt on ouït d’une commune voix
Se plaindre de leur destinée
Les Citoyennes des Etangs.
« Que ferons-nous, s’il lui vient des enfants?
Dirent-elles au Sort, un seul Soleil à peine
Se peut souffrir. Une demi-douzaine
Mettra la Mer à sec et tous ses habitants.
Adieu joncs et marais: notre race est détruite.
Bientôt on la verra réduite
A l’eau du Styx. » Pour un pauvre Animal,
Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Que la nuit soit parfaite (Alain Grandbois)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



Que la nuit soit parfaite si nous en sommes dignes
Nulle pierre blanche ne nous indiquait la route
Où les faiblesses vaincues achevaient de mourir
Nous allions plus loin que les plus lointains horizons
Avec nos épaules et nos mains
Aux étincelles des insondables voûtes
Et cette faim de durer
Et cette soif de souffrir
Nous étouffant au cou
Comme mille pendaisons

Nous avons partagé nos ombres
Plus que nos lumières
Nous nous sommes montrés
Plus glorieux de nos blessures
Que des victoires éparses
Et des matins heureux
Et nous avons construit mur à mur
La noire enceinte de nos solitudes

Et ces chaînes de fer rivées à nos chevilles
Forgées du métal le plus dur

Que parfaite soit la nuit où nous nous enfonçons
Nous avons détruit tout bonheur et toute tendresse
Et nos cris désormais
N’auront plus que le tremblant écho
Des poussières perdues
Aux gouffres des néants.

(Alain Grandbois)


Illustration: Gilbert Garcin

 

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