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A ma femme endormie (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Felix Mas -   (55) [1280x768]

A ma femme endormie

Tu dors en croyant que mes vers
Vont encombrer tout l’univers
De désastres et d’incendies ;
Elles sont si rares pourtant
Mes chansons au soleil couchant
Et mes lointaines mélodies.

Mais si je dérange parfois
La sérénité des cieux froids,
Si des sons d’acier ou de cuivre
Ou d’or, vibrent dans mes chansons,
Pardonne ces hautes façons,
C’est que je me hâte de vivre.

Et puis tu m’aimeras toujours.
Éternelles sont les amours
Dont ma mémoire est le repaire ;
Nos enfants seront de fiers gas
Qui répareront les dégâts,
Oue dans ta vie a faits leur père.

Ils dorment sans rêver à rien,
Dans le nuage aérien
Des cheveux sur leurs fines têtes ;
Et toi, près d’eux, tu dors aussi,
Ayant oublié, le souci
De tout travail, de toutes dettes.

Moi je veille et je fais ces vers
Qui laisseront tout l’univers
Sans désastre et sans incendie ;
Et demain, au soleil montant
Tu souriras en écoutant
Cette tranquille mélodie.

(Charles Cros)

Illustration: Felix Mas

 

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CINQ AUTRES CHOSES (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



Johann Wolfgang von Goethe

    

CINQ AUTRES CHOSES

Qu’est-ce qui m’abrège le temps ?
L’activité !
Qu’est-ce qui l’allonge insupportablement ?
L’oisiveté !
Qu’est-ce qui te plonge dans les dettes ?
Attendre et patienter !
Qu’est-ce qui engendre le gain ?
Ne pas délibérer longtemps !
Qu’est-ce qui procure l’honneur ?
Se défendre!

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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La Vive Flamme d’amour (Saint Jean de la Croix)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018




    
La Vive Flamme d’amour

I

Ô vive flamme d’amour,
Qui frappez délicatement
Le plus profond centre de mon âme,
Puisque vous ne m’êtes plus fâcheuse,
Achevez, s’il vous plaît, votre ouvrage ;
Rompez le voile de cette douce rencontre.

II

Ô cautère agréable !
Ô délicieuse plaie !
Ô main douce ! ô délicat attouchement !
Qui a le goût de la vie éternelle,
Qui paie toutes mes dettes !
En faisant mourir, vous avez changé la mort en la vie.

III

Ô flambeau de feu !
Dont les splendeurs
Éclairant les profondes cavernes
Du sens obscurci et aveuglé,
Dans ses excellences extraordinaires,
Donnent tout ensemble de la chaleur et de la lumière à son bien-aimé.

IV

Avec combien de douceur et d’amour
Vous éveillez-vous dans mon sein
Où vous demeurez seul en secret !
Dans votre douce aspiration,
Pleine de biens et de gloire,
Que vous m’enflammez agréablement de votre amour!

***

I

O llama de amor viva,
Que tiernamente hieres
De mi aima en et mas profundo centro :
Pues ya no eres esquiva,
Acaba ya, si quieres,
Rompe la tela deste dulce encuentro.

II

O cauterio suave !
O regalada plaga !
O mano blanda ! ô toque delicado !
Que à vida etema sabe,
Y toda deuda paga,
Malando, muerte en vida lo has trocado.

III

O lâmparas de fuego !
En cuyos resplandores
Las profundas cavernas del senlido,
Que estava escuro, y ciego,
Con estraños primores
Calor y luz dan junto à su querido.

IV

Quan manso y amoroso
Recuerdas en mi seno,
Donde secretamente solo moras,
Y en tu aspirar subroso,
De bien y gloria Ileno
Quan delicadamente me enamoras !

(Saint Jean de la Croix)

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/carmel/jeandelacroix/jeandelacroix07.htm#_Toc134005195

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Je ne veux ni acheter ni vendre (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



 

Illustration: Galya Bukova    
    
Je ne veux ni acheter ni vendre
mais que les dettes soient annulées
À quoi bon ? Les autels sont en cendres
Dans le temple un oiseau a brûlé

Je ne veux ni lire ni écrire
mais que la page soit envolée
J’ai perdu et ma plume et ma lyre
Dans le temple un oiseau a brûlé

Je ne veux finir ni entamer
faire chanter ni d’amour souffrir
Je ne veux ni charbon ni saphir
mais seule contempler la fumée

La forêt en est tout assombrie
Les lièvres épient le ciel et disent
qu’il est temps d’appeler l’éclaircie
en dansant ce que la mort ne brise

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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ARCHITECTURE D’HOMME (Jeanne Catania)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



Illustration: Marie-Hélène Stokkink
    
ARCHITECTURE D’HOMME

À l’homme
À qui je ne dois rien
Fors la dette éternelle
Vie pour vie
Peau pour peau
Tout ce qu’un homme a
Il le donnera
La lutte était certaine
Pourtant c’est une autre fredaine
Chant de sang à sang
Azur blessant du désir
Échappant à la vile certitude
Effaçant le fil des frontières
Accordant son imprimatur
A la belle aventure
Hormis celui de la femme
Que je feins d’ignorer
Pour mieux en appeler
À son joyeux savoir
Le corps de l’homme est le seul
Parlant si haut à ma pudeur
Lui dont les riants ombrages
Ont raison de ma peur
De l’aube au crépuscule
Qui dans la douceur vient
Tant de lueurs s’allument
Au rebours de multiples planètes nocturnes
Au déclin sans pesanteur
À l’éternité mûre
Ses rondeurs insolentes et révolutionnantes
Offrant dessus dessous un velours étoilé
Ses jumelles lactées
Afin de mieux flatter

L’antre vivant de ma cible vivante
Et le ventre si lisse à la soie si exquise
Amène bien la main vagabonde et mutine
À oser enfin la caresse
Issue de côtes prometteuses
En accolade il faut choisir
Comment glisser
Vers la hanche diseuse de baisers
Par quelle pure courbe
Ouvrir l’aile de la coupe angevine
Celle qui
D’entre les colonnes saintes
Élève vers le ciel
La flèche communiante.

(Ricardo Bofill – L’architecture d’un homme.

(Jeanne Catania)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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DESCRIPTION D’OCTOBRE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



 

DESCRIPTION D’OCTOBRE

Abattus, les chênes d’illusion
de notre nord céleste, chaud comme pierre, debout
dans l’air en dette
de sang qui pousse
autour de la vigne mûrissante. Plus loin,
au-delà même de l’ivresse
que nous aurons respirée,
une aile de pie tournoiera
et son battement traversera notre ombre.

Viens,
prends cette monnaie de douleur
que je te donne.

(Paul Auster)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Soleil inaperçu (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



 

Soleil inaperçu

Le temps nous aura disjonctés, me dis-je
Dans l’opacité de nous qui s’accroît.
Je trace à la craie un semblant de croix
Sur le tombeau d’illusoires prodiges.
Plus rien ne s’accorde au flux de nos gestes
Ni rose des vents ni rose des os.
Le sang s’aveugle en son propre réseau
De notre peau subsiste un palimpseste.
La vie est notre dette. Qui l’endosse?
Des rêves le brouillon s’est détaché.
L’arrière-écrit nous demeure caché
De tout penser quelque leurre est la fosse.
Est-ce le temps qui nous creuse et divise
Semant nos feuilles mortes sur le sol
Et de nos nuits désaxant la boussole
Voile en nos yeux une terre promise ?
Pourtant nous sommes faits de ce tissu
C’est lui qui se reprend puis se démaille.
De quel aimant sommes-nous la limaille
Captifs de quel soleil inaperçu?

(Charles Dobzynski)

 

 

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Je ressens ce besoin de rembourser une dette (Pascal Quignard)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Je ressens ce besoin de rembourser une dette
qui résulte de la nativité même en nous.
Nous sommes faits par d’autres
et par de plus anciens que nous
[…]
Il est possible qu’un contre-don – même dérisoire,
selon une étrange symétrie naturelle –
soit nécessaire à toutes les données de notre vie.
[…]
rendre quelque chose à la vie,
et même à la terre perdue dans l’univers stellaire.

Une action de grâce (de gratitude) rendue à la lumière,
à cet incroyable hasard d’être –
dont chacun de nous a été, quelques années,
durant les toutes premières années,
un fragment encore dense et presque lumineux.

(Pascal Quignard)

Illustration: Louis Toffoli

 

 

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Dette d’amour (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2015



Reconnaître cette dette d’amour
dont nous restons à jamais les débiteurs insolvables,
puisque du néant il nous est advenu de naître, d’être là,
doués, infectés, affectés de parole,
comme l’immensité des ténèbres l’est
d’une lumière rare et mystérieuse.

(Werner Lambersy)


Illustration: Odilon Redon

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