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Jadis c’était la couleur du dire (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2019



Illustration: Margaret Brohan
    
Jadis c’était la couleur du dire
Qui inondait ma table sur le versant le plus laid d’une colline
Avec un champ chaviré où une école se tenait, tranquille
Et un carré noir et blanc de filles s’y répandait en jeux ;
Les doux glissoires du dire je les dois détruire
Pour que les noyés enchanteurs se relèvent pour chanter comme coq et tuer.
Quand je sifflais avec des gamins joueurs à travers le parc du réservoir
Où la nuit nous lapidions les froids, les niais
Amants dans la boue de leur lit de feuilles,
L’ombre de leurs arbres était mot à plusieurs obscurités
Et lampe d’un éclair pour les pauvres dans la nuit ;
Maintenant mon dire doit me détruire,
Et je déviderai chaque pierre comme un moulinet.

(Dylan Thomas)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vision et Prière (et autres poèmes)
Traduction: Alain Suied
Editions: Gallimard

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LA PLAGE D’ANGLE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



 

Alex Alemany_nina-de-agua

LA PLAGE D’ANGLE

Le vent fait basculer jusqu’à nos racines.
Nos dieux de passage abdiquent.
Nos cirques rétrécissent
sous les voûtes de demain.

Puis, nos enfants à venir,
Tiges aux fronts de chair,
Graviront à leur tour
l’esplanade du temps.

Pour eux.
Fauchons le vieil azur,
Échancrons nos murailles,
Dévidons nos édifices jusqu’au pivot.

Pour eux,
Multiplions les salines d’espérance,
Recouvrons pour eux
la ressemblance perdue.

Altéré de ce qui sera,
Quelqu’un en nous s’obstine —
S’obstine vers la plage d’angle
avec ses océans.

(Andrée Chedid)

Illustration: Alex Alemany

 

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PROGRAMME MATINAL (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Françoise Naudet
    
PROGRAMME MATINAL

Heures claires du lever du Soleil
auxquelles mille trompettes d’or
annoncent le divin réveil !
Salut à toi, Orbe céleste et sonore !

Dans l’angoisse de l’ignorance
de l’avenir, sachons recevoir
la barque chargée de fragrances
dont les rames sont d’ivoire.

Épicuriens ou bien rêveurs,
aimons la Vie triomphante,
toujours couronnés de fleurs,
la torche toujours flamboyante !

Puissions-nous extraire des raisins
de notre existence transitoire
les plaisirs qui animent nos destins
et les champagnes de la gloire.

Dévidons les fils d’Amour,
faisons le Bien — il est amène,
dormons ensuite sans détour,
pour toujours, à jamais. Amen.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS… (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Salvador Dali
    
LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS…

La douceur de l’angélus matinal et divin
que dispensent d’ingénues cloches provinciales,
dans l’air innocent, avec la force des pétales,
des prières, des visions virginales et des refrains

du rossignol, s’opposant en tout au rude destin
qui en Dieu ne croit pas… La pelote du jour en déclin
que le soir dévide derrière d’opaques cristaux
pour tisser d’une seule pièce l’étoffe de nos maux,

tout entiers faits de chair et parfumés de vin…
Et cette atroce amertume de n’avoir point de goût,
de ne pas savoir vers où diriger notre proue,

tandis que le pauvre esquif dans la nuit calfeutrée,
avance sur les vagues hostiles et de l’aurore privé…
(O cloches suaves, que l’aube fasse son entrée !)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Je suis là (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2017



Partout des voix ou plutôt des reflets,
des fantômes de voix
Des voix noyées au fil d’un fleuve
semblable à quelque bande
magnétique immense
qui se dévide incessamment
les entraînant dans son courant
Tout au long de l’onde.

Et parfois l’on pressent qu’on
pourrait les entendre
qu’il suffirait d’un rien
Peut-être d’un peu plus seulement
de silence
Pour qu’une de ces voix submergées
suffocantes
Prise dans ce tumulte anonyme
qui va
S’élève de la nuit et dise:
Je suis là.

(Marc Alyn)


Illustration

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D’UNE FONTAINE (Luc-André Marcel)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



D’UNE FONTAINE

Je te réinvente, fontaine,
comme l’oiseau léger du sommeil
refait un arbre pour sa peine,
un ciel pour le chiffre du vol.

Je te vois dérouler tes femmes,
l’arôme double de leur chair,
selon la déclive campagne.

En ton refuge végétal
laissons la joie tirer l’enfance
de l’ombre, du soir, de la rose;
permettre un intense moment,
l’ancienne douceur d’être deux
autour d’un fruit
le buvant bouche à bouche.

Quel chemin dans les yeux et sur les lèvres
ce sourire invitant la mort,
lorsque fantôme d’arbre mauve
insensible, elle remontait
sur la lisière de l’aube.

Un brusque oiseau fendait le ciel comme une orange ;
une main lente s’étonnait,
luttait aveugle contre l’ange;
Mais au coup de vent qui criait
toute rame se déchirait…

Les morts subtils aux yeux couleurs de menthe,
je vois leur main frissonner dans cet orme,
leurs mots anciens devenir ton eau claire,
leur danse luire dans le vent…
O fontaine, ta veine obscure
convie à des paroles pures,
mais qu’est devenu notre amour ?
— Le vent et l’hivernal feuillage
du long cyprès, ou ce nuage
se dévidant le long du jour…

(Luc-André Marcel)

Illustration: John William Godward

 

 

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ABSENCE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015



ABSENCE

Mon corps te quitte goutte à goutte.
Te quitte mon visage comme une huile sourde ;
te quittent mes mains comme un mercure épandu,
te quittent mes pieds en deux temps de poussière.

Oui, tout te quitte, tout nous quitte !

Te quitte ma voix qui te muait en cloche
fermée à tout ce qui n’est pas ce que nous sommes.
Et te quittent mes gestes que je dévidais
de ma navette tisserande sous tes yeux.
Te quitte le regard qui, lorsqu’il te regarde,
au tien apporte l’orme et le genévrier.

Je te quitte et m’en vais avec ta propre haleine ;
je suis la moiteur de ton corps qui s’évapore.
Je te quitte et m’en vais avec sommeil et veille,
et dans ton souvenir le plus clair je m’efface.
Et je deviens dans ta mémoire comme ceux
qui dans les plaines et les bois ne sont pas nés.

Serais-je sang et je m’en irais dans les paumes
de tes mains au travail, dans ta bouche de moût.
Serais-je tes entrailles, je serais brûlée
dans tes pas que jamais, plus jamais, je n’entends,
et dans ta passion qui tonitrue dans la nuit
comme dans leur démence les mers esseulées.

Oui, tout nous quitte, tout nous quitte !

***

AUSENCIA

Se va de ti mi cuerpo gota a gota.
Se va mi cara en un óleo sordo ;
se van mis manos en azogue suelto ;
se van mis pies en dos tiempos de polvo.

¡Se te va todo, se nos va todo!

Se va mi voz, que te hacía campana
cerrada a cuanto no somos nosotros.
Se van mis gestos que se devanaban,
en lanzaderas, debajo tus ojos.
Y se te va la mirada que entrega,
cuando te mira, el enebro y el olmo.

Me voy de ti con tus mismos alientos :
Como humedad de tu cuerpo evaporo.
Me voy de ti con vigilia y con sueño,
y en tu recuerdo más fiel ya me borro.
Y en tu memoria me vuelvo con esos
que no nacieron en llanos ni en sotos.

Sangre sería y me fuese en las palmas
de tu labor, y en tu boca de mosto.
Tu entraña fuese, y sería quemada
en marchas tuyas que nunca más oigo,
¡y en tu pasión que retumba en la noche
como demencia de mares solos!

¡Se nos va todo, se nos va todo!

(Gabriela Mistral)


Illustration

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Destinées ! (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2015



 

Pierre Avocat_ crbst_Editions_20du_20Pommier_208 [1280x768]

Destinées ! Destinées ! qui dévidez le fil,
suspendez un instant votre travail ingrat.

(Hubert Juin)

 

 

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