Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘dévisager’

QUATRE CANTOS (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



QUATRE CANTOS

Pourquoi verte, l’éternité ?
O douloureuse, ô ineffable
fougère encore repliée
Qui n’a senti en lui crier
les premières feuilles des arbres
ne sait rien de l’éternité.

Brune sous les javelles blondes
Pareille à la terre en été
C’est toujours le matin du monde
Quand nous saluons la beauté.

Qui me sépare de ma mort ?
un miroir où mon âme morte
a perdu le poids de son corps
Qui me sépare de ma vie ?
l’ombre à reculons qui m’épie
et me fascine en me fuyant
Qui me sépare de mon dieu ?
moi innombrable qui me prends
au piège de mes visages
Mais dans l’Ombre où je suis damné
l’Autre muet me dévisage.

Ce corps battu à mort
sur l’aire nue de l’âme
qu’espère-t-il ? le van
qui criblera ses astres.

(Pierre Emmanuel)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE FEU DE TA MÉLODIE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019




    
LE FEU DE TA MÉLODIE

Ce feu de mélodie que Tu as allumé dans mon coeur,
Ce feu a tout embrasé, partout.
Les flammes dansent tout en battant la mesure,
De branche en branche, sur des arbres croulants :
Qui appellent-elles dans le ciel
Les mains exaltées ?
Ébahies, les étoiles dévisagent le noir,
Affolé, un vent surgit d’on ne sait où,
Immaculé, au plus profond de la nuit
S’épanouit ce lotus d’or :
Personne ne peut sonder le sortilège de cette flamme.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE JOUEUR DE FLÛTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



 

Illustration
    
LE JOUEUR DE FLÛTE

Un cheval est mort dans la rue
Tout au fond de son oeil une étoile remue
Et tandis que sonnent les heures
Dans d’autres rues
Il y a d’autres chevaux, qui meurent

Des chevaux comme des enfants
Et aussi des enfants qui meurent
Celui qui tient entre ses doigts
Sa longue vie comme une flûte
Descend le fleuve et ne sait pas
Que ces enfants le dévisagent
Que dans la nuit des portes s’ouvrent
Et que soudain dans l’escalier
Des pas répondent à l’appel
De sa chanson au bord du fleuve

Mais seulement devant la mer
Quand fatigué par le voyage
Doucement son regard se pose
Sur toutes choses méritées
Il s’aperçoit qu’il n’est plus seul
Que les enfants l’ont devancé
A l’intérieur de sa vie même
Que son amour est dépassé.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qui me sépare de ma mort ? (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Qui me sépare de ma mort ?
un miroir où mon âme morte
a perdu le poids de son corps
Qui me sépare de ma vie ?
l’ombre à reculons qui m’épie
et me fascine en me fuyant
Qui me sépare de mon dieu ?
moi innombrable qui me prends
au piège de mes visages
Mais dans l’Ombre où je suis damné
l’Autre muet me dévisage.

(Pierre Emmanuel)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’amoureuse en secret (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



L’amoureuse en secret

Elle a mis le couvert et mené à la perfection
ce à quoi son amour assis en face d’elle parlera bas tout à l’heure,
en la dévisageant.
Cette nourriture semblable à l’anche d’un hautbois.
Sous la table, ses chevilles nues
caressent à présent la chaleur du bien-aimé,
tandis que des voix qu’elle n’entend pas,
la complimentent.
Le rayon de la lampe emmêle,
tisse sa distraction sensuelle.
Un lit, très loin, sait-elle, patiente et tremble
dans l’exil des draps odorants,
comme un lac de montagne
qui ne sera jamais abandonné.

(René Char)

Illustration: Hélène Mahevo

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le chagrin m’a retiré la peau (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017



La nuit dévisage l’ombre
le chagrin m’a retiré la peau;
elle est tiède sous mes pieds.

(Tahar Ben Jelloun)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

La fulgurante nuit (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2017


south_korea_3

 

Nus nous sommes
Pourtant par nous
passent les métamorphoses
Gemmes de grenade
Rubis de paon
Agates et améthystes
de dix mille aurores…
Car nous étions seuls
à avoir dévisage
La fulgurante nuit

A l’instant où la lumière fut

(François Cheng)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dévisager l’ultime (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017




    
Dévisager l’ultime
Retrouver sans faille
l’ouvert
Où se donne
la vie entière
En son inaltéré
va-et-vient

Entre la cime d’ici
et l’horizon
Un aigle trace
le cercle du soir
Qu’un éclair recueille
en passant

À temps ou
à contretemps

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Arbre-résistance (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2017




    
À l’ombre de l’ombre

Arbre-résistance

Ne plus bouger d’un pouce d’ici
Non tant fidèle à soi
qu’à la promesse de la Vie
Accueillir pluie comme vent
Cueillir gelée comme rosée
Fouiller racines et caresser nues
Endurer ouragans et ravages
Perdurer alliance terre-ciel
Contre tout attente

à la flamme à la rouille
Contre toute attente
Dévisager la violence humaine
Fixer des yeux massacres et cris
Prêter le flanc aux coups de hache
ou de machette
Être le corps entaillé jusqu’aux os
anneaux rompus tripes dehors

Porter haut cependant la frondaison
Dispensant l’onguent de l’unique ombre
Sur le dos brûlé de l’enfant orphelin
Non tant fidèle au monde
qu’à la promesse de la vie

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Ne rien retrancher (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017




    
Illustration: Salvador Dali

Ne rien retrancher
Fixer des yeux jusqu’au bout
l’innommable
Survivre aux os rompus
à la chair corrompue
Être de tout son corps
Le mot-oeil
Que nulle langue humaine
n’ose dévisager encore

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :