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Poésie

Posts Tagged ‘dévisager’

Arbre-résistance (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2017




    
À l’ombre de l’ombre

Arbre-résistance

Ne plus bouger d’un pouce d’ici
Non tant fidèle à soi
qu’à la promesse de la Vie
Accueillir pluie comme vent
Cueillir gelée comme rosée
Fouiller racines et caresser nues
Endurer ouragans et ravages
Perdurer alliance terre-ciel
Contre tout attente

à la flamme à la rouille
Contre toute attente
Dévisager la violence humaine
Fixer des yeux massacres et cris
Prêter le flanc aux coups de hache
ou de machette
Être le corps entaillé jusqu’aux os
anneaux rompus tripes dehors

Porter haut cependant la frondaison
Dispensant l’onguent de l’unique ombre
Sur le dos brûlé de l’enfant orphelin
Non tant fidèle au monde
qu’à la promesse de la vie

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Ne rien retrancher (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017




    
Illustration: Salvador Dali

Ne rien retrancher
Fixer des yeux jusqu’au bout
l’innommable
Survivre aux os rompus
à la chair corrompue
Être de tout son corps
Le mot-oeil
Que nulle langue humaine
n’ose dévisager encore

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Nus nous sommes (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017




    
Nus nous sommes
Pourtant par nous
passent les métamorphoses
Gemmes de grenade
Rubis de paon
Agates et améthystes
de dix mille aurores…
Car nous étions seuls
à avoir dévisagé
La fulgurante nuit

À l’instant où la lumière fut

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Corona (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Edvard Munch  500 [800x600]

Corona

Du dedans de la main, l’automne dévore sa feuille : nous sommes amis
Nous libérons le temps de la coquille de noix
Et nous lui apprenons à marcher
Le temps retourne vers sa coquille
Dans le miroir c’est dimanche
Dans le rêve nous dormons
La bouche parle vérité
Mon regard descend vers le sexe de l’aimée
Nous regardons
Nous nous parlons des ténèbres
Nous nous aimons comme pavot et mémoire
Nous dormons comme vin dans les coquillages
Comme mer dans les rayons de sang de la lune
Nous nous tenons enlacés près de la fenêtre
Ils nous dévisagent de la rue
Il est grand temps que l’on sache
Il est grand temps que la pierre s’habitue à fleurir
Que le non-repos batte au cœur
Il est temps que le temps soit
Il est temps

(Paul Celan)

Illustration: Edvard Munch

Recueil: Contrainte de lumière
Traduction:
Editions:

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Le corps d’Eurydice (2/4) (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



Certains soirs elle ne savait pas
Ce qui, d’elle, était devenu insaisissable:
Une poignée de plumes rousses
Sur le ciel lisse, où volaient les fleurs du cerisier.
Où l’atteignait, porté par quelque souffle,
Un parfum indéfinissable. Etait-ce
Le laurier rose, dont la feuille est empoisonnée?
Sinon quel souvenir, ou quel désir
Aurait meublé les couches de lumière déclinante,
Et l’espace qui était en elle ce miroir
Obscurci, ce point de fuite, une heure
Avec de légers nuages sur le ciel pâle?
Un moment du monde aurait passé:

« Reprendre le chemin qui ramène
Vers ce lieu de moi-même où tout s’apaise
Et s’équilibre, est-ce tellement difficile
Mère mauvaise? Et me fondre dans ce qui m’appelait:
La nuit accueillante où le corps ne vieillit pas. »

Une vivante. Elle a fait son deuil d’elle-même.
Elle a erré parmi les petits noms de l’amour,
Les objets familiers: beaucoup de fleurs,
D’étoffes, de bijoux, pour embellir une vivante.
Pour retenir sur elle la lumière. Et la passion?
Et le manque, et le besoin, et le plaisir?
Enfin pour finir cette chambre
Sans lit et sans miroirs, où elle se dévisageait
Un moment dans une fenêtre blanche,
Avant de se détourner tout à fait du dehors,
Respirant profondément l’odeur douceâtre
Des bouquets fanés sur la table:

« Nue dans la mémoire, comme dans l’amour,
C’est là que j’ai appris à être impitoyable
Avec ma vie, à n’être plus que du temps
Sans désir comme le soleil sur les pierres nues,
Les pages, désertées d’êtres écrites. »

Ce qui, d’elle, était devenue méconnaissable,
Une partie d’elle-même donc, sa main seulement
Ou sa personne tout entière, les concours
De ce qu’on nomme l’âme? Et beaucoup plus tard
Ce furent d’autres fleurs, celles des paulownias
Qui forment une sorte de ciel mauve
Quand le vrai ciel s’emplit de noir.
Ce qu’il faudrait, de toute urgence, ressaisir,
Elle ne savait toujours pas. – Et pourquoi
Saisir plutôt que se laisser saisir?
Elle regardait alors ces grappes de fleurs,
Respirait cette brume mauve. Elle était capable
D’en jouir. Puis le bleu plus profond
Se mettait tout autour, c’était
Un chef-d’oeuvre de tendresse,
De distraction, ou de destruction:

« Mère mauvaise, non, je n’ai pas changé ma vie.
Mais je suis revenue, parmi les miens, quel que fût
Cet inconnu qui me forçait à aimer l’amour.
Dérobée à lui-même, mes gestes mutilés,
Ceux d’une autre? Sa tête perdue. »

(Claude Adelen)

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Sans toi (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



Mon oreiller me dévisage dans la nuit
Exsangue comme une pierre tombale
Jamais je n’envisageais qu’il serait si cruel
D’être seul
Sans pouvoir me blottir contre ta chevelure

J’habite seul dans une demeure silencieuse
La lampe suspendue dans la pénombre
Et mes mains s’entrouvrent délicatement
Pour y cueillir les vôtres
Et mes lèvres chaudes se posent tendrement
Sur toi ombre invisible, fatigué et affaibli
Je me réveille en sursaut
Enveloppé par une nuit froide qui me glace
L’étoile luit et brille à travers la fenêtre
Où s’est envolée ta chevelure dorée?
Où s’est envolée ta bouche adorée?

Maintenant je bois au chagrin de chaque instant de bonheur
Et au venin de chaque vin
Jamais je n’envisageais qu’il serait si cruel
D’être seul
Seul sans toi!

**************

Ohne dich

Mein Kissen schaut mich an zur Nacht
leer wie ein Totenstein;
So bitter hatt ich’s nie gedacht,
Allein zu sein
Und nicht in deinem Haar gebettet sein!

Ich lieg allein im stillen Haus,
die Ampel ausgetan,
Und strecke sacht die Hände aus,
die deinen zu umfahn,
Und dränge leis den heißen Mund
Nach Dir und küss mich matt und wund-
und plötzlich bin ich aufgewacht
und ringsum schweigt die kalte Nacht,
der Stern im Fenster schimmert klar-
o du, wo ist dein blondes Haar,
wo ist dein süßer Mund??

Nun trink ich Weh in jeder Lust
Und Gift in jedem Wein;
So bitter hat ich’s nie gewußt,
allein zu sein,
allein und ohne dich zu sein!!

(Hermann Hesse)

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La pauvreté me dévisage (Bernard Perroy)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



La pauvreté me dévisage
et je ne sais pas
si elle vient de moi
ou de cet homme
assis sur le trottoir,

tandis que sa voix
et la mienne se perdent
dans la rue qui bourdonne
comme pour mieux nous faire saisir
ce silence d’empathie
qui bourgeonne de nos deux coeurs.

**

Poverty stares at me
and I don’t know
if it comes from me
or that man
sitting on the sidewalk,

while his voice
and mine are lost
in the buzzing street
as if to better seize us
this silence of empathy
budding of our two hearts.

(Bernard Perroy)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Il est très difficile (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2015



Il est très difficile de soutenir le regard fixe d’un tout petit
– c’est comme si Dieu était en face de vous et vous dévisageait sans pudeur,
en prenant tout son temps, un peu étonné de vous voir là.

(Christian Bobin)

 

 

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Le front vers les étoiles (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2015



 

Jeanie Tomanek betweenhereandhome [1280x768]

Le front vers les étoiles
Tu chanteras

Et non pour t’enchanter
mais pour qu’un feu s’allume
Au haut du col

Quelqu’un
La torche haute
Dévisage la mer

La route du retour
Parmi les myrtes

Ton chien Silence
Près de toi

(Pierre Emmanuel)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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LA STATUE ET LE VISITEUR (Jean Brilman)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2015




LA STATUE ET LE VISITEUR

Lovée dans une robe de pierre dorée
Transparente comme un déshabillé
Laissant passer une cuisse rosée
Ferme et dodue
La statue
Fait du charme sans retenue
A un homme, qui passe
Et le dévisage avec audace.
Elle paraît vive et gaie
Frémissante de jeunesse
Lui est myope, laid
Rongé par la vieillesse
Elle a deux mille ans
Et lui déjà trente ans !

(Jean Brilman)

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