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Posts Tagged ‘dévore’

L’éclat qui de tes pieds monte à ta chevelure (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019



L’éclat qui de tes pieds monte à ta chevelure,
turgescence entourant ta forme délicate,
n’est pas nacre de mer, n’est jamais argent froid :
tu es faite de pain, pain aimé par le feu.

Avec toi la farine éleva son grenier,
poussa, développée par la chance du temps,
et tandis que doublait le froment de tes seins
le charbon de l’amour travaillait dans la terre.

Oh le pain de ton front, de tes jambes, ta bouche,
dévoré, renaissant avec l’éclat du jour,
ma bien-aimée, bannière des boulangeries,

c’est le feu qui te donna la leçon de sang,
être sacrée, la farine te l’enseigna,
et tu reçus du pain le langage et l’arôme.

***

La luz que de tus pies sube a tu cabellera,
la turgencia que envuelve tu forma delicada,
no es de nácar marino, nunca de plata fría :
eres de pan, de pan amado por el fuego.

La harina levantó su granero contigo
y creció incrementada por la edad venturosa,
cuando los cereales duplicaron tu pecho
mi amor era el carbón trabajando en la tierra.

Oh, pan tu frente, pan tus piernas, pan tu boca,
pan que devoro y nace con luz cada mañana,
bienamada, bandera de las panaderías,

una lección de sangre te dio el fuego,
de la harina aprendiste a ser sagrada,
y del pan el idioma y el aroma.

(Pablo Neruda)

Illustration: Sonia Dziabas

 

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Transhumance (Colette Nys-Mazure)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Avoir marché longtemps
longuement erré
incertains dévorés de soifs ravagés

la faim au ventre
les yeux brûlés l’ombre à l’âme

Avoir divagué trébuché
face contre la terre brute
privés de souffle et d’allant
ignobles défigurés

Avoir perdu corps et biens

Et déboucher dans cette clairière
Son silence de source

(Colette Nys-Mazure)

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La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil, je la voyais s’asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l’enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

(Charles Baudelaire)

Illustration: Jean-Baptiste Corot

 

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Obscure nuit, laisse ton noir manteau (Gabrielle de Coignard)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Obscure nuit, laisse ton noir manteau,
Va réveiller la gracieuse aurore,
Chasse bien loin le soin qui me dévore,
Et le discours qui trouble mon cerveau.

Voici le jour gracieux, clair et beau,
Et le soleil qui la terre décore,
Et je n’ai point fermé les yeux encore,
Qui font nager ma couche tout en eau.

Ombreuse nuit, paisible et sommeillante,
Qui sais les pleurs de l’âme travaillante,
J’ai ma douleur cachée dans ton sein,

Ne voulant point que le monde le sache,
Mais toutefois, je te prie sans relâche,
De l’apporter aux pieds du Souverain.

(Gabrielle de Coignard)

Illustration: Auguste Rodin

 

 

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L’incantation à prononcer (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Anthony Ackrill   (16)

L’incantation à prononcer
Est aussi longue que ta vie
Tu ne pourras signer le pacte
Ton âme te sera laissée
Cette âme partout refusée

Le trésor à découvrir
Est enfoui dans ta tombe
Un autre creusera pour toi
Le trésor te sera laissé
Le trésor pour t’enterrer

L’énigme à déchiffrer
Ton dernier souffle le plus faible
Soulèvera la poussière qui la couvre
Tu ne seras pas dévoré
Tu peux ronger ton coeur toi-même

Tu ne sais plus rien
Les supplices ne te feront rien dire
Tu ne seras pas condamné
Tu peux te torturer toi-même

Tout est détruit tu n’as plus rien
Tes souvenirs sont dangereux
Comme un labyrinthe éboulé
Ta place te sera laissée
Ta place pour ne plus bouger

Et c’est pourtant d’ici qu’il faut partir
L’amour à signer pour toujours
Tout l’amour à découvrir
L’inconnue à rendre heureuse

L’amour te fera parler

(Ernest Delève)

Illustration: Anthony Ackrill

 

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LES CROASSEMENTS (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2018



LES CROASSEMENTS

Amis, ne laissez pas croasser vos idées.
Des idées qui croassent finissent par becqueter.
Elles iraient becqueter jusqu’à l’os vos bestiaux, vos songes, vos sourires.
Et puis, c’est votre coeur qui serait dévoré.
Non, non, pour les idées, pas de croassements, et rien que des cantiques.

(Norge)


Illustration: Odilon Redon

 

 

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Incandescence à la lisière d’un ciel bas (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



 

Incandescence à la lisière
d’un ciel bas — la lumière-nid non dévorée
décline vers le minimum vital : du moineau
à l’oiseau sans nom, la distance
est la proie — fumée
qui atténue les braises, contrairement à la secte
d’ailes, où tu palpites, fumée épouse
du rougeoiement — dans la mémoire du moineau
cela parachève le sommeil des nuages.

(Paul Auster)

Illustration

 

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Tu ne sais que marcher (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018




Tu ne sais que marcher La nuit et la peur te harcèlent
Et aussi la soif Mais à chaque pas la hantise de faire
fausse route D’accroître encore la distance Tu cherches
le lieu Le lieu et le nom Le nom qui saurait tout dire
de ce en quoi consiste l’aventure

Tu ne sais où tu vas ni ce que tu es ni même ce que tu désires
mais tu ne peux t’arrêter Et tu progresses A moins
que tu ne t’éloignes Sans fin tu erres te traînes rampes
tournes en rond Et tu renonces Et tu repars jusqu’à
n’être plus qu’épuisement

Survient l’instant où tu dois faire halte Faire ton deuil
du lieu et du nom Et à l’invitation de la voix définiti-
vement tu renonces t’avoues vaincu Alors tu découvres
que tu auras chance de trouver ce que tu cherches si préci-
sément tu ne t’obstines pas à le chercher

lu repars Des forces nouvelles te sont venues Ton
œil qui s’écarquille n’est plus dévoré par la soif Tu ne
sais où tu vas mais tu connais ce que tu es

Tu avances d’un pas tranquille désormais convaincu que
le lieu se porte à ta rencontre Le lieu où mûrir l’hymne
la strophe le nom Qù jouir enfin de ce qui s’est jusque-là
dérobé

(Charles Juliet)

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Dans la cage thoracique (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



Dans la cage thoracique
l’arbre brumeux creuse sans arrêt son noir vers l’invisible
avant de disparaître
dévoré par la nuit.

(Marie-Claire Bancquart)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

Illustration: Katherine Lubar

 

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Les cigales infatigables (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



Les cigales infatigables scient le silence
de peur de finir dévorées
par le grand méchant Rien

(Henri-Frédéric Blanc)

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