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Ta lente main vola de mes yeux vers le jour (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2016



Ta lente main vola de mes yeux vers le jour
et la lumière entra comme un rosier ouvert.
Et le sable et le ciel souverains palpitaient
on eût dit un rucher taillé dans les turquoises.
Ta main a touché des syllabes qui tintaient,
des coupes et des burettes aux huiles jaunes,
des corolles, des sources et puis surtout, l’amour,
l’amour : ta pure main épargna les cuillères.
Et le soir s’en alla. Sur le sommeil de l’homme
la nuit glisse, en secret, sa capsule céleste.
Oh la triste odeur sauvage du chèvrefeuille !
Alors sur mes yeux que l’ombre avait dévorés
ta lente main volant de son vol referma
son plumage que je croyais avoir perdu.

***

Tu mano fue volando de mis ojos al día.
Entró la luz como un rosal abierto.
Arena y cielo palpitaban como una
culminante colmena cortada en las turquesas.
Tu mano tocó sílabas que tintineaban, copas,
alcuzas con aceites amarillos,
corolas, manantiales y, sobre todo, amor,
amor : tu mano pura preservó las cucharas.
La tarde fue. La noche deslizó sigilosa
sobre el sueño del hombre su cápsula celeste.
Un triste olor salvaje soltó la madreselva.
Y tu mano volvió de su vuelo volando
a cerrar su plumaje que yo creí perdido
sobre mis ojos devorados por la sombra.

(Pablo Neruda)

 

 

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Un petit insecte perdu sur le mont ultime (Santiago Montobbio)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2016



Un petit insecte perdu sur le mont ultime.
L’homme n’est pas grand-chose de plus dans la vie, obscur.
Obscur et grièvement blessé et dévoré par le temps et l’oubli.
Feuille sèche, branche cassée, ruisseau asséché, insecte infime,
et des êtres déjà gâchés, minuscules, qui vont main dans la main
entremêlant leur destin au pas des jours.
Cette montagne ultime est le néant ou bien peut-être Dieu,
une monnaie qui tombe toujours sur sa tranche
et se fixe ainsi et demeure
sur les rails du temps.
Là nous nous perdons. Là nous vivons.
L’homme est toujours un dernier feu, secret.

***

El insecto pequeño y perdido por el monte último.
No mucho más es en la vida del hombre, oscuro.
Oscuro y malherido y devorado por el tiempo y el olvido.
Hoja seca, rama partida, arroyo también seco, insecto pequeño
y seres ya gastados, diminutos, van dándose en él la mano
y trenzando con el paso de los días su destino.
Ese monte último es la nada o Dios acaso,
una moneda que siempre cae de canto
y fija así se queda
sobre los raíles del tiempo.
Allí nos perdemos. Allí vivimos.
El hombre es siempre un fuego último, secreto.

(Santiago Montobbio)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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MÉMOIRE (Jean-Pierre Schlunegger)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



MÉMOIRE

Premières lueurs de l’herbe,
La fille aux bras de bronze,
Et le soleil qui tourne sur la forêt
Comme un archange.

Je ne ramasse plus de sable fin
(Dans la mousse étincelle un brouillard de rosée)
Mémoire de mes jours, mémoire
Du feu le plus lointain, le plus secret
Que ma vie ait logé dans les hautes futaies.

Moulin du vent, gardien des anciennes fraîcheurs,
Ensilage de rêves,
Mes granges d’autrefois, dévorées de soleil,
Noires comme du velours sous sa dent charbonnière,
Je vous attends, je vous reçois d’un même souffle.

Jusqu’à la nuit, nous chanterons sur les étangs, sur la rivière,
Jusqu’à la nuit, parmi les joncs et les bruits d’ailes,
Jusqu’à la nuit, et quand sonnera l’heure
Comme la masse
D’un boucher noir, nous nous tairons,
Pétrifiés.

(Jean-Pierre Schlunegger)

 

 

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Femme (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2015



Femme

Ton regard était une route blanche
Qui toucha mon front.
Puis je me détachai
D’elle, comme on délaisse les vrais chemins trop beaux
Tendus au fond des heures et de la forêt.

Ta voix venait de l’ombre la plus charnelle,
Ton regard:
La plus grave des ombres autour du sang.

Parler t’ouvrait plus loin que l’amour
Plus loin qu’un fruit dévoré.
Ton regard était par delà
Plaisir
Ou pensée.
Même on sentait glisser et fuir et reculer
Tes souvenirs,
Reculer ton destin.
Chaque mot de lumière m’arrachait à une halte
Pour m’engloutir.

Ta voix venait ainsi,
Ton regard,
Me dénuder jusqu’à la douleur.

Il faut finir ce jour sans rien à finir.
J’ai choisi le silence.
Mes matelots sourds ont ramé,
Mes matelots aveugles,
Sans le savoir, au rythme de ta voix.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

 

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