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Poésie

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COMMENCEMENT ET FIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
COMMENCEMENT ET FIN
(Fugue sur deux substantifs)

Le commencement
ne s’arrête pas
et la fin ne cesse

Ton sang tu l’oublies,
ce commencement.
Ce qui passe en toi
et n’a pas de fin
tu ne l’entends plus.

Au commencement
torrents et volcans,
à la fin des fins
le ciel et la mer.

Si tu comprenais ?
Si tu commençais ?
Si c’était la fin ?

Tu crois que le monde
vient de commencer
tu crois que le temps
n’aura pas de cesse

Admire la fin
du commencement
adore le jour
adore la nuit
qui t’ont dévoré.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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ÉTERNEL AUTOMNE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019




    
ÉTERNEL AUTOMNE

Ecraser les souvenirs comme les feuilles mortes
feuilles mortes couleur de crépuscule
déjà pourritures multicolores et nécessaires
au pied des arbres dépouillés
et qui doivent refleurir après un long silence
le long silence de l’espoir après le désespoir
toujours la même chanson la même saison
celle où l’on brûle les fleurs les fruits les feuilles
toutes les branches qu’il faudra couper
et les scier pour qu’on n’en parle plus jamais
plus jamais comme si rien n’avait été
et qui ne sera jamais plus enfin
enfin jamais plus puisqu’il faut finir
et qu’ainsi tout est pour le mieux
qu’on n’est plus obligé de choisir
Choisir les fumées que dévorera le vent

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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La moindre des choses (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
La moindre des choses

Lorsque la rouille
a tout
dévoré

il reste toujours
un coquelicot
pour sauver la face

(Paul Louis Rossi)

 

Recueil: Quand Anna murmurait
Traduction:
Editions: Flammarion

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Le dernier souvenir (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Euan MacLeod  - Diver

Le dernier souvenir

J’ai vécu, je suis mort. – Les yeux ouverts, je coule
Dans l’incommensurable abîme, sans rien voir,
Lent comme une agonie et lourd comme une foule.

Inerte, blême, au fond d’un lugubre entonnoir
Je descends d’heure en heure et d’année en année,
À travers le Muet, l’Immobile, le Noir.

Je songe, et ne sens plus. L’épreuve est terminée.
Qu’est-ce donc que la vie ? Étais-je jeune ou vieux ?
Soleil ! Amour ! – Rien, rien. Va, chair abandonnée !

Tournoie, enfonce, va ! Le vide est dans tes yeux,
Et l’oubli s’épaissit et t’absorbe à mesure.
Si je rêvais ! Non, non, je suis bien mort. Tant mieux.

Mais ce spectre, ce cri, cette horrible blessure ?
Cela dut m’arriver en des temps très anciens.
Ô nuit ! Nuit du néant, prends-moi ! – La chose est sûre :

Quelqu’un m’a dévoré le coeur. Je me souviens.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Euan MacLeod

 

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L’Horloge (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



L’Horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !  »

(Charles Baudelaire)

 

 

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Fidélité à l’éclair (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




    
[Fidélité à l’éclair, un livre de conversations avec Daniel Gonzales Dueñas et Alejandro Toledo.
Un livre qui s’ouvre d’emblée sur cette question : quel est le sens de la verticalité dans votre poésie ?
Il y répond en évoquant d’abord son expérience de la lecture des poètes dans sa jeunesse, une lecture attentive où lui apparaissait déjà que : ]

Même chez les grands poètes, il y avait des zones plus faibles, un peu lâches,
des zones qu’on pouvait remplacer, laisser de côté.

Je trouvais, ajoutait-il, chez de nombreux auteurs (et aujourd’hui dans la majeure partie de la poésie),
des passages où la description, l’anecdote ou l’effusion sentimentale dévoraient la poésie.

Alors j’ai commencé à éprouver la nostalgie d’une aventure qui serait la recherche d’une poésie plus dense,
où chaque élément serait comme quelque chose d’irremplaçable, où déplacer une virgule,
changer un mot de place ou un blanc serait une catastrophe…

une poésie qui ne se limiterait pas à cultiver l’atmosphère, les réactions sentimentales,
mais qui aurait (qui oserait avoir) possibilité d’unifier une fois pour toutes
ce qui a été si absurdement séparé : la pensée et l’émotion.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Fidélité à l’éclair
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Lettres vives

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Ainsi allais-je (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018




Illustration: Paul Delvaux
    
ainsi allais-je dévorant des ténèbres
une fleur dans ma main de somnambule
un sourire d’autre cloué à mes lèvres
mon corps nu comme un mot
mes désirs enlacés à son image
si seulement ils faisaient un brasier sur mes lèvres
pour brûler les syllabes qui ne s’unissent pas

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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PASSAGE DE L’INCONNU (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018




    
PASSAGE DE L’INCONNU

Fuyez ! Ne laissez rien !
Pas une trace obscure
sur le roc ! La mer est passée.

Que la lumière joue,
la mémoire ne dure
que l’instant d’un baiser.

Ton visage… Était-il
mitoyen de l’aurore
ou crispé dans sa nuit ?

Cheveux fous ! De mon coeur
il ne reste qu’un cri
que le soleil dévore.

(Jean Sénac)

 

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Le temps est la substance dont je suis fait (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Le temps est la substance dont je suis fait.
Le temps est un fleuve qui m’emporte, mais je suis le fleuve ;
c’est un tigre qui me dévore, mais je suis le tigre ;
c’est un feu qui me consume, mais je suis le feu.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

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Quel exil (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
Quel exil

Quel exil sous notre peau
quels bateaux en nous défilent

qui s’éloignent du repos
vers des peines très subtiles

quel sanglot dans notre dos
insatiable nous rappelle

sous les doigts crispés plus haut
quelle pierre se descelle

quel bonheur mis à l’écart
vient s’asseoir parfois à table

ses mains frappent la guitare
la perdue parmi les sables

le miracle de son corps
l’horizon sur lui s’est clos

pour une ombre qui dévore
son visage sous ces mots.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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