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Posts Tagged ‘dévot’

SONNET DE LA BOUCHE VUE EN RÊVE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
SONNET DE LA BOUCHE VUE EN RÊVE

Ayant requis Paula de sa faveur première,
J’attendais que le somme eût porté son conseil,
Quand, bâillante, elle offrit sa bouche à la lumière,
Y tourna par sa glace un rayon de soleil.

A quelque fine église en gothique manière
L’intérieur, miracle! était assez pareil;
Les lèvres paraissaient la superbe portière
Qui s’ouvrait, découvrant le dévot appareil.

La langue y composait un lisse et mol dallage,
Le palais un plafond en ogival ouvrage,
Les dents étaient piliers étincelants d’émail.

A la voûte du choeur, de cramoisi tendue,
La luette semblait la lampe suspendue.
Toute la gorge, au fond, n’était qu’un haut vitrail.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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FEMMES DAMNÉES (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Akseli Gallén-Kallela 5  [800x600]

FEMMES DAMNÉES

Comme un bétail pensif sur le sable couchées,
Elles tournent leurs yeux vers l’horizon des mers,
Et leurs pieds se cherchant et leurs mains rapprochées
Ont de douces langueurs et des frissons amers.

Les unes, cœurs épris des longues confidences,
Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux,
Vont épelant l’amour des craintives enfances
Et creusent le bois vert des jeunes arbrisseaux ;

D’autres, comme des sœurs, marchent lentes et graves
À travers les rochers pleins d’apparitions,
Où saint Antoine a vu surgir comme des laves
Les seins nus et pourprés de ses tentations ;

Il en est, aux lueurs des résines croulantes,
Qui dans le creux muet des vieux antres païens
T’appellent au secours de leurs fièvres hurlantes,
Ô Bacchus, endormeur des remords anciens !

Et d’autres, dont la gorge aime les scapulaires
Qui, recélant un fouet sous leurs longs vêtements,
Mêlent, dans le bois sombre et les nuits solitaires,
L’écume du plaisir aux larmes des tourments.

Ô vierges, ô démons, ô monstres, ô martyres,
De la réalité grands esprits contempteurs,
Chercheuses d’infini, dévotes et satyres,
Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs,

Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies,
Pauvres sœurs, je vous aime autant que je vous plains,
Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies,
Et les urnes d’amour dont vos grands cœurs sont pleins !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Akseli Gallén-Kallela

 

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Veillons (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2018




    
Veillons à devenir purs, à l’image des choses.
Soyons des choses les dévots.

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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VOLUPTE (Gaston Sansrefus)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Edward Jones
    
VOLUPTE

Sous la mâle caresse, alanguie et pâmée,
Colombine se meurt au baiser de Pierrot,
Baiser de libertin et baiser de dévot
Oui boit la volupté de la chair parfumée.

Les seins cabrés, offerts, superbement aimée,
Les beaux yeux chavirés dans un dernier sanglot,
Elle abandonne aux bras de l’amoureux pâlot
Son corps nu, triomphant sous le chaud hymenée.

Des doigts impatients frôlent ses reins nerveux;
Des frissons fous, brûlants, la terrassent, vaincue,
Des feux passent ardents dans l’or de ses cheveux;

Et, viole d’amour, magnifique instrument.
Tout son être vibrant d’une ivresse éperdue,
Elle épuise sa vie aux lèvres de l’amant !

(Gaston Sansrefus)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Je sais que mon amoureux ne peut pas être loin (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2017



Ô Narad !
je sais que mon amoureux ne peut pas être loin.

Quand mon amoureux s’éveille, je m’éveille;
quand Il dort, je dors.

Il sera anéanti celui qui afflige mon Bien-Aimé.
Là où l’on chante ses louanges, là je vis.

Quand Il marche, je marche devant Lui.
Mon coeur soupire après mon Bien-Aimé.

Un pèlerinage sans fin se déroule à Ses pieds
et des millions de dévots y sont prosternés.

Kabîr dit : « Le Bien-Aimé Lui-même
révèle la gloire du véritable amour. »

(Kabîr)

 

 

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Quand au temple nous serons (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Quand au temple nous serons
Agenouillés, nous ferons
Les dévots selon la guise
De ceux qui pour louer Dieu
Humbles se courbent au lieu
Le plus secret de l’église.

Mais quand au lit nous serons
Entrelacés, nous ferons
Les lascifs selon les guises
Des amants qui librement
Pratiquent folâtrement
Dans les draps cent mignardises.

Pourquoi donque, quand je veux
Ou mordre tes beaux cheveux,
Ou baiser ta bouche aimée,
Ou toucher à ton beau sein,
Contrefais-tu la nonnain
Dedans un cloître enfermée ?

Pour qui gardes-tu tes yeux
Et ton sein délicieux,
Ta joue et ta bouche belle ?
En veux-tu baiser Pluton
Là-bas, après que Charon
T’aura mise en sa nacelle ?

Après ton dernier trépas,
Grêle, tu n’auras là-bas
Qu’une bouchette blêmie ;
Et quand mort, je te verrais
Aux Ombres je n’avouerais
Que jadis tu fus m’amie.

Ton test n’aura plus de peau,
Ni ton visage si beau
N’aura veines ni artères :
Tu n’auras plus que les dents
Telles qu’on les voit dedans
Les têtes des cimeteres.

Donque, tandis que tu vis,
Change, maîtresse, d’avis,
Et ne m’épargne ta bouche :
Incontinent tu mourras,
Lors tu te repentiras
De m’avoir été farouche.

Ah, je meurs ! Ah, baise-moi !
Ah, maîtresse, approche-toi !
Tu fuis comme faon qui tremble.
Au moins souffre que ma main
S’ébatte un peu dans ton sein,
Ou plus bas, si bon te semble.

(Pierre de Ronsard)

Illustration: Raphaëlle Zecchiero

 

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De toi depuis longtemps je n’ai pas de nouvelles (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2016



De toi depuis longtemps je n’ai pas de nouvelles
Mais quels doux souvenirs sont ceux où tu te mêles,
Lou, mon amour lointain et ma divinité,
Souffre que ton dévot adore ta beauté !

C’est aujourd’hui le jour de la grande visite
Et, tous, mon cher amour nous partirons ensuite.
C’est question de jours. Je ne te verrai plus
Ils ne reviendront plus les beaux jours révolus…

Sais-je, mon cher amour, si tu m’aimes encore ?
Les trompettes du soir gémissent lentement
Ta photo devant moi, chère Lou, je t’adore
Et tu sembles sourire encore à ton amant.

J’ignore tout de toi ! Qu’es-tu donc devenue ?
Es-tu morte es-tu vive et l’as-tu renié
L’amour que tu promis un jour au canonnier.
Que je voudrais mourir sur la rive inconnue !

Que je voudrais mourir dans le bel Orient
Quand, Croisé, j’entrerai fier dans Constantinople.
Ton image à la main, mourir en souriant
Devant la douce mer d’azur et de sinople !..

Ô Lou, ma grande peine, ô Lou, mon cœur brisé,
Comme un doux son de cor ta voix sonne et résonne,
Ton regard attendri dont je me suis grisé
Je le revois lointain, lointain et qui s’étonne

Je baise tes cheveux, mon unique trésor,
Et qui de ton amour furent le premier gage
Ta voix, mon souvenir, s’éloigne, ô son du cor.
Ma vie est un beau livre et l’on tourne la page

Adieu mon Lou mes larmes tombent
Je ne te reverrai plus jamais
Entre nous deux ma Lou se dresse l’Ombre
Et souviens-toi parfois du temps où tu m’aimais
L’heure
Pleure
trois
fois

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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