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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: René Magritte

 

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017


Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées,
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.

La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.

La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, cœur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.

La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

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LE CURÉ ET LE MORT (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE CURÉ ET LE MORT

Un mort s’en allait tristement
S’emparer de son dernier gîte ;
Un Curé s’en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
Notre défunt était en carrosse porté,
Bien et dûment empaqueté,
Et vêtu d’une robe, hélas ! qu’on nomme bière,
Robe d’hiver, robe d’été,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le Pasteur était à côté,
Et récitait à l’ordinaire
Maintes dévotes oraisons,
Et des psaumes et des leçons,
Et des versets et des répons :
« Monsieur le Mort, laissez-nous faire,
On vous en donnera de toutes les façons ;
Il ne s’agit que du salaire. »
Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort,
Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor,
Et des regards semblait lui dire :
« Monsieur le Mort, j’aurai de vous
Tant en argent, et tant en cire,
Et tant en autres menus coûts. »
Il fondait là-dessus l’achat d’une feuillette
Du meilleur vin des environs ;
Certaine nièce assez propette
Et sa chambrière Pâquette
Devaient voir des cotillons.
Sur cette agréable pensée
Un heurt survient, adieu le char.
Voilà Messire Jean Chouart
Qui du choc de son mort a la tête cassée :
Le Paroissien en plomb entraîne son Pasteur ;
Notre Curé suit son Seigneur ;
Tous deux s’en vont de compagnie.

Proprement toute notre vie ;
Est le curé Chouart, qui sur son mort comptait,
Et la fable du Pot au lait.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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PROCESSIONS (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2017



PROCESSIONS

Blanches processions, si blanches, si gothiques,
Dans ma Flandre natale, au temps des Fêtes-Dieu !
Blanches comme on en voit, sous un ciel calme et bleu
Emplir de leur lenteur les lointains des triptyques.

Si lentes, dans le bruit des cloches s’animant,
Le bruit des carillons et des cloches bénies
Qui semblaient tout au loin répondre aux litanies
Et mener le cortège au fond du firmament.

Si lentes à marcher sur les herbes coupées
Qui revivaient un peu sous le vent approchant
Des cantiques latins dont le grave plain-chant
Mélancolisait l’air avec ses mélopées.

Si lentes ! on voyait dans les beaux soirs tombants
Des étendards brodés de roses symboliques,
Et les châsses d’argent où dorment des reliques,
Et des agneaux pascals pavoisés de rubans.

Puis s’avançaient, parmi le frisson des bannières,bannières
Tous les enfants de choeur, dans leur rouge attirail,
Aux cheveux de missel, aux robes de vitrail,
Comme dans un parfum d’indulgences plénières.

Des Madones, le coeur traversé de couteaux,
Avec leurs manteaux bleus, aux yeux de pierreries,
Émergeaient au milieu des longues théories
Et souriaient debout sur leurs grands piédestaux.

Des groupes recueillis de pâles orphelines,
Tristes, portaient des lis comme les âmes d’or
De leurs parents défunts qui reviendraient encor
Pour frémir dans leurs mains dévotes et câlines.

Là, l’Église Souffrante en voiles violets
Puis les martyrs chrétiens portant de grandes palmes
Avec les bienheureux du Paradis si calmes
Qui glissent sous leurs doigts les grains des chapelets

L’Église Triomphante est soudain apparue
En rose, tout en rose, en tulle rose et clair,
Couleur de renouveau fleuri, couleur de chair,
Comme un lever d’aurore incendiant la rue.

Puis voici les abbés en dalmatiques d’or,
Les chanoines songeurs dans leurs camails d’hermine,
Tout un cortège grave et lent qui s’achemine
Dans le silence doux du beau jour qui s’endort.

Et tout là-bas, parmi les bleuâtres traînées
Du liturgique encens qui parfumait le soir,
Devant le baldaquin où luisait l’ostensoir,
Les encensoirs volaient, mouettes enchaînées !

Et l’évêque, debout sur le peuple chrétien,
Crosse en main, mitre en tête, élargissait ses gestes,
Comme un semeur jetant, pour les moissons célestes,
Les graines du Seigneur dont il était gardien.

II
Ainsi mon Ame ! Ainsi mon Enfance perdue
Mes amours, mes désirs avaient leurs reposoirs,
Leurs convois blancs marchant dans un bruit d’encensoirs
Et leur dais d’argent neuf pour la Vierge attendue.

Mais la procession n’a chanté qu’un moment
Et mon Ame n’a plus dans le noir de ses rues
Qu’une foule grouillante et d’absurdes cohues
De rêves qui s’en vont mélancoliquement !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Pellerin

 

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