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Poésie

Posts Tagged ‘Diane’

Ainsi pleurent les dieux… (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2018




Diane à travers les branches
Guette la venue d’Endymion,
Endymion qui jamais ne vient,
Endymion, Endymion,
Dans la forêt lointain…

Et une voix esseulée plane
Appelant de cris au travers des branches
Endymion, Endymion…

Ainsi pleurent les dieux…

(Fernando Pessoa)

Illustration: Louis-Jean-François Lagrenée

 

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Érotisme de la mémoire (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Luc-Olivier Merson Diane chasseresse-1878

Érotisme de la mémoire

Cuisses de Diane
Ventre de Diane
Seins de Diane
Yeux de Diane

Le petit jour point dans la forêt où tout est orange !
Sauf le tronc marqué de craie des bouleaux.

C’est là près de cet arbre aux feuilles vieillissant avant la saison que j’ai
rencontré Diane dans une attitude naturelle mais rarement décrite
dans les poèmes.
Les fesses ovales se dessinaient entre le désordre du linge et le vert gris
tendre de l’herbe
Dans un sentier voisin le pas d’un garde retentit
Il passa sans qu’on le vît.
Tandis que Diane se dissolvait dans le jour,
comme le croissant de la lune.
À cet endroit de la forêt il y a les débris d’une bouteille
Un vieux livre que les pluies et les rosées renvoient au terreau
Une plume d’oiseau
Un morceau de silex
Une empreinte de pas profondément marquée dans la terre
Et quelqu’un, peut-être, passera là au jour et à l’heure de ma mort
0 vie, enivrante vie
Aveuglante et bienfaisante.

(Robert Desnos)

Illustration: Luc-Olivier Merson

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Arbre de Diane (Eliseo Diego)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Simon Glaubert
    
Arbre de Diane

Mais si un enfant triomphe de
l’animal sombre
du soir, de l’homme sinistre
des recoins,
avec un vieux morceau de
bois, tu découvres
que la lumière nous aimait, et que
acceptant
sagement, les arbres, pleins
de poussière ancienne,
nous offrent l’ombre, oui,
l’ultime pénombre,
comme qui apporte une consolation,
une espérance.

(Eliseo Diego)

 

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L’OARISTYS (André Chénier)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Marcel Roux  Oaristys r7

 

L’OARISTYS

DAPHNIS.
Hélène daigna suivre un berger ravisseur
Berger comme Pâris, j’embrasse mon Hélène.

NAÏS.
C’est trop t’enorgueillir d’une faveur si vaine.

DAPHNIS.
Ah ! ces baisers si vains ne sont pas sans douceur.

NAÏS.
Tiens ; ma bouche essuyée en a perdu la trace.

DAPHNIS.
Eh bien ! d’autres baisers en vont prendre la place,

NAÏS.
Adresse ailleurs ces voeux dont l’ardeur me poursuit :
Va, respecte une vierge.

DAPHNIS.
Imprudente bergère,
Ta jeunesse te flatte ; ah ! n’en sois point si fière :
Comme un songe insensible elle s’évanouit.

NAÏS.
Chaque âge a ses honneurs, et la saison dernière
Aux fleurs de l’oranger fait succéder son fruit.

DAPHNIS.
Viens sous ces oliviers ; j’ai beaucoup à te dire.

NAÏS.
Non ; déjà tes discours ont voulu me tenter.

DAPHNIS.
Suis-moi. sous ces ormeaux ; viens de grâce écouter
Les sons harmonieux que ma flûte respire :
J’ai fait pour toi des airs, je te les veux chanter ;
Déjà tout le vallon aime à les répéter.

NAÏS.
Va, tes airs langoureux ne sauraient me séduire.

DAPHNIS.
Eh quoi ! seule à Vénus penses-tu résister ?

NAÏS.
Je suis chère à Diane ; elle me favorise.

DAPHNIS.
Vénus a des liens qu’aucun pouvoir ne brise.

NAÏS.
Diane saura bien me les faire éviter.
Berger, retiens ta main… ; berger, crains ma colère.

DAPHNIS.
Quoi ! tu veux fuir. l’amour ! l’amour à qui jamais
Le coeur d’une beauté ne pourra se soustraire ?

NAÏS.
Oui, je veux le braver… Ah !… si je te suis chère…
Berger…, retiens ta main…, laisse mon voile en paix.

DAPHNIS.
Toi-même, hélas ! bientôt livreras ces attraits
A quelque autre berger bien moins digne de plaire.

NAÏS.
Beaucoup m’ont demandée, et leurs désirs confus
N’obtinrent, avant toi, qu’un refus pour salaire.

DAPHNIS.
Et je ne dois comme eux attendre qu’un refus.

NAÏS.
Hélas ! l’hymen aussi n’est qu’une loi de peine ;
Il n’apporte, dit-on, qu’ennuis et que douleurs.

DAPHNIS.
On ne te l’a dépeint que de fausses couleurs :
Les danses et les jeux, voilà ce qu’il amène.

NAÏS.
Une femme est esclave.

DAPHNIS.
Ah ! plutôt elle est reine.

NAÏS.
Tremble près d’un époux et n’ose lui parler.

DAPHNIS.
Eh ! devant qui ton sexe est-il fait pour trembler ?

NAÏS.
A des travaux affreux Lucine nous condamne.

DAPHNIS.
Il est bien doux alors d’être chère à Diane.

NAÏS.
Quelle beauté survit à ces rudes combats ?

DAPHNIS.
Une mère y recueille une beauté nouvelle :
Des enfants adorés feront tous tes appas ;
Tu brilleras en eux d’une splendeur plus belle.

NAÏS.
Mais, tes voeux écoutés, quel en serait le prix ?

DAPHNIS.
Tout : mes troupeaux, mes bois et ma belle prairie ;
Un jardin grand et riche, une maison jolie,
Un bercail spacieux pour tes chères brebis ;
Enfin, tu me diras ce qui pourra te plaire ;
Je jure de quitter tout pour te satisfaire :
Tout pour toi sera fait aussitôt qu’entrepris.

NAÏS.
Mon père…

DAPHNIS.
Oh ! s’il n’est plus que lui qui te retienne,
Il approuvera tout dès qu’il saura mon nom.

NAÏS.
Quelquefois il suffit que le nom seul prévienne :
Quel est ton nom ?

DAPHNIS.
Daphnis ; mon père est Palémon.

NAÏS.
Il est vrai : ta famille est égale à la mienne.

DAPHNIS.
Rien n’éloigne donc plus cette douce union.

NAÏS.
Montre-les moi ces bois qui seront mon partage.

DAPHNIS.
Viens ;. c’est à ces cyprès de leurs fleurs couronnés.

NAÏS.
Restez chères brebis ; restez sous cet ombrage.

DAPHNIS.
Taureaux, paissez en paix ; à celle qui m’engage
Je vais montrer les biens qui lui sont destinés.

NAÏS.
Satyre, que fais-tu ? Quoi ! ta main ose encore…

DAPHNIS.
Eh ! laisse-moi toucher ces fruits délicieux…
Et ce jeune duvet…

NAÏS.
Berger…, au nom des dieux…
Ah !… je tremble…

DAPHNIS.
Et pourquoi ? que crains-tu ? Je t’adore.
Viens.

NAÏS.
Non ; arrête… Vois, cet humide gazon
Va souiller ma tunique, et je serais perdue ;
Mon père le verrait.

DAPHNIS.
Sur la terre étendue
Saura te garantir cette épaisse toison.

NAÏS.
Dieux ! quel est ton dessein ? Tu m’ôtes ma ceinture.

DAPHNIS.
C’est un don pour Vénus ! vois, son astre nous luit.

NAÏS.
Attends… ; si quelqu’un vient… Ah dieux ! j’entends du bruit.

DAPHNIS.
C’est ce bois qui de joie et s’agite et murmure.

NAÏS.
Tu déchires mon voile !… Où me cacher ! Hélas !
Me voilà nue ! où fuir !

DAPHNIS.
A ton amant unie,
De plus riches habits couvriront tes appas.

NAÏS.
Tu promets maintenant… Tu préviens mon envie ;
Bientôt à mes regrets tu m’abandonneras.

DAPHNIS
Oh non ! jamais… Pourquoi, grands dieux ! ne puis-je pas
Te donner et mon sang, et mon ame, et ma vie.

NAÏS.
Ah… Daphnis ! je me meurs… Apaise ton courroux,
Diane.

DAPHNIS.
Que crains-tu ? L’amour sera pour nous.

NAÏS.
Ah ! méchant, qu’as-tu fait ?

DAPHNIS.
J’ai signé ma promesse.

NAÏS.
J’entrai fille en ce bois, et chère à ma déesse.

DAPHNIS.
Tu vas en sortir femme, et chère à ton époux.

(André Chénier)

Illustration! Marcel Roux

 

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