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Posts Tagged ‘différence’

Toi qui étais instituteur explique-nous (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2020



Toi qui étais instituteur
Explique-nous, tu dois savoir

Que voulez-vous que je vous dise ?
Les morts sont morts, je ne sais pas
Je ne vois pas

Je ne vois plus les différences
Je ne vois plus bien les distances
Entre l’arbre et le ciel
Entre le ciel et le soleil

Que voulez-vous que je vous dise ?
Je ne sais où finit la branche
Où commence l’oiseau
Ni où son chant commence

Un seul corps et un seul esprit
Les morts sont morts et nous aussi.

Jezuz pegen braz ve
Plijadur an ene.

(Anthony Lhéritier)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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La différence entre les choses et les événements (Carlo Rovelli)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2020



Illustration: Robert Doisneau
    
La différence entre les choses et les événements,
c’est que les choses perdurent dans le temps.
Les événements ont une durée limitée.

Le prototype d’une « chose » est une pierre :
nous pouvons nous demander où elle sera demain.

Tandis qu’un baiser est un « événement ».
Se demander où se trouvera le baiser demain n’a pas de sens.

Le monde est fait de réseaux de baisers, pas de pierres.

(Carlo Rovelli)

 

Recueil: L’ordre du Temps
Traduction: Sophie Lem
Editions: Flammarion

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La belle France (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



    
La belle France

Sur la route du passé
Vois-tu venir la France ?
Quelle belle garce, la riguedondé
Dans ses beaux habits brodés
Couleur d’espérance !
Elle a les yeux étoilés
Quand elle marche, elle danse !
Forte en gueule, l’esprit salé
Quel air ! Quelle aisance !
Sur la route du passé
Vois-tu venir la France ?
Le coeur vif, le corps racé
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge

Dorée comme épis de blé
Dès son adolescence
A couché la riguedondé
Avec ces rois bien râblés
La belle alliance !
Ont ma foi bien travaillé
A chaque délivrance
Accouchait d’une cité
Terre de plaisance
Terre à vignes, terre à blé
Elle a grandi, la France
En remplissant vos greniers
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge et le joli bleuet

Elle a souffert, a lutté
Pour son indépendance !
A chanté la riguedondé
L’amour et la liberté
Mais désespérance !
A vu le fruit se gâter
Là, trop d’abondance
Ici, trop de pauvreté
Trop de différence
Son grand coeur
S’est révolté
Reprenant sa balance
A rêvé d’égalité
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge et le joli bleuet
Qu’à mon bouquet j’ajoute

Sur la Bastille a sauté
La Carmagnole de danse
Citoyens la riguedondé
Salut et Fraternité
Vive l’espérance !
Le soleil faisait monter
La bonne semence
Mais les gros rats empestés
Ceux de la finance
Et leurs féodalités
Oh la sinistre engeance !
Ont corrompu la cité
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge et le joli bleuet
A mon bouquet j’ajoute
Un brin de blanc muguet

Mais entendez-vous monter
Du fond du grand silence
Cet appel la riguedondé !
De tous les déshérités ?
Assez de souffrances !
Mur d’argent, obscénité
Ombre sur la France
On te refera sauter
Un jour, patience !
Liberté, Egalité
Ces grands noms qui t’offensent
Redeviendront vérité
La rigue la riguedondé

Alors au soleil d’été
On verra la France
Qu’elle est belle la riguedondé
Saluant l’Humanité
Marchant en cadence
A ses grands yeux étoilés
Le ciel se fiance
Elle est comme un beau voilier
Sur la mer qui danse
Terre de la liberté
Alors pour ta défense
Tous voteront sans hésiter
La rigue la riguedondé

(Jean Villard–Gilles)

 

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Ce qu’on voit le mieux est ce qu’on ne voit pas (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2020



Quand il fait jour on y voit
Quand il fait nuit on n’y voit pas
Quelle différence y trouvez-vous
Aucune
Puisque ce qu’on voit le mieux est
ce qu’on ne voit pas

(Pierre Albert-Birot)

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Tant de différences (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2019



Illustration: Torii Kiyonaga
    
Tant de différences
Se logent d’un coeur à l’autre,
Mais le vent des pins
Caressa d’un même souffle
Mes joues les joues de l’amie

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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Ode à la jeune lumière (Eliséo Diego)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Ode à la jeune lumière

En mon pays la lumière
est beaucoup plus que le temps, elle s’attarde
avec une étrange délectation sur les contours
militaires de toute chose, sur les vestiges épurés du déluge

La lumière dans mon pays résiste à la mémoire
comme l’or à la sueur de la cupidité,
elle se perpétue en elle-même, nous ignore
depuis la différence de son être, sa transparence.

Quiconque courtise la lumière avec rubans et tambours
en s’inclinant de-ci de-là selon la ruse
d’une sensualité archaïque, immémoriale,
perd son temps, jette ses arguties aux flots
tandis que la lumière, tout à elle-même, dort.

Car dans mon pays la lumière ne regarde pas
les modestes victoires du sens,
ni les désastres raffinés du sort,
elle s’amuse de feuilles, de petits oiseaux,
de coquillages, de reflets, de verts profonds.

Aveugle, la lumière, dans mon pays,
illumine son propre coeur inviolable
sans se soucier de gains ni de pertes.
Pure comme le sel, intacte, fièrement dressée,
la chaste, démente lumière effeuille le temps.

(Eliséo Diego)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Oui au … (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2019




    
Oui au désir mais avec respect.
Oui à la force mais avec douceur.
Oui au corps, mais avec l’esprit.
Oui à la prise, mais avec l’offrande, avec le partage.
Oui à l’altérité, mais il faut un accord.
Oui à la différence, mais il faut l’harmonie.

Autrement c’est raté.

Il faut avoir de la patience,
accepter la longueur du travail
que suppose l’approche de l’autre,
qui est toujours très différent ou très différente.

Être honnête, avoir de la probité, ne pas tricher, ne pas mentir.
Être très attentif à l’autre.
Se livrer au dialogue sans mensonge.

Autrement c’est raté.

Ne pas compter.
S’ouvrir à l’autre.
Souhaiter faire équipe avec l’autre.

Autrement c’est raté.

(Michel Serres)

 

Recueil: L’amour, chronique du 14 février 2010 / Petites chroniques du dimanche soir 4 – Janvier 2009-Juin 2010
Traduction:
Editions: Le Pommier

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Credo (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



Illustration: Ira Mitchell-Kirk
    
Credo

Au fond de la lumière, la joie qui me frôle;
Je sais bien qu’il n’y a pas de différence entre elle et mon âme.
Dans les flots de conscience
Issus de la même source incandescente
J’avais été oint,
sur mon front j’ai reçu les marques du triomphe
on m’a appris que je suis l’héritier de l’immortalité;
dans ce monde du multiple
je peux m’identifier avec le suprême Moi,
j’ai le droit de poursuivre la voie de l’extase !

***

Credo

The touch of joy I sense at the core of light,
I know it for ce rtain that my soul is not distinct from it.
From the same ori ginal luminous source
With the holy current of consciousness
I have been baptised,
Victory has anointed my forehead,
Intimating my heritage of immortality;
I have the right to be identified
With the supreme Self
In a marvelous world,
I have access to the way of Joy.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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D’un abîme à un autre abîme (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Miguel Chevalier
    
D’un abîme à un autre abîme.
Ainsi avons-nous vécu.
Et lorsque c’était le tour de l’interlude
d’une zone de l’air,
où il est facile de respirer et de se soutenir,
nos regrettions sans vouloir l’abîme
qui nous nourrissait du rien.

Du fond de l’être gravit un sortilège
pour demander, lorsque la mort arrive,
que tout soit un abîme, non une autre direction.

Il nous y poussera peut-être des ailes.

A l’intérieur d’un abîme en est toujours un autre.
Et à défaut de différence il y aura distance.
Il ne nous reste qu’à trouver et à être
la distance à l’intérieur de l’abîme.

***

De un abismo a otro abismo.
Así hemos vivido.
Y cuando nos tocaba el interludio
de una zona de aire,
donde es fácil respirar y sostenerse,
añorábamos sin querer el abismo,
que nos ha amamantado con la nada.

Desde el fondo del ser trepa un ensalmo
para pedir, cuando llegue la muerte,
que todo sea un abismo, no otro rumbo.

Tal vez en él nos crezcan alas.

Adentro de un abismo siempre hay otro.
Ysi no hay diferencia habrá distancia.
Sólo nos falta hallar y ser tan solo
la distancia de adentro del abismo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Un geste (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019



Illustration: Aaron Siskind
    
Un geste vers le bas
ne trouve pas toujours
un geste vers le haut.
Mais lorsqu’il le trouve
ils vont tous deux vers le haut
ou tous deux vers le bas.

Ou peut-être les directions disparaissent
et inaugurent dans le point de rencontre
la transfiguration qui les dispense
d’un mouvement quelconque.

Tout geste est une épiphanie
lorsqu’il n’y a plus de différences
entre le haut et le bas.

***

Un gesto hacia abajo
no siempre encuentra
un gesto hacia arriba.
Pero cuando lo encuentra
van los dos hacia arriba
o los dos hacia abajo.

O quizá se disuelven los sentidos
e inauguran en el punto de encuentro
la transfiguración que los exime
de cualquier movimiento.

Todo gesto es una epifanía,
cuando ya no hay diferencias
entre arriba y abajo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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