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Posts Tagged ‘diffus’

LA VOYAGEUSE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
LA VOYAGEUSE

J’ai dormi cent ans sous une aubépine
Et l’arbre devint la racine et les branches de ma pensée
Et ses pétales blancs fleurirent dans ma couronne.

J’ai flotté mille ans dans un lac
Et mes yeux en pleurs ont pu contenir
La clarté diffuse de la lune et le nuage brûlant.

Oui, mon regard connaît
L’eufraise, l’églantine et l’asphodèle.
J’ai vu l’arc-en-ciel s’ouvrir, s’éteindre le soleil.

Vent qui souffle sur les terres,
J’ai dressé des temples de neige, des châteaux de sable,
Et je les ai laissés vides comme une main morte.

Éphémère ailé, je suis né
Avec des yeux multiples et des ailes scintillantes
Que les flammes doivent flétrir, les eaux noyer.

Je dois vivre, je dois mourir,
Je suis le souvenir de tout désir,
Je suis les cendres du monde, et le feu qui met le feu.

***

THE TRAVELLER

A hundred years I slept beneath a thora
Until the tree was root and branches of my thought
Until white petals blossomed in my crown.

A thousand years I floated in a lake
Until my brimful eje could hold
The scattered moonlight and the burning cloud.

Mine is the gaze that knows
Eyebright, asphodel, and briar rose.
I have seen the rainbow open, the sun close.

A wind that blooms about the land
I have raised temples of snow, castles of land
And left them empty as a dead hand.

A winged ephemerid I am born
With myriad eyes and glittering wings
That flames must wither or waters drown.

I must live, I must die,
I am the memory of all desire,
I am the world’s aches, and the kindling Eire.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Je voudrais vous donner quelque chose (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018



Illustration: Alexander Sigov
    
Je voudrais vous donner quelque chose,
qui vous réconforte vraiment,
mais je n’ai que des mots,
des noms, des choses non.

Mais ô lumière bienfaisante,
superbe lumière blanche, diffuse,
descendez sur elle et ne la privez
plus de votre céleste rayon.

Elle est si calme, si douce
comme vous et bien sûr
vous êtes pour elle — comme
l’eau pour un poisson.

Je ne sais si vous venez d’elle
lumière, lorsque sa bouche
reprend son souffle, ou si
de vous elle est venue
et hors de vous s’est figée.

Elle est comme le soleil doré du jour,
la dernière prière automnale
des arbres et des herbes
jusqu’au soleil, tout là-haut.

Elle flotte argentée
délicate lumière rougissante
lumière, haut dans le ciel,
dorée à l’automne.

Ses yeux grands-ouverts voient
au-delà de mon regard fixe,
elle éclaire d’or et d’argent
les visages des gens.

Elle ne connaît pas sa lumière,
elle est toute de tristesse,
je voudrais pouvoir lui donner quelque chose
éclairer l’obscurité de la vie.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Le vers est partout dans la langue (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



    

Le vers est partout dans la langue où il y a rythme,
partout, excepté dans les affiches et à la quatrième page des journaux.

Dans le genre appelé prose, il y a des vers,
quelquefois admirables, de tous rythmes.

Mais en vérité, il n’y a pas de prose :
il y a l’alphabet et puis des vers plus ou moins serrés :
plus ou moins diffus.

Toutes les fois qu’il y a effort au style,
il y a versification.

(Stéphane Mallarmé)

 

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Nuage déchiré (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



Nuage déchiré… l’arc-en-ciel
brille déjà dans le ciel,
et d’un fanal de pluie
et de soleil le champ est enveloppé.

Je me suis éveillé. Qui trouble
le cristal magique de mon rêve?
Mon coeur battait,
pâmé et diffus.

… Le citronnier fleuri,
les cyprès du jardin,
le pré vert, le soleil, l’eau, l’arc-en-ciel!…
L’eau dans tes cheveux!…

Et tout se perdait dans la mémoire
comme une bulle dans le vent.

(Antonio Machado)

 

 

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Pu-sa-man (Li Bo)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Illustration   
    
Pu-sa-man

Ruban d’arbres, tissé de brumes diffuses
Ceinture de montagnes à l’émeraude nostalgie
Le soir pénètre le pavillon :
Quelqu’un s’attriste, là-haut

Vaine attente sur le perron
Les oiseaux se hâtent au retour
Est-il donc voie de retour pour les humains ?
Tant de kiosques le long des routes, de loin en loin

(Li Bo)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Scherzo pour un elfe (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




    
Scherzo pour un elfe

Délicate créature :
Je souhaite que ma voix
Ne trouble pas le sortilège
Orangé de cette forêt,
Ton élément naturel,
Par ses troncs obscurs
Élevée jusqu’au ciel.

Je voudrais, en cette
Soirée translucide,
Dense comme une grappe,
Sur toi laisser une empreinte, une forme,
Jouer des branches et des feuilles,
Toi, dans le vent hésitant.

Arôme diffus, tu erres
Du pas gris des songes
Et te perds dans la brume
Que l’étang exhale,
Pensée amusée
D’un dieu amoureux.

Tu inspires l’air tout entier
Par ta magie s’épanouit,
Comme une fleur, librement,
Le désir de l’homme
Et ce repos souverain
Qui soulage la vie.

Toujours incertaine, tel l’écho
De quelque lèvre, au loin,
D’aulnes en aulnes
A la blancheur nordique,
Vibre ta svelte musique
Et dans un feu soupire.

L’amour pèse-t-il donc
Sur ton corps invisible ?
Et ses tricheries obscures
Sur le monde, par toi nous
Rappellent-elles, désir éternel,
Combien nous sommes éphémères ?

Souris, parle-moi, chante,
Si tu es bien cette extase
Entraînant les feuilles ardentes,
Dépouilles de ta seule couronne,
Avec une passion insatiable,
A se révéler dans la mort.

Sais-tu mourir aussi, mourir
Comme la beauté humaine,
Fils subtil de la forêt ?
Tu t’apaises sur la mousse,
La brume te fait taire,
Un nuage vient sculpter,
Tel un iris de nacre légère,
L’ennui que tu portes aux jours.

Je crois encore voir tes yeux,
Leur malice sereine,
Au delà des cimes nues,
Dans l’air profond
Et déjà glacé, alors que la nuit
Impérieuse se lève.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Eveillés par l’amour (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2015



Eveillés par l’amour, les animaux de ton corps veulent sortir.
Le serpent se déroule à la base de ta moelle.
Le lion s’étire dans ta poitrine.
L’éléphant heurte à la paroi de ton front.

Et mille autres animaux grouillent, se détendent,
s’élancent vers les orifices de cet homme.
Et leurs voix se résument en SOUFFLE,
en souffle encore chaos contenant tous rythmes,
en souffle souffrant encore d’être diffus et multiple.

(René Daumal)

 

 

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Ma vie diffuse et vaporeuse (Henry Thoreau)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2015



Ma vie diffuse et vaporeuse devient pareille
aux feuilles et aux aiguilles de givre
qui étincellent comme des joyaux sur les herbes
et les chaumes par un matin d’hiver…
Par la simplicité communément appelée pauvreté,
ma vie se concentre et s’organise, devient cosmos
de masse amorphe qu’elle était.

(Henry Thoreau)

 

 

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