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Poésie

Posts Tagged ‘dire’

Je t’aime (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2021



Illustration: Raymond Peynet
    
Je t’aime

voilà
c’est dit

Mais qu’ai-je dit en
te disant je t’aime?

J’ai dit je
j’ai dit tu
j’ai dit aime

Mais le chemin entre les
deux l’ai-je parcouru
avec toi?

Je t’aime
mais qu’ai-je fait de ce verbe
trop grand pour moi

comme des habits de fête qui
ne sortent pas le dimanche

des chants
qui raclent au fond de la gorge

des pas qui trébuchent aux
frontières de la danse?

Je t’aime et
je suis là
le verbe ballant au bout des bras

ne sachant plus que faire de mes mains ni
où les mener.

(Yvon Le Men)

 

Recueil: Les mains de ma mère
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Ce matin (Rupi Kaur)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2021



    

ce matin
j’ai dit aux fleurs
ce que je ferais pour toi
et elles ont fleuri

(Rupi Kaur)

 

Recueil: le soleil et ses fleurs
Traduction: Sabine Rolland
Editions: NiL

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LE DIRE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



LE DIRE

Je ne l’ai toujours pas dit
Mais quoi? Mais quand?
II tarabuste mon élan,
Pèse en mon coeur, sur mes poumons
Et parfois ma langue interrompt.
J’ai beau dire et j’ai beau faire
Modestement ou à l’excès
Sincèrement ou en colère
Avec fièvre ou froidement
J’ai beau jaillir entre deux pierres
Ou bien foncer sombrement
Je ne l’ai toujours pas dit
Mais quoi? Mais quand?

Je songe devant un pré,
Devant un village ou un fil
Qui lie deux arbres fluidement
Je vais le dire, je l’ai qui tremble
Qui me serre ou qui m’attend
Hélas, je ne m’en délivre
Il repart dans le puits où on le voit
Je ne l’ai toujours pas dit
Mais quoi? Mais quand?

(Pierre Morhange)

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Chant de chœur (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2021




    Chant de chœur

Il est des peines que nul ne connait.
Il est des profondeurs que le soleil
jamais ne sonde. Des monts de silence entourent les lèvres.
Et tous les témoins se taisent. Les yeux ne disent pas.
Il n’est point d’escalier si profond
qui descende là où s’agite
l’être de l’homme. Si le silence parlait,
s’il soufflait, s’il éclatait – il déracinerait tous les arbres du monde.

(Nikiforos Vrettakos)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil:
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions:

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J’ai dû rassembler ma propre immensité… (François Jacqmin)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2021



    

J’ai dû rassembler ma propre immensité…

J’ai dû rassembler ma propre immensité
pour tenir tête à la neige.
Sa pâleur
ressemblait au système du néant
vu à travers le sommeil.
Jusqu’ici
j’avais vécu dans une encoignure ;
je me sentais peu fondé à dire « il n’y a rien ».
La voyant si blanche, je voulais
être digne de son enchantement sans emploi.

(François Jacqmin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le Livre de la neige
Traduction:
Editions: La Différence

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Un matin d’hiver (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2021




    
Un matin d’hiver
je me trouvais dans un train
à l’arrêt en gare de Bellegarde
et une petite fille d’une dizaine d’années
était sur le quai
Deux femmes se tenaient près d’elle
et quand celle qui pouvait être sa mère
l’a quittée
pour monter dans une voiture
cette petite fille n’a eu aucune réaction
Épaules tombantes bras ballants
elle est restée là
immobile figée
ne disant rien
ne manifestant rien
sauf que de grosses larmes
glissaient sur ses joues
et qu’on la sentait perdue
dans un abîme de solitude
accablée par une détresse
qui la rendait inconsolable
Deux ou trois ans ont passé depuis ce jour

mais de temps à autre
il arrive encore
que réapparaisse en moi
ce petit visage en larmes
pétrifié par la souffrance

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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LE BRUIT D’EXISTER (María Auxiliadora Álvarez)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2021



Un poème pour La Saint Valentin
  

    
LE BRUIT D’EXISTER
pour Diana

Dis doucement ton nom au-dessus du mien

et répète – le
nuit après nuit
avant chaque berceuse

si bien que mon nom
s’efface sous le tien et disparaisse

et que ta voix
soit le seul son
qui existe

(María Auxiliadora Álvarez)

(Venezuela, 1956)

Traduction Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache
de “Poesía soy yo”
Selección de Raquel Lanseros y Ana Merino
Colección Visor de Poesía, Visor Libros

***

Di tu nombre suavemente sobre el mío

y repítelo
cada noche
antes de cada canción
del sueño

de modo que mi nombre se vaya borrando
bajo el tuyo

y tu voz
sea el único
sonido de existir.

***

THE SOUND OF EXISTENCE
to Diana

Say your name softly over mine

and repeat it
every night
before each song

of sleep
so that my name will fade away

under yours
and your voice
may be the only
sound of existence.

Translation Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan

***

DER KLANG DES SEINS
für Diana

Sag leise deinen Namen über meinen

und wiederhole ihn
jede Nacht
vor jedem Schlaflied

so dass mein Name sich auflösend
unter deinem verschwinde

und deine Stimme
der einzige Klang
des Seins werde.

Übersetzung Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

IL SUONO DELL’ESISTENZA
a Diana

Dì dolcemente il tuo nome sul mio

e ripetilo
ogni notte
prima di ogni canzone
del sogno

così che il mio nome venga cancellato
sotto il tuo

e la tua voce
sia l’unico
suono a esistere.

Traduzione di Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan – Luca Benassi

***

存在の音〜ダイアナへ捧ぐ

名前を言って
わたしに、優しく
そして、夜毎にくりかえして
おやすみの歌の前に
あなたの名のもとでは
わたし自身の名前が消えてしまうように
そしてあなたの声が
唯一の存在になるように

***

Recueil: ITHACA 670
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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HORAIRE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



 


    
HORAIRE

Le vent, dans les gares de province, fait un bruit semblable à celui que j’entendais enfant.

Ce vent ne ressemble à rien
de ce qui m’environne : la ville, des rues, des immeubles, images fugitives du vide.

Cependant, je m’arrête par instants pour mieux me souvenir de ce bruit qui a disparu.

Au loin, un bout de fleuve m’emmène de l’autre côté, où le vent souffle comme toujours.

Je sors de l’ombre pour marcher sur le quai que le soleil de l’après-midi rend insupportable, bien que je n’aille nulle part.

Le vent, parfois, se limite à dire que le terminus peut être une gare de passage.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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SCÈNE DE RUE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



Illustration: Konstantin Razumov
    
SCÈNE DE RUE

Dans un coin du café, ce que tu recherches, c’est que le
poème
te dise qui tu es, pourquoi tu te caches, quel est le nom
de la fille qui t’a regardé fixe-
ment. Et tu n’as pas de réponse. La réponse
était sur les lèvres de cette fille que
ton silence n’a pas su interroger;
et dans le vent qui balayait l’esplanade, em-
portant feuilles et papiers. L’automne :
une image, celle de ta propre vie, que
tu n’as pas su ignorer; pour que d’une
banale conversation avec l’inconnue,
surgisse une image, cette autre, de la
vie que tu aurais aimé ne pas perdre,
à chaque instant, entre tes doigts et tes vers.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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PHOTOGRAPHIE (extérieur) (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
PHOTOGRAPHIE (extérieur)

Auparavant la vérité
descendait la colline sur les paroles du berger ;
et les brebis n’étaient pas seules à les saisir. Je me
souviens
de ces collines vertes
sous les pluies du printemps, glaciales par vent
d’avril et lumineuses comme le soleil du nord. C’était
un matin. Les femmes préparaient encore le
four à pain — et déjà un rythme obscur annonçait
la naissance des fruits, c’est-à-dire,
l’équivoque de la faux au moment
de la récolte.
C’étaient bien ses paroles. Un
mouvement qui parcourait la surface
des rizières, qui ridait l’échine
des dunes, qui repoussait les mouettes vers
l’estuaire. Cependant, les vieux
le comprenaient; et quelques innocents, dont
l’esprit se confondait à la transparence
de l’eau, répétaient ce qu’il disait en un murmure
de ruisseau. Mais ce n’était pas à eux qu’il
s’adressait.
Il évita l’ambiguïté, les sens complexes
de la philosophie, le fond noir
du poème. De fait, il n’allait jamais jusqu’au bout
de ses histoires — comme s’il ne pouvait pas
les terminer.. ou qu’il ne savait plus rien, au-delà
de ce que nous savons, maintenant que nous sommes peu
à se souvenir de lui. Moi, pourtant, je l’ai revu —
assis sur ce banc de gare, feuilletant un vieux
journal et suçant un vieux mégot —
avec le souffle avide d’un apprenti
en hésitations.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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