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Poésie

Posts Tagged ‘discorde’

Salut au poète (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Salut au poète

Poète
Qui chantes la naissance téméraire de la rose d’azur
Cette jamais rencontrée

Poète
Au seuil des présages
Malgré tes poings en feu
Nous t’avons rejeté et pourchassé de paroles
Le faisceau de nos discordes éloigne
Le fruit essentiel
Que tu appelais

Poète
Nos villes s’endorment en leur écriture de pierre
Satisfaites de ne songer qu’à l’opiniâtre saison
Oublieuses des merveilles qui dévastent les toits
Qui abolissent les routines

Poète
Tu voles le vent pour nos faces
Le clair pour nos yeux
Le sel pour nos lèvres

Tu risques l’étoile
Tu cries notre raison.

(Andrée Chedid)


Illustration: William Blake

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LE DIEU DÉTERRÉ (Homero Aridjis)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



 

fumeur Maya

LE DIEU DÉTERRÉ

Voilà qu’on sort à l’ombre devenue pierre
l’air fait limon
l’invisible fait temps
voilà que survient, fraction de nuit, l’oeil de pierre

La main perforée avec laquelle il regarda le monde
fut aperçue par le dieu de la mort
et son visage s’évanouit dans un autre visage
aux yeux plus profonds que l’oubli

Son corps, insaisissable, parcourut le jour
plus rapide que l’air et que l’esprit
toucha le vide de ses songes
et comme un feu se coucha sur ses braises

Voilà que l’on extrait le dieu de la fumée
le semeur de discorde et de maux
aux sandales d’obsidienne rompue
racines durcies d’un arbre de pierre

La lumière noire coule de ses doigts
comme cendre de son corps
la bouche insatiable, qui a tout avalé,
comme un miroir s’avale maintenant elle-même

Voici — disent-ils — le créateur
qui ne peut se donner la vie
une pierre de plus entre les pierres déchues
un instant enseveli sous des montagnes d’instants

(Homero Aridjis)

 

 

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Je me souviens (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Je me souviens
D’ombres plus denses que le plomb
De regards impassibles
De rivières fourbues
De maisons rongées
De coeurs blanchis
D’hirondelles torpillées

Et de cette femme hagarde
sous l’explosion des armes.

Je me souviens
Du tumulte des sèves
De l’envolée des mots
De plaines sans discorde
Des chemins de clémence
Des regards qui s’éprennent

Et de ces beaux amants
sous les feux du désir
De tout ceci
De tout cela
Je me souviens
Et me souviens.

(Andrée Chedid)

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L’hippanthrope (Pierre Della Faille)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



 


    
Dans son masque à gaz, pour la science et le confort,
chacun emporte son picotin
et peut le brouter sans quitter le travail.

Qu’importe si cela tue la parole!
Tout le monde sait qu’elle n’est que source de discorde,
et seul le chef a le droit de hennir électroniquement.

(Pierre Della Faille)

 

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Je crois que dans chaque fleur (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2017



Je crois que dans chaque fleur
il y a une machine étrange créée par la nature
qui ne s’exprime qu’en poésie
inutile donc qu’elle fraternise
ou qu’elle sème la discorde
entre ses fleurs ses herbes
comme le poète le fait avec les mots

(Adonis)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Avec mes tympanons, ma trompe et mes timbales (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Avec mes tympanons, ma trompe et mes timbales
Je chanterai sur un semblant d’air lyrique
Le grand tintamarre de la mer moderne et désuète
Pleine à ras bord de vieilleries et de trésors légendaires
Accrue de performances et de péripéties nouvelles
Traversée de cargos, de brise-glaces et de méthaniers monumentaux.

Ce sera une espèce inouïe de poème
Gonflé de belles images et de bons sentiments
Mimant à la manière antique le pathos de la mer et la discorde de ses bruits archaïques
Pressant l’accordéon du large au poumon bleu gonflé d’œdèmes
Faisant chanter ses boursouflures au pied des phares et des balises
Médusant ses moutons, ses mollusques
Soldant le gros temps à bas prix.

(Jean-Michel Maulpoix)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 

 

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NOTRE TOUR (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015



 

NOTRE TOUR

J’ai vu un projet de maison
Beau rêve élancé à l’échelle d’un centième
Tout autour les fenêtres tournoyaient
Enveloppant la tour de tant de lumière
Que du blanc de la page soufflait
L’air pur des hauteurs agité par les ailes

Fenêtres fenêtres cadres qui nous attendent
Points fertiles de l’espace
Où le visage de nos désirs
Vient et nous fait lever 1a tête

Là-haut j’aurais voulu vivre longtemps sans redescendre

Beau rêve précis on avait tout prévu l’avenir
Etait là déjà à chaque étage et j’ai tout vu
Les murs de verre les jardins inattendus
Les terrasses reflétant une carte du ciel
Alcôves où le sommeil était image de survie
Les baignoires donnant des moulages parfaits
Et des chambres avaient pour trésor le silence
Dans l’ambre des cloisons et des jets d’eau
Attendaient le signal de la grâce

L’homme déjà rêve très bien
Il dorme des mesures si précises à ses désirs
Qu’autour de lui voilà que les lignes s’allongent
Montent s’échafaudent
Et parfois il sait agir de même

Mais éviter l’éclair affreux de la discorde
Et célébrer sur la plus haute tour
L’instant sacré quand les bâtisseurs de très haut
Verront tous les hommes semblables
Comme des frères
Alors plus rien ne pourra t’empêcher d’exister
O splendide palais de la réalité

(Ernest Delève)

Illustration: Michael Whelan

 

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Trêve (Abdourahman A. Waberi)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2015



Trêve

je sème ma voix aux quatre coins de la ville
l’eau y dessine le temps
je mêle mon corps aux effluves remontant de la nuit
j’y noie mon désarroi
je cherche dans tes yeux nos querelles d’antan
les clans défaits tissent la toile de leur discorde
je demande aux plantes grasses de me rendre
ma tendre mémoire
indécise tu écoutes les bruissements de ma brisure
tu remets à demain
l’approche de la nuit

(Abdourahman A. Waberi)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Isabelle Fournier Perdrix

 

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L’HOMME POSTHUME (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2015



 

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L’HOMME POSTHUME

Nous étions nés pour la froideur des armes
nés pour contrarier le cours de la naissance
et pour tracer à l’intérieur des êtres
les signes du mauvais vouloir.
« Laissez errer le sang » nous disait notre Maître
et nous ne sûmes jamais
de l’errance ou de l’erreur
laquelle fut notre voie.

Sans cesse pourchassée
l’éternelle grimace de vivre
est loin de renoncer à nous
dans nos mouvements séparés de la terre
un souffle secret introduit la discorde
comme on disperserait des oiseaux.
« C’est la volonté des Absents » s’écrie l’un de nous
et sous nos épaulettes de roc
nous devinons que nous sommes nus

nous resterons, cette fois encore, d’improbables guerriers…

(Georges Henein)

Illustration

 

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