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Poésie

Posts Tagged ‘discret’

Nocturne (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



Nocturne

Sifflet humide des crapauds
bruit des rames la nuit, des rames…
bruit d’un serpent dans les roseaux,
d’un rire étouffé par les mains,
bruit d’un corps lourd qui tombe à l’eau,
bruits des pas discrets de la foule,
sous les arbres un bruit de sanglots,
le bruit au loin des saltimbanques.

(Max Jacob)

Découvert chez Lara ici

 

 

 

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TROUBLE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



TROUBLE

1
Il faisait lourd: la lumière brûlait,
Mais ses regards étaient comme des rayons.
J’ai tressailli: celui-là
Est capable de me dompter.
II s’est incliné. Que va-t-il dire?
Le sang a quitté mon visage.
Que cet amour soit sur ma vie
Comme une dalle funéraire.

2
Tu n’aimes pas, tu ne veux pas me regarder?
Ô, que tu es beau, maudit!
Je ne peux pas m’envoler;
Moi qui dès l’enfance ai eu des ailes.
Un brouillard me couvre les yeux,
Objets et visages se brouillent,
Il n’y a plus que cette fleur,
Cette fleur à ta boutonnière.

3
Comme le veut la simple politesse,
Il s’est approché de moi. Il a souri.
À moitié tendre, à moitié nonchalant,
Il a effleuré ma main de ses lèvres —
Sur moi se sont posés des yeux
De mystérieuse image antique.
Dix ans de spasmes et de cris,
Toutes mes nuits insomnieuses,
J’ai tout mis dans un mot discret,
Que j’ai eu tort de prononcer.
Tu t’es éloigné; à nouveau
J’avais l’âme vide et claire.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Julie Grugeaux

 

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Parfois elle sent (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    
Parfois elle sent : la vie est grande
mais sauvage, tels des fleuves qui écument,
mais sauvage, telle tempête dans les arbres.
Et doucement, lâchant les heures,
elle offre son âme aux rêves.

Puis s’éveille. Une étoile alors
éclaire en silence la terre discrète,
sa maison a des murs tout blancs —
Et elle sait : la vie et lointaine, inconnue —
et elle joint ses mains fripées.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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L’homme et la mer (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



 

Homme libre, toujours tu chériras la mer!
La mer est ton miroir, tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais a plonger au sein de ton image;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets;
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes;
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, O frères implacables!

(Charles Baudelaire)

 

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DON JUAN – SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Alexander Maranov (6)

DON JUAN – SONNET

Au bord d’un étang bleu dont l’eau se ride
Sous le vent discret d’une nuit d’été,
Parmi les jasmins, foulant l’herbe humide
Avez-vous jamais, rêveur, écouté

La voix de la vierge émue et timide
Qui furtive, un soir, pour vous a quitté
Le foyer ami — depuis froid et vide —
Où, les parents morts, plus rien n’est resté?

Parfum de poison, volupté cruelle
D’avoir arraché du sol ce lys frêle
Et d’avoir hâté l’œuvre des tombeaux…

O destruction de quels âpres charmes
Es-tu donc parée?
Et, voilés de larmes,
Pourquoi les yeux clairs en sont-ils plus beaux?

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Maranov

 

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L’élu (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

Carlo Maria Mariani -  (40)

L’élu

Il passa sans nous voir
Sur la route du songe.
Connait-il son pouvoir
Ou craint-il nos mensonges ?
Nos fables coutumières
Ne le contentent plus;
Il est déjà l’élu
D’une étrange lumière.
Il est dans le secret
Des bêtes et des feuilles,
L’ami sûr et discret
Que les choses accueillent.
Il a quitté sans doute
Ce qui n’est plus pour lui
Qu’une image de route,
Qu’un semblant de pays.

(Maurice Carême)

Illustration: Carlo Maria Mariani

 

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UN DOMICILE DISCRET (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2018



 

UN DOMICILE DISCRET

J’ai tout retiré de ma chambre
hormis quelques images

il reste trois fois rien

l’aile d’un goéland
un bloc de pierre glacée
la photo d’une fille nue —

au centre de ce vide
mon être danse

*

INCONSPICUOUS LODGINGS

I’ve emptied this room
of all but a very few images

what remains is next to nothing

the wing of a gull
a lump of cool rock
the photo of a naked girl —

within this emptiness
my being dances

(Kenneth White)

Illustration: Edward Hopper

 

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Les espaces du sommeil (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



 

Les espaces du sommeil

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.

Dans la nuit il y a le pas du promeneur
et celui de l’assassin et celui du sergent de ville
et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.

Dans la nuit passent les trains et les bateaux
et le mirage des pays où il fait jour.
Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.

Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Un horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a vous, vous que j’attends.

Parfois d’étranges figures naissent
à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux,
des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.

Et l’âme palpable de l’étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles
et le chant du coq d’il y a 2000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.

Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas,
que je connais au contraire.

Mais qui, présents dans mes rêves,
Obstinés à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable
dans la réalité et dans le rêve.

Toi qui m’appartiens de par ma volonté
de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien
que mes yeux clos aussi bien au rêve qu’à la réalité.

Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile
où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.

Toi qui es à la base de mes rêves
et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit il y a les étoiles
et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d’êtres.

Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens
mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi

Dans le jour aussi.
(Robert Desnos)

Illustration: Jean Libon

Découvert ici: http://www.ville-maurecourt.fr/evenement/printemps-des-poetes-2016-a-la-mda

Merci pour la belle soirée du 20/05/2016 : lecture et chants de textes de Robert Desnos par

L’atelier d’écriture Gaz à tous les étages et les jadilleurs 

 


 

 

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MADRIGAL (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



MADRIGAL

Je crois trouver en vous, Madame, l’étrangère
Qu’il nous faut éviter selon les livres saints,
Et dans vos yeux trop grands que leur cerne exagère
Je n’ose présumer que de vénals desseins.

Mais depuis si longtemps parmi les foules j’erre
Sans rencontrer un frère et pas même un cousin,
Qu’en tout bien tout honneur je ne saurais moins faire
Que de vous proposer un verre sur le zinc.

Acceptez sans façons ! Nous nous connaissons d’Eve
Et d’Adam. Il suffit. Chère amante, je lève
Ma coupe en bénissant le soir qui nous unit.

A défaut de l’amour et de la foi qui sauve
Je vous offre ce coeur, bon compagnon d’alcôve
Et complice discret dans le désert d’un lit.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Marc Chagall

 

 

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Les maisons sont abandonnées (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



Les maisons sont abandonnées
une patience inconnue remplit la journée
la nuit le temps
nous reconnaissons un ensemble de bruits discrets
mal situés
un moment où l’on ne parle pas
Le jeu infini peut se joindre à l’espace
où chaque silhouette est l’histoire qu’elle se donne
close unie
d’un texte entier
sans autre action que le premier regard posé
sur le sol et la page.

(Georges Drano)

Illustration: Edward Hopper

 

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