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Poésie

Posts Tagged ‘disque’

Lumière lumineuse (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Hommage aux anges
[25]

… du n’a que faire
de la lune pour luire,

car minute après minute il cliquait
(le réveil à la tête de mon lit,

avec son disque terne, lumineux)
quand la Dame a frappé ;

Je parlais, bavardais
avec des amis dans l’autre pièce,

quand nous avons vu le vestibule
s’éclairer — alors nous avons vu où était la porte,

il n’y avait pas de porte
(c’était un rêve, évidemment),

et elle se tenait là,
en fait, sur le palier de l’escalier.

[26]

L’un de nous a dit, c’est étrange,
elle est vraiment là-bas,

je me demande ce qui l’a fait venir ?
un autre d’entre nous a dit,

avons-nous un pouvoir en groupe,
nous trois ensemble,

qui agisse comme une sorte d’aimant,
qui attire le surnaturel ?

(et pourtant c’était tout à fait naturel,
nous en convenions) ;

j’ignore ce que j’ai dit
ou si j’ai dit quelque chose,

car avant d’avoir le temps de parler,
j’ai compris que j’avais rêvé,

que j’étais alors couchée sur mon lit,
que la lumière lumineuse

était le cadran phosphorescent
de mon petit réveil

et les coups légers à la porte
étaient le tictac du réveil.

[27]

Et pourtant de façon très subtile,
elle était là plus que jamais,

comme si elle s’était miraculeusement
rattachée au temps d’ici,

ce qui n’est pas une chose facile, difficile
même pour un étranger plein d’expérience,

à propos desquels n’oubliez pas
car il y en a eu qui ont logé des Anges sans le savoir.

***

… of the no need
of the moon to shine in it,

for it was ticking minute by minute
(the clock at my bed-head,

with its dim, luminous disc)
when the Lady knocked;

I was talking casually
with friends in the other room,

when we saw the outer hall
grow lighter—then we saw where the door was,

there was no door
(this was a dream of course),

and she was standing there,
actually, at the turn of the stair.

One of us said, how odd,
she is actually standing there,

I wonder what brought her?
another of us said,

have we some power between us,
we three together,

that acts as a sort of magnet,
that attracts the super-natural?

(yet it was all natural enough,
we agreed) ;

I do not know what I said
or if I said anything,

for before I had time to speak,
I realized I had been dreaming,

that I lay awake now on my bed,
that the luminous light

was the phosphorescent face
of my little clock

and the faint knocking
was the clock ticking.

And yet in some very subtle way,
she was there more than ever,

as if she had miraculously
related herself to time here,

which is no easy trick, difficult
even for the experienced stranger,

of whom we must be not forgetful
for some have entertained angels unawares.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Marc Chagall

 

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Murailles (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




    
Murailles

Perdue
Les mains cherchant l’extase sous une herbe
Se maintenaient plus belles que le matin où toi
Tu te cherchais encore et c’était les murailles
Qui enserraient ton nom, ta preuve, qui te chassaient

Montre-toi, anime-toi, précède l’aube
Je suis le feu, tu es la fin, toi qui m’écartes
Entrouvre le chemin de tes doigts délaissés
Sous la soie d’un soleil disque pur, dissipe-moi

Mais demeure au seuil défendu, je te rejoins
Car j’ai fait voeu
J’ai grand besoin d’une herbe dans les yeux
Et de ton nom pareil aux feuilles de mes mains

J’ai besoin de m’asseoir à ton pied défendu
D’un fruit qui rendrait ta bouche plus belle encore
Et de rire

Perdue
Sur un chemin du doigt des grilles sans retour.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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En mission à la frontière (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018



Illustration: Tachibana Morikuni
    
En mission à la frontière

Char solitaire sur les routes frontalières
Long-jour passé, voici les pays soumis
Herbe errante hors des murailles des Han
Oie sauvage égarée dans le ciel barbare

Vaste désert où s’élève, droite, une fumée
Long fleuve où se pose le disque du couchant
A la passe Désolée enfin une patrouille
Le quartier général? Au mont Hirondelles !

(Wang Wei)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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J’ouvre les vannes (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
J’ouvre les vannes de l’énergie
Tournez les disques chanson en sol
Je suis le tournesol
coeur de terre pétales de feu
L’ombre n’a plus de secrets

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Retouche à la torpeur (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2017



Illustration: Jean-Robert Doumont
    
retouche à la torpeur

mouvement circulaire et doux
l’éloignement le rapprochement des disques
de la mer et du ciel donnent le cri
de la mouette,
et le soleil ondule dans sa trop large
peau de fauve

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Ta saveur (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Ta saveur

Ta saveur est profonde et pleine de mystère
Quand tu blanchis la roue au flanc du vieux moulin,
Frôlant le bois moussu verdi de pariétaires
Où l’eau calme dégoutte en filet opalin.

La vanne est là, béant comme une énorme cuve
Dont l’âcreté ternit ton disque cristallin
Baigné au tournoiement des noirâtres effluves
Qui s’expriment tout bas en termes sybillins.

Le magique parfum sort des eaux remuées,
Evocant la caresse et ses gestes hardis,
Et les baisers d’amour sur des lèvres pâmées,
Et l’étreinte reprise et les aveux redits.

(Marie Dauguet)

 

 

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LES POUVOIRS DE L’AMOUR (VII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017



Illustration: Annie Predal
    

LES POUVOIRS DE L’AMOUR (VII)

Adossé à l’ombre comme à un contrefort,
je vois les maisons se noyer dans les fenêtres
et la plaine recommence à faire tourner son disque
entre les bords enfin visibles de l’horizon.

Les paysages sont figés dans la verdure,
loin des villes que je ne peux quitter
parce que mes pas sont inscrits d’avance
dans toutes les rues où ma statue bouge.

Ton regard, trop grand pour l’espace,
fait de moi un être
à la recherche d’un chemin
qui ne va point au-delà de ton corps.

Tu es la seule chose
que je puisse tenir contre moi
et tes yeux d’amour sont uniques
comme le plus beau des couchants de mon enfance.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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EROS GRAMOPHONE (Salah Stétié)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

gramophone

EROS GRAMOPHONE

Comme est douceur un très vieux disque
Voix tournoyante, fatiguée, et qui s’efface
Ô tout ce noir amour ! C’est lui
Qui tourne dans la rue, c’est lui qui passe
Et la rue est de neige et les couleurs s’effacent
Rutilantes couleurs, tous vos drapeaux s’endorment !

S’endorment ; puis revivent. Le temps du rouge :
C’est le midi du jour et c’est rouge et c’est louve
– Cette blessure au plus féminin du soleil.
La voix, la voix chantait.
La voix chantait comme est douceur un très vieux disque
D’avant mourir, d’avant l’oreille fermée de cire.
Cela après l’été dans ses éclaboussures,
Et, aussitôt,
Le corps avec le corps inventa le printemps

Cela chanta, puis s’éteignit : un couple
Avait perdu sa tête unique. Il la chercha.
La retrouva. La reperdit. Ô mal d’amour !
Les amoureux ont la vie dispersée
Leur mort aussi, leur mort est dispersion.
Leur disque seul continue son noir sillon.

(Salah Stétié)

 

 

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D’abord ma main droite, puis ma main gauche (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Phrixos [800x600]

Les murs ne tombent pas
[22]

D’abord ma main droite,
puis ma main gauche

agrippent ta laine bouclée ;
emmène-moi, emmène-moi chez moi,

ma voix gémit depuis le sol ;
emmène-moi chez moi, Père :

aussi pâle que le ver dans l’herbe,
et pourtant une étincelle

jaillie d’un rocher sous ton sabot :
Amen, tu es si chaud,

cache-moi dans ta toison,
broute-moi avec la première herbe ;

que tes dents me dévorent,
que je me réchauffe dans ton ventre,

le disque-soleil,
le Soleil réincarné.

***

Now my right hand,
now my left hand

clutch your curled fleece;
take me home, take me home,

my voice wails from the ground;
take me home, Father:

pale as the worm in the grass,
yet I am a spark

struck by your hoof from a rock:
Amen, you are so warm,

hide me in your fleece,
crop me up with the new-grass;

let your teeth devour me,
let me be warm in your belly,

the sun-disk,
the re-born Sun.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Premier envoi (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Myron

    

Premier envoi ludique d’un objet
dans l’espace: un disque d’argile.
Mais, enfant de la terre,
il y revenait aussitôt.
Trop tôt alors,
pour que l’étreinte devienne orbite.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: Trois ménologues
Editions: Cheyne

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