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Posts Tagged ‘dissemblable’

CONJUGAISONS ET INTERROGATIONS II (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2019



Illustration: Ryszard Miłek
    
CONJUGAISONS ET INTERROGATIONS II

Nous restons où nous sommes
Nous restons où nous sommes arrivés.

Pourtant nous ne restons pas là où nous sommes
Nous ne restons pas où nous sommes arrivés.

Là où nous sommes tantôt nous restons, tantôt non.
Là où nous ne sommes pas arrivés, tantôt nous restons
tantôt nous ne restons pas (nous partons).

Là où nous sommes venus il se peut
Que nous restions il se peut que nous ne restions pas.

Là où tu es venu, resteras-tu ?
Ne cesseras-tu de partir, au lieu d’arriver, de rester ?
Ne finiras-tu pas d’arriver
et tantôt de rester et tantôt de partir ?

Toi qui restes, penses-tu ne jamais partir ?
Toi qui pars, saurais-tu, pourrais-tu rester ou revenir ?
Est-il possible à la fois de rester de partir,
de ne pas rester de ne pas partir ?

Tout est dissemblable tout se ressemble
ce qui part ce qui reste
ce qui est ce qui n’est pas
Ce que l’on dit a trop de sens n’a pas de sens.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une autre nuit liquide (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Alexandre Podgorny
    
Une autre nuit liquide
envahit le territoire de la nuit.
Les vagues du noir
n’ont pas besoin de plage
mais simplement d’un lit
de leur propre substance
qui contienne la question invraisemblable.

Les vagues du noir
cherchent une réponse
qui ne se trouve que dans le noir,
mais dans un noir distinct,
différent du noir.
Un noir aux ailes basses
et quiétudes extrêmes.

Questions et réponses
sont des substances dissemblables
qui ne se rejoignent presque jamais.

Les vagues du noir
unissent les deux substances
en rassemblant dans son noir

les noirs différents :
les liquides, les solides,
celui de derrière la vie,
celui de derrière la mort,
celui de toute question,
celui de toute réponse.

***

Otra noche líquida
invade el territorio de la noche.
Las olas de lo negro
no necesitan playa
sino tan sólo un lecho
de su mima sustancia
que lleve la pregunta inverosímil.

Las olas de lo negro
buscan una respuesta
que sólo esta en lo negro,
pero en un negro distinto,
diferente del negro.
Un negro de alas bajas
y quietudes extremas.

Preguntas y respuestas
son sustancias desiguales
que no se encuentran casi nunca.

Las olas de lo negro
juntan las dos sustancias,
al reunir en su negro

los diferentes negros:
los líquidos , los sólidos,
el de atrás de la vida,
el de atrás de la muerte,
el de toda pregunta,
el de toda respuesta.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Violon tzigane (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Yuliya Mervant
    
Violon tzigane, la tempête gémit.
Fillette gentillette au sourire fielleux
me laisserai-je intimider par ton regard bleu ?
Il me faut beaucoup, beaucoup m’est superflu.

Si loin, si dissemblables en somme
tu es jeune, moi j’ai tout vécu.
Aux jeunes le bonheur, à moi la mémoire seule :
Nuit de neige, étreinte fougueuse.

Câliné ? non. La tempête est mon violon.
Un sourire de toi lève la tempête en moi.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Un bus de nuit s’en va (Hassam Wachill)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2017



Un bus de nuit s’en va … ton visage se tend
pour qu’y pénètre un peu d’éblouissement,
Devant la baie à la vitre voilée
se voient d’autres aussi profuses
et dissemblables sources de candeur.

(Hassam Wachill)

Illustration

 

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L’art (Herman Melville)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration: Eugène Delacroix
    
L’art

En des moments sereins, heureux, nous rêvons
A nombre de beaux projets inincarnés.
Mais pour donner forme, créer de la vie qui palpite,
Que de choses dissemblables doivent se rencontrer et s’unir
Flamme pour fondre — vent pour geler ;
Patience affligée — énergies joyeuses ;
Humilité — mais orgueil et dédain ;
Intuition et savoir — amour et haine ;
Insolence — respect. Tout cela doit s’unir
Et se fondre avec le coeur mystique de Jacob,
Pour lutter contre l’ange — l’art.

(Herman Melville)

 

Recueil: L’Oeil du Poète Herman Melville
Traduction: Christophe Marchand-Kiss et Charles Cestre
Editions: Textuel

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L’autre (Michel Baglin)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



Gurbuz Dogan Eksioglu (12)

L’autre, c’est lui, là-bas. Toujours là-bas.
Parce qu’ici, c’est moi, c’est toi, c’est nous – c’est du pareil au même.

L’autre, c’est la peur remontée du fond des âges qui fabrique un étranger.
Qui fait serrer les fesses, et puis les poings, et puis les rangs.

C’est quelqu’un que l’on attendait pas, quelqu’un qui vient de loin,
quelque autre qui s’est invité dans nos jeux de miroirs et s’y réfracte.

Il diffère, on le compare. Il se distingue, on s’en méfie.
Et parce qu’il nous ressemble trop, les différences s’exaspèrent.

L’autre se tient là-bas, au delà d’une frontière.
Il est le nom d’une peur commune aux êtres dissemblables,
qui porte les peuples depuis toujours aux solidarités de clan, de tribu, de meute.

(Michel Baglin)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

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Enigme (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2015



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Enigme

La vie
Secrète
L’insondable énigme

Le temps
Réduit
Cette aventure du souffle
A l’aune d’un sablier

En nos corps dissemblables
En nos visages divers
Quelle symphonie traduisons-nous
Quel récit, Quel livre ouvert
De notre chair si concrète
D’où tirons-nous lumière ?

Chacun côtoie
Le fleuve des présences
Personne n’escorte
La mer.

(Andrée Chedid)

 

Illustration: ArbreaPhotos

 

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