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Kaspar (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Albrecht Durer - Les rois mages [800x600]

La floraison du bâton

[41]
Personne ne saura jamais comment cela se fit,
mais nous avons le droit de nous demander

si cela n’avait pas un rapport
avec le voeu qu’il avait fait —

eh bien, pas exactement un voeu,
une idée, un souhait, une lubie, peut-être une prémonition,

cette prémonition, nous la connaissons tous,
c’est arrivé auparavant ailleurs,

ou cela arrivera encore — où ? quand ?
car, en posant sa jarre sur le sol de l’étable,

il se souvint du vieil Azar… le vieil Azar
lui avait souvent dit que, au moment des pluies soudaines d’hiver,

après la sécheresse mémorable d’automne,
les arbres avaient été déchirés et tués,

quand le gel brutal était venu ;
mais Azar mourut quand Kaspar était encore jeune,

et si le récit d’Azar faisait référence
à l’année de la production de myrrhe,

distillée dans cette même jarre,
ou à une autre — Kaspar ne s’en souvenait pas ;

mais Kaspar pensait, il y avait toujours deux jarres,
les deux étaient toujours ensemble,

pour quoi n’ai-je apporté les deux ?
ou aurais-je dû choisir l’autre ?

car Kaspar se rappelait le vieil, vieil Azar marmonnant,
autres temps et meilleures manières, et on avait toujours soutenu

qu’une jarre était meilleure que l’autre,
mais il grommelait et secouait la tête,

personne ne savait laquelle était la bonne
maintenant que ton arrière grand-père est mort.

[42]
Ce n’était qu’une pensée,
un jour j’apporterai l’autre,

en posant la jarre
sur le sol de l’étable à boeufs ;

Balthasar avait offert le baume d’aspic,
Melchior les anneaux d’or ;

ils étaient tous deux un peu plus âgés que Kaspar
et il s’était donc tenu un peu à l’écart,

comme si son présent était une idée de dernière minute
et ne pouvait être comparé aux leurs ;

quand Balthasar poussa la porte ou le portail
de l’étable, un berger se trouvait là,

plutôt — une sorte de berger, un homme âgé avec un bâton,
peut-être une sorte de veilleur de nuit ;

comme Balthasar hésitait, il dit, Sire,
je crains qu’il n’y ait pas de place à l’Auberge,

comme pour leur éviter d’entrer plus loin,
en demandant peut-être où faire dormir

leurs bêtes de grande valeur ; mais Balthasar
salua la courtoisie paisible de l’homme

et continua ; et Balthasar entra dans l’étable à boeufs,
et Balthasar toucha son front et sa poitrine,

comme il le faisait aux côtés du Grand-Prêtre
devant la Présence-Sacrée-Manifeste ;

et Balthasar prononça le Grand Mot,
et Balthasar se courba, comme si le poids de cet honneur

le ployait, comme saisi
par sa Grâce écrasante,

et Balthasar fit un pas de côté
et Melchior prit sa place.

Et Melchior fit des gestes avec ses mains
comme pour danser ou jouer,

pour montrer sans parler, son peu de mérite,
pour indiquer que ceci, son présent, était symbolique,

sans valeur en soi (ces lourds anneaux d’or),
et Melchior se courba et baisa la terre, sans voix,

car c’était là le rituel
du deuxième ordre des prêtres.

Et Kaspar se tenait un peu de côté
tel un acolyte insignifiant,

et posa son présent
un peu à l’écart des autres,

pour montrer par déduction
son insignifiance en comparaison ;

et Kaspar, debout,
n’inclina qu’à peine la tête,

comme pour montrer,
par respect pour les autres,

plus âgés, extrêmement honorés,
que sa part dans ce rituel

était presque négligeable,
car les autres s’étaient courbés très bas.

***

No one will know exactly how it came about,
but we are permitted to wonder

if it had possibly something to do
with the vow he had made—

well, it wasn’t exactly a vow,
an idea, a wish, a whim, a premonition perhaps,

that premonition we all know,
this has happened before somewhere else,

or this will happen again—where? when?
for, as he placed his jar on the stable-floor,

he remembered old Azar … old Azar
had often told how, in the time of the sudden winter-rain,

after the memorable autumn-drought,
the trees were mortally torn,

when the sudden frost came;
but Azar died while Kaspar was still a lad,

and whether Azar’s tale referred
to the year of the yield of myrrh,

distilled in this very jar,
or another—Kaspar could not remember;

but Kaspar thought, there were always two jars,
the two were always together,

why didn’t I bring both?
or should I have chosen the other?

for Kaspar remembered old, old Azar muttering,
other days and better ways, and it was always maintained

that one jar was better than the other,
but he grumbled and shook his head,

no one can tell which is which,
now your great-grandfather is dead.

It was only a thought,
someday I will bring the other,

as he placed his jar
on the floor of the ox-stall;

Balthasar had offered the spikenard,
Melchior, the rings of gold;

they were both somewhat older than Kaspar
so he stood a little apart,

as if his gift were an after-thought,
not to be compared with theirs;

when Balthasar had pushed open the stable-door
or gate, a shepherd was standing there,

well—a sort of shepherd, an older man with a staff,
perhaps a sort of night-watchman;

as Balthasar hesitated, he said, Sir,
I am afraid there is no room at the Inn,

as if to save them the trouble of coming further,
inquiring perhaps as to bedding-down

their valuable beasts; but Balthasar
acknowledged the gentle courtesy of the man

and passed on; and Balthasar entered the ox-stall,
and Balthasar touched his forehead and his breast,

as he did at the High Priest’s side
before the Holy-Presence-Manifest;

and Balthasar spoke the Great Word,
and Balthasar bowed, as if the weight of this honour

bent him down, as if over-come
by this overwhelming Grace,

and Balthasar stood aside
and Melchior took his place.

And Melchior made gesture with his hands
as if in a dance or play,

to show without speaking, his unworthiness,
to indicate that this, his gift, was symbolic,

worthless in itself (those weighty rings of gold),
and Melchior bent and kissed the earth, speechless,

for this was the ritual
of the second order of the priests.

And Kaspar stood a little to one side
like an unimportant altar-servant,

and placed his gift
a little apart from the rest,

to show by inference
its unimportance in comparison;

and Kaspar stood
he inclined his head only slightly,

as if to show,
out of respect to the others,

these older, exceedingly honoured ones,
that his part in this ritual

was almost negligible,
for the others had bowed low.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Albrecht Durer

 

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VILLA ADRIANA (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2016



VILLA ADRIANA

Marcher doucement à l’intérieur du monde
L’herbe et les oliviers sont toujours les mêmes
Et l’alternance du soleil et de l’ombre
Tresse un berceau pour le regard
Où tremblent les étoiles
Les odeurs sont les chemins les plus courts
D’un pas nous sommes ici et là
Distillés dans l’argile du corps
Sont les pétales d’anciens jardins
Le passé est un paysage ressemblant
Et les cygnes s’approchent de la rive
De leurs têtes gravement penchées
Partent les rubans transparents du jour

(Heather Dohollau)

Illustration

 

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ELEGIE SANS NOM (Emilio Ballagas)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2016



ELEGIE SANS NOM

Sable déchaux et mer toute nue.
Mer nue et impatiente se mirant dans le ciel.
Le ciel qui se continue lui-même
qui poursuit son azur sans le trouver
jamais définitivement distillé.

Je marchais trop léger sur le sable
trop dieu frémissant pour mes solitudes
fils de l’esperanto de toutes les gorges
prodigue de regards blancs sans envol fixe.

Se faisaient les mouettes se défaisaient les nuages
et les vagues revenaient à l’assaut de la rive.
Tant de batailles blanches d’écumes dénouées
pour se prendre en un seul coquillage sans image de neige
ni sel poli et dur.

Le vent gonflait ses voiles d’une vigueur invisible
il dansait oublieux délaissé retrouvé
et tu étais toi.
Je ne t’avais pas encore vue.

Fils de mon présent frais enfant de l’oubli
mon sang me portait des nouvelles de mes mains.
Je savais diviser la vie de mon corps comme le chant en strophes
tête libre épaules
poitrine
cuisses et jambes essayées.
Me pénétrait une tristesse de lointaines
colombes égarées
de paroles perdues au delà du silence
faites d’ailes en poudre de papillons
et de cendres roses absentes de la nuit.

Tournesol en rêve je ne t’avais encore vue
aimant oeillet vécu en un geste immobile.
Tu n’étais pas toi.

Je marchais marchais marchais
en une démarche plus fragile que moi-même
dans la non-pesanteur transparente et dormeuse
délié de souvenirs et l’ombilic au vent…

Mon ombre à mon côté sans pieds pour me suivre
mon ombre tombait brisée maigre et inutile
comme un poisson sans arêtes mon ombre allait à mon côté
comme un chien d’ombres
si pauvre que nul chien d’ombres ne jappait après elle.
C’est beaucoup toujours toujours c’est
trop toujours ma lampe d’argile
c’est trop ressembler à mes pâles mains
et à mon front cloué par un amour immense
fructifié de noms sans identité
avec la lumière qui découpe aigrement les choses.
C’est beaucoup unir les lèvres pour que ne s’échappe
ne fuie ne s’évanouisse
mon secret de chair mon secret de larmes
mon baiser entrecoupé.

J’allais et tu venais
bien que ton beau corps reposât étendu
tu avançais amour le destin te poussait
comme pousse les voiles le titanique vent aux épaules frémissantes
Te poussaient et la vie et la terre et la mort
et des mains qui peuvent plus que nous-mêmes
des mains qui peuvent nous unir et nous arracher
et frotter nos yeux au suc des anémones.

***

Elegía sin nombre

Descalza arena y mar desnudo.
Mar desnudo, impaciente, mirándose en el cielo.
El cielo continuándose a sí mismo,
persiguiendo su azul sin encontrarlo
nunca definitivo, destilado.

Yo andaba por la arena demasiado ligero,
demasiado dios trémulo para mis soledades,
hijo del esperanto de todas las gargantas,
pródigo de miradas blancas, sin vuelo fijo.

Se hacían las gaviotas, se deshacían las nubes
y tornaban las olas a embestir a la orilla.
(Tanta batalla blanca de espumas desatadas
era para cuajar en una sola concha, sin imagen
de nieve ni sal pulida y dura.)

El viento henchía sus velas de un vigor invisible,
danzaba olvidadizo, despedido, encontrado
y tú eras tú.
Yo aún no te había visto.
Hijo de mi presente —fresco niño de olvido—
la sangre me traía noticias de las manos.
Sabía dividir la vida de mi cuerpo como el canto
en estrofas:
cabeza libre, hombros,
pecho,
muslos y piernas estrenadas.
Por dentro me iba una tristeza de lejanas, de
extraviadas palomas,
de perdidas palabras más allá del silencio,
hechas de alas en polvo de mariposas
y de rosas cenizas ausentes de la noche…
Girasol en los sueños: aún no te había visto.
Imán. Clavel vivido en detenido gesto.
Tú no eras tú.

Yo andaba, andaba, andaba
en un andar en andas más frágil que yo mismo,
con una ingravidez transparente y dormida
suelto de mis recuerdos, con el ombligo al
viento…
Mi sombra iba a mi lado sin pies para seguirme,
mi sombra se caía rota, inútil y magra;
como un pez sin espinas mi sombra iba a mi
lado,
como un perro de sombras
tan pobre que ni un perro de sombras le ladraba.

iYa es mucho siempre siempre, ya es demasiado
siempre, mi lámpara de arcilla!
iYa es mucho parecerme a mis pálidas manos
y a mi frente clavada por un amor inmenso,
frutecido de nombres, sin identificarse
con la luz que recortan las cosas agriamente!
iYa es mucho unir los labios para que no se
escape
y huya y se desvanezca
mi secreto de carne, mi secreto de lágrimas,
mi beso entrecortado!

Iba yo. Tú venías,
aunque tu cuerpo bello reposara tendido.
Tú avanzabas, amor, te empujaba el destino,
como empuja a las velas el titánico viento de
hombros
estremecidos.
Te empujaban la vida, y la tierra, y la muerte
y unas manos que pueden más que nosotros
mismos:
unas manos que pueden unirnos y arrancarnos
y frotar nuestros ojos con el zumo de anémonas…

La sal y el yodo eran; eran la sal y el alga;
eran, y nada más, yo te digo que eran
en el preciso instante de ser.

Porque antes de que el sol terminara su escena
y la noche moviera su tramoya de sombras,
te vi al fin frente a frente,
seda y acero cables nos tendió la mirada.
(Mis dedos sin moverse repasaban en sueños
tus cabellos endrinos.)
Así anduvimos luego uno al lado del otro,
y pude descubrir que era tu cuerpo alegre
una cosa que crece como una llamarada que
desafía al viento,
mástil, columna, torre, en ritmo de estatura
y era la primavera inquieta de tu sangre
una música presa en tus quemadas carnes.

Luz de soles remotos,
perdidos en la noche morada de los siglos,
venía a acrisolarse en tus ojos oblicuos,
rasgados levemente,
con esa indiferencia que levanta las cejas.

Nadabas,
yo quería amarte con un pecho
parecido al del agua; que atravesaras ágil,
fugaz, sin fatigarte. Tenías y aún las tienes
las uñas ovaladas,
metal casi cristal en la garganta
que da su timbre fresco sin quebrarse.
Sé que ya la paz no es mía:
te trajeron las olas
que venían ¿de dónde? que son inquietas
siempre;
que te vas ya por ellas o sobre las arenas,
que el viento te conduce
como a un árbol que crece con musicales hojas.

Sé que vives y alientas
con un alma distinta cada vez que respiras.
Y yo con mi alma única, invariable y segura,
con mi barbilla triste en la flor de las manos,
con un libro entreabierto sobre las piernas quietas,
te estoy queriendo más,
te estoy amando en sombras,
en una gran tristeza caída de las nubes,
en una gran tristeza de remos mutilados,
de carbón y cenizas sobre alas derrotadas…

Te he alimentado tanto de mi luz sin estrías
que ya no puedo más con tu belleza dentro,
que hiere mis entrañas y me rasga la carne
como anzuelo que hiere la mejilla por dentro.

Yo te doy a la vida entera del poema:
No me avergüenzo de mi gran fracaso,
que este limo oscuro de lágrimas sin preces, naces
—dalia del aire— más desnuda que el mar
más abierta que el cielo;
más eterna que ese destino que empujaba tu
presencia a la mía,
mi dolor a tu gozo.

¿Sabes?
Me iré mañana, me perderé bogando
en un barco de sombras,
entre moradas olas y cantos marineros,
bajo un silencio cósmico, grave y fosforescente…

y entre mis labios tristes se mecerá tu nombre
que no me servirá para llamarte
y lo pronuncio siempre para endulzar mi sangre,
canción inútil siempre, inútil, siempre inútil,
inútilmente siempre.

Los pechos de la muerte me alimentan la vida.

(Emilio Ballagas)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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