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Coquelicots en juillet (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Coquelicots en juillet

Petits coquelicots, petites flammes d’enfer,
Vous ne faites pas mal ?

Vous tremblez. Je ne sais pas vous toucher.
Je mets les mains dans les flammes. Rien ne brûle.

Et cela m’épuise de vous regarder
Trembler comme ça, rouge vif et froissés comme une bouche.

Une bouche que l’on vient d’ensanglanter.
Oh petites jupes sanglantes !

Il y a des vapeurs que je ne peux toucher.
Où est votre opium, où sont vos capsules écoeurantes ?

Si je pouvais saigner, ou dormir! —
Si ma bouche pouvait épouser une blessure pareille !

Ou vos sucs distiller pour moi, dans cette capsule de verre,
Une stupeur, un apaisement.

Mais pas de couleur. Pas de couleur.

(Sylvia Plath)

 

Recueil: Ariel
Traduction:
Editions: Gallimard

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PENSÉE NOSTALGIQUE (Fan Zhongyan)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



PENSÉE NOSTALGIQUE

Des nuages galopent dans le ciel émeraude
Des feuilles jaunies jonchent le sol
Les couleurs d’automne colorent le fleuve
couvert d’une brume verte
le soleil couchant teint la colline
Le cours d’eau s’étire à l’horizon
Les herbes y restent indifférentes

Attristé par le mal du pays
je laisse voguer ma pensée
Propices au rêve doux
les longues nuits me plongent dans un profond sommeil
La lune est claire
Le balcon est haut
Pas le moment de m’attarder seul devant la balustrade
Dans les entrailles mélancoliques
Le vin distille des larmes nostalgiques

(Fan Zhongyan)

Illustration

 

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Mon coeur s’est-il donc endormi? (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



noria

Mon coeur s’est-il donc endormi?
Ruchers de mes songes
ne distillez-vous rien? Est-elle desséchée
la noria de ma pensée,
ses godets vides
tournant, tournant, pleins d’ombre?

Non, mon coeur ne dort pas.
Il est éveillé, éveillé.
Il ne dort, ni ne songe; il regarde,
ses yeux clairs grands ouverts,
des signes lointains; il écoute
sur la rive du grand silence.

(Antonio Machado)

 

 

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L’amande (Muhammad al-Amir ibn Shâraz)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018




L’amande

Au coeur de l’amande dort
la fortune secrète
de l’amour.

Sous l’odorant velours
qui verdit
le coin ensoleillé du désir,
la lune parfois est douce,
parfois distille de l’amertume.

(Muhammad al-Amir ibn Shâraz)

 

 

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CONCORDANCES (Rémy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



CONCORDANCES

De ses doigts s’exhalait une odeur délicate,
Comme l’assemblage exquis de fleurs sobres et rares
Ou l’effluve des prés qu’un vent d’été caresse ;
De ses doigts s’exhalait une odeur délicate.

Ô pénétrante odeur dont émane un désir,
Odeur moins désirable, pleine de moins d’ivresse
Que celle que dérobe la robe, ô délicate
Et pénétrante odeur dont émane un désir.

Aux parfums de la chair en leur loyale essence
Cèdent les élixirs, toutes les quintessences :
Un seul effleurement l’exalta au désir
Des parfums de la chair en leur loyale essence.

Ô chair faite de fleurs roses, blanches et bleues,
Dont la sève circule avec le sang des veines,
Sa peau moite en distille la plus subtile essence,
Ô chair faite de fleurs roses, blanches et bleues.

(Rémy de Gourmont)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

 

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Visage aimé (Séverine Daucourt-Fridriksson)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2018



Illustration: Jack Vettriano    
    
visage aimé où prendre quelques aises. chair souterraine distillant son paradis.
inconscient au violon par le soupirail

.

(Séverine Daucourt-Fridriksson)

 

Recueil: Salerni
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Qui donc vous a surpris… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Luana Béatrice Lazar

    
Qui donc vous a surpris…

Qui donc vous a surpris, ô concert de parfums,
Musique résonnant comme au bord d’un abîme,
Vert chaleureux d’un pâtre en l’arc-en-ciel des cîmes,
Orage sombre pleurant sur nos bonheurs défunts.

Plus parfaits, plus moelleux qu’un contour mélodique,
Vous parlez à notre âme et ravagez nos sens,
Et vous nous caressez, tels des doigts frémissants,
Gestes enténébrés qu’aucun devin n’explique.

L’accord des buis amers et des oeillets musqués
Nous verse des liqueurs aux sûres attirances,
Je percois à travers leurs subtiles fragrances
Le piège que nous tend le désir embusqué.

Au secret éternel seul accent qui déroge,
Les parfums sont des fleurs aux vases du Léthé;
Plus clairs que le reflet des ruisseaux enchantés,
Les magiques miroirs que mon coeur interroge.

Fruits blets des bois rouillés, feuillages des sureaux,
Il suffit qu’au flacon merveilleux je m’abreuve
Pour que tout ce qui dort épars en moi s’émeuve,
Que s’agitent des morts au fond de leurs tombeaux.

Plus loin que la raison vaine et la conscience,
Jusqu’aux instincts gisants à jamais ignorés,
Dieux qu’on a détrônés, parfums, vous pénétrez:
Vous êtes l’infini distillant son essence.

(Marie Dauguet)

 

 

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La sagesse des parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
La sagesse des parfums

Vieilles écorces nécrosées
Que des suintements verts enduisent,
Lichens, mousses décomposées
Où des baves d’argent reluisent,

Vernes au ciel de pluviôse
Emmêlant, spectres affolés,
Vos troncs aux pourpres ecchymoses
Et que la serpe a mutilés,

Dispersant vos branches moisies,
Répandez vos philtres, ma chair
Réclame votre anesthésie,
Allégeante morphine, éther.

Que loin des langueurs bestiales
Et du vouloir-vivre importun,
Me plonge en une paix claustrale
Votre torpeur morne, ô parfums.

Bouquets d’anémiques astères
Brouillant au cours des eaux flétries
Des pâleurs mauves de paupières
Que l’ardent amour a meurtries,

Rosiers diaphnéisés,
Blêmes comme des fronts de nonnes,
Qui tendrement agonisez
Aux humides vergers d’automne,

Distillez dans le soir qui meurt
Vers nos coeurs la subtile essence,
Ainsi qu’un opium endormeur,
De vos fleurs en déliquescence;

Prodiguez, troncs velus des ormes
Qu’ont abattus les bûcherons,
Vos sourds relents de chloroforme
Et nos blessures se tairont.

(Marie Dauguet)

 

 

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Il faut polir le creuset (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Hommage aux anges
[8]

Il faut polir le creuset
et dans la coupe distiller

un mot des plus amers, mara,
un mot plus amer encore, mar,

mer, sel, brisant, séducteur,
donneur de vie, donneur de larmes ;

il faut polir le creuset
et poser le jet de flamme

en dessous, jusqu’à ce que mara-mar
aient fondu, fusionnent et se joignent

et changent et s’altèrent,
mer, mere, mère, mater, Maïa, Marie,

Étoile de la Mer,
Mère.

[9]

Amer, amer joyau
au coeur de la coupe,

quelle est ta couleur ?
que nous offres-tu

à nous, rebelles ?
qu’étions nous si tu en avais aimé d’autres ?

quel est ce mère-père
qui déchire nos entrailles ?

quelle est cette dualité insatisfaite
que tu ne peux satisfaire ?

***

Now polish the crucible
and in the bowl distill

a word most bitter, marah,
a word bitterer still, mar,

sea, brine, breaker, seducer,
giver of life, giver of tears;

Now polish the crucible
and set the jet of flame

under, till marah-mar
are melted, fuse and join

and change and alter,
mer, mere, mè re, mater, Maia, Mary,

Star of the Sea,
Mother.

Bitter, bitter jewel
in the heart of the bowl,

what is your colour?
what do you offer

to us who rebel?
what were we had you loved other?

what is this mother-father
to tear at our entrails?

what is this unsatisfied duality
which you can not satisfy?

(Hilda Doolittle)

Illustration: Marie-Claude Deyts

 

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Les ombres du soir (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2017



Les ombres du soir tombent épaisses et profondes;
elles assombrissent le coeur
et enveloppent le corps et l’esprit.
Ouvre ta fenêtre au couchant
et perds-toi dans le ciel de l’amour.

Bois le miel sucré
que distillent les pétales du lotus du coeur.
Laisse-toi pénétrer par les flots de la mer;
quelle splendeur il y a en elle !
Écoute : le son des conques marines et des cloches s’élève.

Kabîr dit : « Ô frère; regarde, le Seigneur est dans ce vase, qu’est mon corps. »

(Kabîr)

 

 

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