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Poésie

Posts Tagged ‘distraire’

LE DON DE JOIE (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
LE DON DE JOIE

Qui trouve au bord du dénuement
sur les remparts de sa faim
une larme discrète
l’amère saveur du chaos
qui du fond de sa solitude
tire un visage attentif
une fontaine coutumière
et parle sans souci de ses propres embûches
celui-là sait que Dieu s’installe dans le corps
pour une éternité première
et rien ne peut plus le distraire
de cette voix qui s’est tue
au centre de l’épi.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Blessé d’une plaie inhumaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Lori Earley_470

Blessé d’une plaie inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avance à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint hélas ! n’y connaître rien.

Comme un roc à l’onde marine
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
Et clôt, de peur d’être bénine,
L’oreille au son de mes douleurs

D’autant qu’elle poursuit ma vie,
D’ennuis mon service payant,
Je la dirai mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire,
Çonnaissant mon mal, de la voir ?
Ô ciel rigoureux et contraire !
C’est toi qui contrains mon vouloir,

Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gai papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’ébattant :

Ainsi le désir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait hélas ! qu’aveugle je vole
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lori Earley

 

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EN MER (Paul Gérardy)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



EN MER

Pauvre pêcheur dans la barque
Et la tête entre les mains,
Vers quelle aimée ton songe
Va-t-il si loin de toi ?

Oh ! ta barque est petite
Sur l’immense mer
Et les vents en tumulte
Ont brisé sa mâture.

Nous sommes les sirènes
Au fond des mers d’ennui ;
Oh descends pour nous distraire,
Pêcheur, au fond des mers.

(Paul Gérardy)

 

 

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LA MAISON DANS LE CŒUR (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



 

Illustration: Hiroshige
    
LA MAISON DANS LE CŒUR
Thou-Fou

Les flammes cruelles ont dévoré entièrement la maison où je suis né.
Alors je me suis embarqué sur un vaisseau tout doré, pour distraire mon chagrin.

J’ai pris ma flûte sculptée, et j’ai dit une chanson à la lune ;
mais j’ai attristé la lune qui s’est voilée d’un nuage.

Je me suis retourné vers la montagne, mais elle ne m’a rien inspiré.
Il me semblait que toutes les joies de mon enfance étaient brûlées dans ma maison.

J’ai eu envie de mourir, et je me suis penché sur la mer.
A ce moment une femme passait dans une barque ;
j’ai cru voir la lune se refléter dans l’eau.

Si elle voulait, je me rebâtirais une maison dans son cœur.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Chanson des deux éléphants du paradis (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



II était, il était une fois
Deux éléphants qui ne dormaient pas.

Leurs grands yeux constamment allumés
Effrayaient le monde et les années.

On décida de les enfermer.
Mais nul ne put les emmener.

Il était, il était une fois
Deux éléphants qui ne bougeaient pas.

Ils fixaient toujours le même point
Qui semblait, à chaque fois, plus loin.

Aucun fouet ne les distrayait
Nulle douleur, pas même leurs plaies.

Il était, il était une fois;
Deux éléphants qui ne mouraient pas.

On avait beau leur tirer dessus,
Ils gardaient, malgré eux, le dessus,

Espérait-on la nuit les brûler,
Le feu, à leur contact, s’éteignait.

Cherchait-on alors à les noyer,
Devant eux, la mer s’agenouillait.

II était, il était une fois
Deux éléphants qu’on ne nommait pas.

Ils vivaient leurs mille vies secrètes
Dedans leur regard que rien n’arrête.

Avec leur trompe toujours baissée,
Humaient la terre dans ses pensées.

Il était, il était une fois
Deux éléphants que l’on n’aimait pas.

(Edmond Jabès)

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Toi ! (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Yoshiro Tachibana -  (9)

Toi !

De Thomas Moore.

Du frais matin la brillante lumière,
L’ardent midi, l’adieu touchant du jour,
La nuit qui vient plus douce à ma paupière
Pâle et sans bruit rêver avec l’amour,
Le temps jaloux qui trompe et qui dévore,
L’oiseau captif qui languit près de moi,
Tout ce qui passe, et qu’à peine je vois,
Me trouve seul… seul ! Mais vivant encore
De toi !

Des arts aimés quand l’essaim m’environne,
L’ennui secret les corrompt et m’atteint.
En vain pour moi la fête se couronne :
La fête pleure et le rire s’éteint.
L’unique asile où tu me sois restée,
Le sanctuaire où partout je te vois,
Ah ! C’est mon âme en secret visitée
Par toi !

La gloire un jour a distrait mon jeune âge ;
En te cherchant j’ai perdu son chemin.
Comme à l’aimant je vais à ton image ;
L’ombre est si belle où m’attire ta main !
Ainsi qu’aux flots les barques se balancent,
Mes ans légers ont glissé loin de moi ;
Mais à présent dans tout ce que je vois,
Mes yeux, mon coeur, mes voeux, mes pas s’élancent
Vers toi !

Je dis ton nom dans ma gaîté rendue,
Je dis ton nom quand je rapprends les pleurs ;
Dans le désert la colombe perdue
Ne sait qu’un chant pour bercer ses douleurs.
Égide chère à ma vie embrasée,
Le monde en vain jette ses maux sur moi ;
Mon âme un jour sera calme ou brisée
Par toi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Yoshiro Tachibana

 

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Seule la caresse peut dissoudre l’angoisse (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018




    
— Comme elle décontracte les muscles noués
seule la caresse peut dissoudre l’angoisse,
spasticité de l’âme que l’espoir abandonne
et qu’aucun discours ne peut distraire du doute ;

Caresse-moi, toi dont j’ignore le nom,
je donne tout pouvoir à tes mains que je baise,
caresse-moi bienfaitrice anonyme
dont je ne veux pas connaître le visage,
caresse-moi, généreuse passagère
qui me calme et t’éloigne avec ton silence ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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LE LABOUREUR ET SES ENFANTS (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




    
LE LABOUREUR ET SES ENFANTS

Pas de trésor caché dedans
Pas plus que dans mon poing qui meurt
De source claire
Rien sur le dos ni sous la paume de la terre
Rien à gratter sur l’oeuf en plâtre de la terre
Plus de petits poussins tremblants dans les sentiers
Plus de femme en peignoir à fleurs sur le palier
Plus de foule au balcon pour voir passer la foule
Plus de mousse qui perle et de pierre qui roule
Plus de chalands à quai
Plus de lustres au plafond
Plus de zéro de conduite et de leçons
Plus rien qui vaille encor la peine de distraire
Ce temps de nous
A la veille de la misère.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Pensées (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2017



Penser, vivre, mer peu distincte;
Moi – ça – tremble,
Infini incessamment qui tressaille.
Ombres de mondes infimes: ombres d’ombres,
cendres d’ailes.
Pensées à la nage merveilleuse,
qui glissez en nous, entre nous, loin de nous,
loin de nous éclairer, loin de rien pénétrer;
étrangères en nos maisons,
toujours à colporter,
poussières pour nous distraire
et nous éparpiller la vie.

(Henri Michaux)

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Rêve (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



    

Rêve

Ô mes auteurs chéris, vous qui, lorsque je pleure,
Me consolez toujours, m’entourez à toute heure,
Vos écrits ont calmé mes pensers dévorants,
Et je vous aime tous, en amis, en parents !…

Dans mes rêves brillants, fils de la poésie,
Je vois s’ouvrir pour moi votre foule choisie ;
Votre voix m’encourage, et je vous dis comment
Ma jeunesse a passé de tourment en tourment :
Comment, sans qu’un ami soit venu leur sourire,
Je fis mes premiers vers sans savoir les écrire ;
On m’interdit l’étude, ainsi que l’on défend
Le jeu, qui le distrait, au paresseux enfant.
Et je cachais à tous, comme on cache des crimes,
Les désirs du poète et ses penchants sublimes !…

Alors, comme un tribut pour ce que j’ai souffert,
Le laurier triomphal par vos mains m’est offert.

(Louise Colet)

 

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