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Posts Tagged ‘distraire’

LE HANNETON DORE (René Guyomard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



hanneton doré

LE HANNETON DORE

Rose solaire et solitaire
Immobile midi qu’aucune odeur ne trouble
Que nul mot ne rassure ou distrait de son feu
Un lent pétale las d’une si longue attente
Glisse au revers des astres
Se mêle au poudroiement doré d’étés lointains

O jardins abolis
O la rose entrouvrant pour nous sa robe d’ombre
Où luisait le coléoptère
Serti dans le coeur du mystère.

(René Guyomard)

Illustration

 

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LE POTIER (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

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LE POTIER

On dit : c’est un faiseur de jolies choses
Qui cueille des sourires charmants
Tout le long de sa route
Avec des roses,
Des lilas et des muscats;
On dit : c’est un amuseur seulement,
Un ciseleur de vers délicats;
On dit tout cela sans doute,
Mais sait-on si le potier songeant,
Qu’on voit penché sur son tour
Avec le burin, les émaux et les vernis,
Ne s’attarde pas à orner avec amour
La précieuse coupe d’argent
Pour distraire son coeur d’une peine infinie ?

(Tristan Klingsor)

Illustration: Stephen Darlington

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La Prière du Védantin (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2020



Illustration: Mejda Ben
    
La Prière du Védantin

Esprit suprême
qui médite dans le silence du coeur,
éternelle clarté,

Toi seul Tu Es !
Ah, pourquoi suis-je voilé par cette obscurité,
ma part ensoleillée

assaillie par les nuages ?
Pourquoi suis-je ainsi défiguré par le désir,
distrait, entraîné,

consumé par le feu
de fantasques passions, chassé hors de ta paix
dans le tourbillon

de chaque rafale ?
Livré au chagrin, abattu,
surpris par la luxure ?

Ne laisse pas la grisaille de mon passé
taché de sang rebuter ta compassion souveraine,
ni même la retarder,

ô Vérité solitaire !
Ni ne laisse les dieux trompeurs qui Te singent encore
abuser ma jeunesse.

Calme ces clameurs ;
car je voudrais entendre la voix éternelle et connaître
l’éternelle Volonté.

Ce brillant étalage
encombrant le seuil de l’éternité,
disperse-le — accorde-moi

un regard sans ombre,
un coeur jeune et limpide. Réprime en moi
le cri assourdissant

de ces espoirs,
efface mes siècles souillés, restaure
ma pureté.

Ô porte cachée
de la Connaissance, ouvre-toi ! Force, accomplis-toi !
Amour, déverse-toi !

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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HYMNE À LA MORT (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2019




    
HYMNE À LA MORT

Amour, mon juvénile emblème,
Revenu dorer la terre,
Épars dans le jour rocheux,
C’est la dernière fois que je regarde
(Au pied du ravin, d’eaux
Brusques somptueux, endeuillé
D’antres) la traînée de lumière
Qui pareille à la plaintive tourterelle
Sur l’herbe distraite se trouble.

Amour, santé lumineuse,
Les années à venir me pèsent.

Lâchée ma canne fidèle,
Je glisserai dans l’eau sombre
Sans regret.

Mort, aride rivière…

Soeur sans mémoire, mort,
D’un seul baiser
Tu me feras l’égal du songe.
J’aurai ton même pas,
J’irai sans laisser de traces.

Tu me feras le coeur immobile
D’un dieu, je serai innocent,
Je n’aurai plus ni pensers, ni bonté.

L’esprit muré,
Les yeux tombés en oubli,
Je servirai de guide au bonheur.

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Par Ta gloire (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2019



 

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Par Ta gloire et par Ta toute-puissance !
Je ne me laisserai pas distraire de Toi

Ni de jour ni de nuit
Sinon par l’effet du seul mourir

Et d’ici là, à Ta rencontre
J’irai. Peinant.

(Râbi’a)

Illustration: Carl Gustav Jung

 

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LE DON DE JOIE (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
LE DON DE JOIE

Qui trouve au bord du dénuement
sur les remparts de sa faim
une larme discrète
l’amère saveur du chaos
qui du fond de sa solitude
tire un visage attentif
une fontaine coutumière
et parle sans souci de ses propres embûches
celui-là sait que Dieu s’installe dans le corps
pour une éternité première
et rien ne peut plus le distraire
de cette voix qui s’est tue
au centre de l’épi.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Blessé d’une plaie inhumaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

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Blessé d’une plaie inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avance à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint hélas ! n’y connaître rien.

Comme un roc à l’onde marine
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
Et clôt, de peur d’être bénine,
L’oreille au son de mes douleurs

D’autant qu’elle poursuit ma vie,
D’ennuis mon service payant,
Je la dirai mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire,
Çonnaissant mon mal, de la voir ?
Ô ciel rigoureux et contraire !
C’est toi qui contrains mon vouloir,

Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gai papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’ébattant :

Ainsi le désir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait hélas ! qu’aveugle je vole
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lori Earley

 

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EN MER (Paul Gérardy)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



EN MER

Pauvre pêcheur dans la barque
Et la tête entre les mains,
Vers quelle aimée ton songe
Va-t-il si loin de toi ?

Oh ! ta barque est petite
Sur l’immense mer
Et les vents en tumulte
Ont brisé sa mâture.

Nous sommes les sirènes
Au fond des mers d’ennui ;
Oh descends pour nous distraire,
Pêcheur, au fond des mers.

(Paul Gérardy)

 

 

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LA MAISON DANS LE CŒUR (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



 

Illustration: Hiroshige
    
LA MAISON DANS LE CŒUR
Thou-Fou

Les flammes cruelles ont dévoré entièrement la maison où je suis né.
Alors je me suis embarqué sur un vaisseau tout doré, pour distraire mon chagrin.

J’ai pris ma flûte sculptée, et j’ai dit une chanson à la lune ;
mais j’ai attristé la lune qui s’est voilée d’un nuage.

Je me suis retourné vers la montagne, mais elle ne m’a rien inspiré.
Il me semblait que toutes les joies de mon enfance étaient brûlées dans ma maison.

J’ai eu envie de mourir, et je me suis penché sur la mer.
A ce moment une femme passait dans une barque ;
j’ai cru voir la lune se refléter dans l’eau.

Si elle voulait, je me rebâtirais une maison dans son cœur.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Chanson des deux éléphants du paradis (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



II était, il était une fois
Deux éléphants qui ne dormaient pas.

Leurs grands yeux constamment allumés
Effrayaient le monde et les années.

On décida de les enfermer.
Mais nul ne put les emmener.

Il était, il était une fois
Deux éléphants qui ne bougeaient pas.

Ils fixaient toujours le même point
Qui semblait, à chaque fois, plus loin.

Aucun fouet ne les distrayait
Nulle douleur, pas même leurs plaies.

Il était, il était une fois;
Deux éléphants qui ne mouraient pas.

On avait beau leur tirer dessus,
Ils gardaient, malgré eux, le dessus,

Espérait-on la nuit les brûler,
Le feu, à leur contact, s’éteignait.

Cherchait-on alors à les noyer,
Devant eux, la mer s’agenouillait.

II était, il était une fois
Deux éléphants qu’on ne nommait pas.

Ils vivaient leurs mille vies secrètes
Dedans leur regard que rien n’arrête.

Avec leur trompe toujours baissée,
Humaient la terre dans ses pensées.

Il était, il était une fois
Deux éléphants que l’on n’aimait pas.

(Edmond Jabès)

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