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Posts Tagged ‘distraite’

Toi qui m’as tout repris… (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Carrie Vielle (9) [1280x768]

Toi qui m’as tout repris…

Toi qui m’as tout repris jusqu’au bonheur d’attendre,
Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un coeur tendre,
L’amour ! Et ma mémoire où se nourrit l’amour.
Je lui dois le passé ; c’est presque ton retour !
C’est là que tu m’entends, c’est là que je t’adore,
C’est là que sans fierté je me révèle encore.
Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais ;
Il a ta voix, ta voix ! Tu sais si je l’aimais !
C’est là que je te plains ; car plus d’une blessure,
Plus d’une gloire éteinte a troublé, j’en suis sûre,
Ton coeur si généreux pour d’autres que pour moi :
Je t’ai senti gémir ; je pleurais avec toi !

Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite,
Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ?
Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite,
Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim ;
Tu n’y sentiras plus une âme palpitante
Au bruit de tes malheurs, de tes moindres revers.
Ta vie, après ma mort, sera moins éclatante ;
Une part de toi-même aura fui l’univers.
Il est doux d’être aimé ! Cette croyance intime
Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement ;
L’infidèle est content des pleurs de sa victime ;
Et, fier, aux pieds d’une autre il en est plus charmant.

Mais je n’étouffe plus dans mon incertitude :
Nous mourrons désunis, n’est-ce pas ? Tu le veux !
Pour t’oublier, viens voir ! … qu’ai-je dit ? Vaine étude,
Où la nature apprend à surmonter ses cris,
Pour déguiser mon coeur, que m’avez-vous appris ?
La vérité s’élance à mes lèvres sincères ;
Sincère, elle t’appelle, et tu ne l’entends pas !
Ah ! Sans t’avoir troublé qu’elle meure tout bas !
Je ne sais point m’armer de froideurs mensongères :
Je sais fuir ; en fuyant on cache sa douleur,
Et la fatigue endort jusqu’au malheur.

Oui, plus que toi l’absence est douce aux cœurs fidèles :
Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes ;
Son voile a protégé l’ingrat qu’on veut chérir :
On ose aimer encore, on ne veut plus mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carrie Vielle

 

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Seule (Gerty Dambury)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

Seule

Seule à la table
Dans la nuit qui s’emplit d’ombres
La mère écoute
Des notes, une voix souvent.
Elle aime la séduction qui s’échappe
De cette voix
Elle aime et s’en veut à la fois.
Tout à portée de main
Sans efforts, sans souffrances
Pour celle-là, l’autre, l’étrangère
L’ennemie quelquefois,
Sa fille.
Seule à la table
La mère lisse le ciré bleu
D’une main distraite
Et lourde
Elle aime et souffre
Immensément seule parmi ses huit enfants.

(Gerty Dambury)

Illustration: Dominique TREMOIS-CHAZOT

 

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SUR UN MIROIR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Constantin Razoumov

SUR UN MIROIR

Toutes les fois, miroir, que tu lui serviras
À se mettre du noir aux yeux ou sur sa joue
La poudre parfumée, ou bien dans une moue
Charmante, son carmin aux lèvres, tu diras :

« Je dormais reflétant les vers, que sur l’ivoire
Il écrivit… Pourquoi de vos yeux de velours,
De votre chair, de vos lèvres, par ces atours,
Rendre plus éclatante encore la victoire ? »

Alors, si tu surprends quelque regard pervers,
Si de l’amour présent elle est distraite ou lasse,
Brise-toi, mais ne lui sers pas, petite glace,
À s’orner pour un autre, en riant de mes vers.

(Charles Cros)

Illustration: Constantin Razoumov

 

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AMOUR DE PROFIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Richard MacDonald - Tutt'Art@ (1)

AMOUR DE PROFIL

1
Dans le sommeil des feuilles mortes
qui craquent de gel la nuit
sans que personne pose le pied

dans le sang qui bat à la tempe
du dormeur qui ferme les portes
et ne sait plus si lui c’est lui

dans le froissement de la furtive
allant retrouver son amant
au creux des menthes la rivière

dans les paroles de la pluie
dans le feu quand la maison dort
dans la chevêche de minuit

j’entends respirer la secrète
qui n’est jamais là où elle est

2
Songeuse Retirée Rieuse Tempérée
Flexible Détournée Distraite Méditée
Le beau front bombé et sa pâleur d’opale
Les yeux de grand hiver de brasero lent

Toi la pensive et l’incertaine Toi l’innocence
et la malice Toi l’eau qui dort en robe d’eau
Absente Dérobée Naïve Gaie Moqueuse
Furtive Souveraine Altière Intimidée

Indécise Etonnée Limpide Couronnée
Profil nu hésitant dans un miroir brouillé
par les longues pluies de la mélancolie
toi la Reine et la Fée l’enfantine et la grave

je t’écoute écouter J’écoute ton silence
J’écoute les échos les voiles de ta voix
ta voix de feuilles mortes et de vent sur la tempe
qui peut en murmurant faire éclore l’automne

3
Nous deux
Quelquefois un
Les deux doigts de la flamme
Deux c’est ton ombre et moi
ou toi ma silencieuse
nue comme à marée basse
une voix qu’on devine

Nous deux
quelquefois un
Les deux pieds nus du vent
Deux d’eau Le bruit de l’eau
Rêver se taire ensemble

Le ciel mangé de jour
qui n’a qu’un seul regard

Quelquefois un Nous deux

(Claude Roy)

Illustration: Richard MacDonald

 

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Cette fleur (André Rivoire)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



Cette fleur que ses mains, que sa lèvre a touchée.
Et qu’elle a faite sienne entre toutes les fleurs,
Aujourd’hui sans parfum, sans forme et sans couleurs,
en un livre d’amour repose desséchée.

Elle même l’ignore, elle n’a jamais su
en l’oubliant, distraite, après l’avoir cueillie,
que je conserverais la chère fleur vieillie,
et c’est un souvenir que je n’ai point reçu.

Je me suis caché d’elle, et je crains le mystère
entre nous d’un reproche ou même d’un pardon;
en laissant près de moi la fleur à l’abandon,
peut-être sa pitié fut-elle involontaire.

Je ne sais rien de plus, mais je songe parfois
qu’aux soirs de solitude, en ses rêves de femme,
un peu de moi peut-être, a fleuri dans son âme
comme cette fleur vaine a passé dans ses doigts.

(André Rivoire)

Illustration

 

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Il y avait des soirs (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2016



il y avait des soirs où je fredonnais
le thème inaugural de la simple symphony
de Benjamin Britten et dans l’ombre
d’une vieille montagne aux sommets arasés
je marchais d’un pas vif, d’une allure
aisée de patricien d’un siècle englouti
j’ignorais tout des querelles du monde
je ne voulais rien savoir de la présence des tombes
qui cherchent à murmurer leur histoire obscure

mais j’entendais partout comme une réponse
venue de ma propre voix si distraite et si sourde

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: David Caspar Friedrich

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Chanson de la femme assise (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2016



C’est une femme assise
Rongée des soleils.

Ses larmes autrefois
ont boisé la terre.

Son cœur est en feu.

C’est une femme assise
Sur mes genoux. Distraite,
Elle compte les jours.

(Edmond Jabès)

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Comme Toi (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2016




Comme Toi

Elle avait les yeux clairs et la robe en velours
A côté de sa mère et la famille autour
Elle pose un peu distraite au doux soleil
de la fin du jour

La photo n’est pas bonne mais l’on peut y voir
Le bonheur en personne et la douceur d’un soir
Elle aimait la musique, surtout Schumann
et puis Mozart

Comme toi..
Comme toi..
Comme toi que je regarde tout bas
Comme toi qui dors en rêvant à quoi
Comme toi..

Elle allait à l’école au village d’en bas
Elle apprenait les livres, elle apprenait les lois
Elle chantait les grenouilles
Et les Princesse qui dorment au bois

Elle aimait sa poupée, elle aimait ses amis
Surtout Ruth et Anna et surtout Jérémie
Et ils se marieraient un jour peut-être à Varsovie

Comme toi..
Comme toi..
Comme toi que je regarde tout bas
Comme toi qui dors en rêvant à quoi
Comme toi..

Elle s’appelait Sarah elle n’avait pas huit ans
Sa vie, c’était douceur, rêves et nuages blancs
Mais d’autres gens en avaient décidé autrement

Elle avait tes yeux clairs et elle avait ton âge
C’était une petite fille sans histoire et très sage
Mais elle n’est pas née comme toi,
ici et maintenant

Comme toi..
Comme toi..
Comme toi que je regarde tout bas
Comme toi qui dors en rêvant à quoi
Comme toi..

(Jean-Jacques Goldman)

 

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Elle passe des heures émues appuyée à sa fenêtre (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2016



Elle passe des heures émues
appuyée à sa fenêtre,
tout au bord de son être,
distraite et tendue.

Comme les lévriers en
se couchant leurs pattes disposent,
son instinct de rêve surprend
et règle ces belles choses

que sont ses mains bien placées.
C’est par là que le reste s’enrôle.
Ni les bras, ni les seins, ni l’épaule,
ni elle-même ne disent : assez!

*

Sanglot, sanglot, pur sanglot!
Fenêtre, où nul ne s’appuie!
Inconsolable enclos,
plein de ma pluie!

C’est le trop tard, le trop tôt
qui de tes formes décident :
tu les habilles, rideau,
robe du vide!

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Rinat Animaev

 

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Distraite (Anne Tardy)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2015




Distraite,
elle demande son chemin
à une aveugle.

(Anne Tardy)

Illustration

 

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