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LA ROUTE QUE JE N’AI PAS PRISE (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019


 


Auguste Macke  fields

LA ROUTE QUE JE N’AI PAS PRISE

Deux routes divergeaient dans un bois jaune;
Triste de ne pouvoir les prendre toutes deux,
Et de n’être qu’un seul voyageur, j’en suivis
L’une aussi loin que je pus du regard
Jusqu’à sa courbe du sous-bois.

Puis je pris l’autre, qui me parut aussi belle,
Offrant peut-être l’avantage
D’une herbe qu’on pouvait fouler,
Bien qu’en ce lieu, vraiment, l’état en fût le même,
Et que ce matin-là elles fussent pareilles,

Toutes deux sous des feuilles qu’aucun pas
N’avait noircies. Oh, je gardais
Pour une autre fois la première!
Mais comme je savais qu’à la route s’ajoutent
Les routes, je doutais de jamais revenir.

Je conterai ceci en soupirant,
D’ici des siècles et des siècles, quelque part :
Deux routes divergeaient dans un bois; quant à moi,
J’ai suivi la moins fréquentée
Et c’est cela qui changea tout.

(Robert Frost)

Illustration: Auguste Macke

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L’attente (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



 

L’attente

Avant que le timbre impatient ne sonne,
Qu’on n’ouvre la porte et que tu entres, oh !
Anxieusement attendue, l’univers
Doit avoir accompli une série
Infinie d’actes concrets. Nul ne peut
Évaluer ce vertige, le compte
De tout ce que multiplient les miroirs,
Des ombres qui s’étirent et qui reviennent,
De tous les pas qui divergent et convergent.
Le sable ne saurait les dénombrer.
(Dans ma poitrine, l’horloge de sang
Mesure le temps inquiétant de l’attente.)

Avant que tu n’arrives,
Un moine doit avoir rêvé d’une ancre,
Un tigre doit mourir à Sumatra,
Et neuf hommes mourir à Bornéo.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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Les solitaires disent (Avraham Ben-Yitzhak)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017



Illustration: Egon Schiele

    
Les solitaires disent

Le jour lègue au jour un soleil déclinant
Et la nuit se lamente sur la nuit
Un été après l’autre s’achève dans l’effeuillement
Et le monde chante du fond de son chagrin.

Nous viendrons demain à mourir, privés de toute parole,
Et le jour du départ nous trouvera devant la porte à la clôture
Si le coeur se réjouit que Dieu nous ait rapprochés
Il se repentira et tremblera — craignant la traîtrise.

Le jour porte au jour un soleil ardent
Et une nuit après l’autre verse ses étoiles
Sur les lèvres des solitaires le chant s’interrompt :
Nous divergeons par sept chemins mais par un seul nous revenons.

(Avraham Ben-Yitzhak)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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