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Poésie

Posts Tagged ‘divertir’

Dedans ces prés herbus et spacieux (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Albert Pinkham Ryder  -Gay_Head

Dedans ces prés herbus et spacieux,
Où mille fleurs semblent sourire aux Cieux,
Je viens blessé d’une atteinte mortelle
Pour soulager le mal qui me martèle,
Et divertir mon esprit par mes yeux.

Mais contre moi mon coeur séditieux
Me donne plus de pensers soucieux
Que l’on ne voit de brins d’herbe nouvelle
Dedans ces prés.

De ces tapis le pourpre précieux,
De ces ruisseaux le bruit délicieux,
De ces vallons la grâce naturelle,
Blesse mes sens, me gêne et me bourelle,
Ne voyant pas ce que j’aime le mieux
Dedans ces prés.

(Vincent Voiture)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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Au milieu de Paris (Théophile de Viau)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2019



Au milieu de Paris je me suis fait ermite,
Dedans un seul objet mon esprit se limite,
Quelque part où mes yeux me pensent divertir
Je traîne une prison d’où je ne puis sortir,
J’ai le feu dans les os et l’âme déchirée
De cette flèche d’or que vous m’avez tirée.

[…]

(Théophile de Viau)

Illustration

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Chanson de la monotonie de la terre (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



Les mains de la terre
Manquaient de surprises.

On leur donna un homme
A bâtir et endormir.

On leur donna une femme
A fleurir et pervertir.

On leur donna un arbre.
On leur donna la mer.

Les mains déçues noyèrent
Un matin clair, la terre.

(Edmond Jabès)

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L’ARBRE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



Illustration:Laura Zollar
    
L’ARBRE

Enseigne-lui l’étude des arbres. (Georges Séféris)

L’arbre est un fleuve d’étoiles qui s’écoule,
L’arbre tord ses mains, s’apaise, l’arbre est inflexible, l’arbre
N’est rien que la matière qui respire, et la matière est bonne.

L’arbre est la sentinelle du temps.
Il vibre au passage amoureux du soleil, déploie
Ses feuilles, nous invite à veiller aux quatre nuits de l’an qui passe,
Et quand la terre accablée renouvelle
L’inépuisable fécondité de son ventre, il annonce
Le jour qui vient, la montée de la sève jusqu’à la gloire.

[…]

L’arbre semble dormir,
Ne dort jamais, offre aux abeilles
Un refuge au repli de ses branches,
Un trou dans sa cuirasse aux colombes.
Sans jamais divertir, ayant reçu
Nativement sagesse et jugement.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dors, mon garçon (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 
    
Dors, mon garçon

La rage de la mort, les corps torturés,
La révolution, éventail en mains,
Impuissance du puissant, faim de l’assoiffé,
Doute aux mains de doute et aux pieds de doute ;

La tristesse, qui bouge ses colliers
Pour divertir un peu tant de vieillards ;
Tout cela parmi des tombes comme des astres,
Des luxures comme des lunes ;

La mort, la passion dans les chevelures,
Somnolent aussi minuscules qu’un arbre,
Somnolent aussi petites ou aussi grandes
Qu’un arbre poussé jusqu’à toucher le sol.

Aujourd’hui pourtant il est fatigué aussi.

***

Duerme, muchacho

La rabia de la muerte, los cuerpos torturados,
La revolución, abanico en la mano,
Impotencia del poderoso, hambre del sediento,
Duda con manos de duda y pies de duda;

La tristeza, agitando sus collares
Para alegrar un poco tantos viejos;
Todo unido entre tumbas como estrellas,
Entre lujurias como lunas;

La muerte, la pasión en los cabellos,
Dormitan tan minúsculas como un árbol,
Dormitan tan pequeñas o tan grandes
Cómo un árbol crecido hasta llegar al suelo.

Hoy sin embargo está también cansado.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Intelligible sphère (Jean de la Ceppède)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017



 

Intelligible sphère, il est indubitable
Que ton centre est partout, qu’à lui tout aboutit,
Et le ciel, et la terre, et l’enfer redoutable,
Et la tombe, où la mort ta surface abatit.

Mon âme s’en écarte, et pour ce elle pâtit ;
Et veut s’en approcher ; mais l’appât détestable
De cette volupté, faussement délectable,
Par mille objets trompeurs toujours l’en divertit.

Ne veuille plus souffrir que rien l’en divertisse ;
Au centre (où tout se rend) fait que maintenant elle aboutisse,
Ravive la soudain par ton ravivement.

Donne lui tant d’amour pour te faire adhérer
Qu’il passe par de là tout humain jugement,
Comme on ne peut juger de ta circonférence.

(Jean de la Ceppède)

Illustration

 

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Pire Saison (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Pire Saison

Je déteste l’hiver au plumage de givre,
Il rend le coeur fébrile et les nerfs sans influx
Et, menant au regret des bonheurs révolus,
Donne le sentiment de tout juste survivre.

Je vais encore prendre un médiocre livre
Dans la pile de ceux que j’ai quinze fois lus
Pour me plier au sort studieux des reclus,
Avec le vague espoir que l’ennui m’en délivre.

La neige a repoussé le monde loin, si loin
Du rayon de mes pas que je n’ai plus besoin
D’espérer divertir ma torpeur continue.

Face à la cheminée un fulgurant frisson
Me traverse le corps, et la flamme insinue
Que la fin de l’amour est la pire saison.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

Illustration: Ai Xuan

 

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