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Posts Tagged ‘divertissement’

APPROCHES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



 

Alberto Donaire doza-ana

APPROCHES

La poésie n’est pas une manière d’embellir l’existence.
Elle répugne à ce qui est mièvre, ou de l’ordre de la joliesse et de l’ornement.
Elle n’est pas simple divertissement, bien qu’elle concerne
aussi le « Jeu » ; mais là où les mots « jouent » à bousculer nos ancrages.
Là où « jouer » inverse ou renverse l’apparence, la fait pivoter.

*

Il faut au poète une fenêtre sur l’inconnu, un espace que ne gouverne
aucune structure rigide, aucun dogme.
Un regard qui embrasse de vastes et multiples horizons.

*

Définir la poésie est hors de question. Avec sa charge de réel et d’irréel,
son poids de rêve et de quotidien, celle-ci nous devancera toujours.

*

À la question : « Pourquoi écrivez-vous ? »,
Saint-John Perse répond : « Pour mieux vivre. »
C’est ainsi que je le ressens. La poésie multiplie nos chemins ;
nous donne à voir, à respirer, à espérer. Nous offre à la fois
nudité, profondeur et largesse.

(Andrée Chedid)

Illustration: Alberto Donaire

 

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Aux Baléares : L’été passé (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Aux Baléares : L’été passé.

Ce qui fait le prix du voyage,
c’est la peur.

C’est qu’à un certain moment,
si loin de notre pays, de notre langue
(un journal français devient d’un prix inestimable.
Et ces heures du soir dans les cafés
où l’on cherche á toucher du coude d’autres hommes),
une vague peur nous saisit,
et un désir instinctif de regagner l’abri des vieilles habitudes.
C’est le plus clair apport du voyage.

A ce moment-là, nous sommes fébriles mais poreux.
Le moindre choc nous ébranle jusqu’au fond de l’être.
Qu’une cascade de lumière se rencontre,
l’éternité est là.

C’est pourquoi il ne faut pas dire qu’on voyage pour son plaisir.
Il n’y a pas de plaisir à voyager.
J’y verrais plutôt une ascèse.

C’est pour sa culture qu’on voyage
si l’on entend par culture l’exercice de notre sens
le plus intime qui est celui de l’éternité.

Le plaisir nous écarte de nous-même
comme le divertissement de Pascal éloigne de Dieu.

Le voyage,
qui est comme une plus grande et plus grave science,
nous y ramène.

(Albert Camus)

 

 

 

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Rondeaux (Jean Froissart)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Rondeaux

On doit le temps ainsi prendre qu’il vient :
Toujours ne peut durer une fortune ;
Un temps s’en va, et puis l’autre revient :
On doit le temps ainsi prendre qu’il vient.

Je me conforte à ce qu’il me souvient
Que tous les mois avons nouvelle lune ;
On doit le temps ainsi prendre qu’il vient.

Il n’est plaisir, divertissement, ni joie
Qui vienne au cœur, si ce n’est par aimer ;
Je veux le dire, partout ou que je sois:
Il n’est plaisir, divertissement, ni joie;
Les ignorants, je voudrais volontiers
Etre amoureux, pour honorer cet état.
Il n’est plaisir , divertissements, ni joie
Qui vienne au cœur, si ce n’est par aimer.

Duquel des deux fait Amour plus grande cure ?
Ou de la Dame ou du Loyal ami
Quand chacun d’eux en bonne amour procure ?
Duquel des deux fait Amour plus grande cure ?
Je veux me taire, la matière est obscure,
Et je laisserai juger un autre que moi.
Duquel des deux fait Amour plus grande cure ?
Ou de la dame ou du loyal ami?

Si je me plains, ma dame j’ai bien de quoi,
Car vos regards me sont un peu trop fiers:
Adoucissez-les quand les jetez sur moi.
Si je me plains, ma dame, j’ai bien de quoi.
Ils ne me font que tristesse et anoi
Et ce n’est pas ce dont j’ai besoin.
Si je me plains, ma dame, j’ai bien de quoi,
Car vos regards me sont un peu trop fiers.

On écrit bien telle lettre à la chandelle,
Qui plait moult bien quand on la lit au jour.
Amour, je suis dans cette affaire pareil;
– On écrit bien telle lettre à la chandelle –
J’ai en mon cœur écrit la nonpareille
Qui est nommée fleur de marguerite.
On écrit bien telle lettre à la chandelle
Qui plait moult bien quand on la lit au jour.

(Jean Froissart)

Illustration: Ary Scheffer

 

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Les treuils, les cordes, les poulies (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Les treuils, les cordes, les poulies, — les volants et les
leviers — les manettes, les trappes, les glissières — la
poussière et les aboiements — toute la machinerie du
théâtre mental se met en marche, fonctionne à vide,
fonctionne pour le vide, pour le divertissement du
vide…
jusqu’à ce que le fleuve en crue sur lequel est flot
tant ce théâtre, s’engouffre entre les colonnes et les ors,
et apporte un dénouement à une vacance éternelle de
drame. Tout ce qui roule entre mes tempes, de séche
resse et de cailloux, à les faire éclater, comme à travers
un cirque de montagne qui amplifie son grondement, et
roule, et déferle contre vos genoux

(Jacques Dupin)

 

Recueil: Le corps clairvoyant
Traduction:
Editions: Gallimard

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Que devient (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



Illustration: Julien Bourdon
    
— Que devient la tristesse qu’affadit le dégoût,
la mélancolie que l’oubli abandonne,
la contemplation que la foule empêche,
la méditation que le bruit interrompt ?

Que devient le bonheur que la défaite annule
le malheur que le divertissement masque
la révolte que l’angoisse stérilise
l’énergie que le discernement étouffe ?

Que devient la mort que les corps ne vivent plus,
que devient la vie que la mort paralyse ?

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Sans pensée, sans énigme, aucun art n’est art (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



Illustration: Salvador Dali

    
— Sans pensée, sans énigme, aucun art n’est art
sans pensée, sans énigme
le beau n’est que joli
le spectacle, divertissement
la tragédie, mélodrame,
la comédie, farce,
la peinture, image,
la musique, sonorité,
le roman, fiction,
le poème, chanson,
le silence, mutisme,
la solitude, isolement ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Ô lumineux matin (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



Carry Akroyd dragonflies

Ô lumineux matin

Ô lumineux matin, jeunesse des journées,
Matin d’or, bourdonnant et vif comme un frelon,
Qui piques chaudement la nature, étonnée
De te revoir après un temps de nuit si long ;

Matin, fête de l’herbe et des bonnes rosées,
Rire du vent agile, oeil du jour curieux,
Qui regardes les fleurs, par la nuit reposées,
Dans les buissons luisants s’ouvrir comme des yeux ;

Heure de bel espoir qui s’ébat dans l’air vierge
Emmêlant les vapeurs, les souffles, les rayons,
Où les coteaux herbeux, d’où l’aube blanche émerge,
Sous les trèfles touffus font chanter leurs grillons ;

Belle heure, où tout mouillé d’avoir bu l’eau vivante,
Le frissonnant soleil que la mer a baigné
Éveille brusquement dans les branches mouvantes
Le piaillement joyeux des oiseaux matiniers,

Instant salubre et clair, ô fraîche renaissance,
Gai divertissement des guêpes sur le thym,
– Tu écartes la mort, les ombres, le silence,
L’orage, la fatigue et la peur, cher matin…

(Anna de Noailles)

Illustration: Carry Akroyd

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Vous qui par jeu pénétrez notre ciel (Giani Esposito)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2015



Vous qui par jeu pénétrez notre ciel
Altérez notre soif pour que l’avide
en nous l’enseveli le seul vivant
se défigure
à votre image soit
l’espace
et l’inquiet mouvement d’ailes
le don de soi
et la clarté diffuse
qu’il soit énigme
à votre ressemblance
utile autant qu’un divertissement
et rêverie autant qu’une idée-mère

Oiseaux des profondeurs
vous qui jamais
n’avez quitté la face des abîmes
poètes

(Giani Esposito)

Illustration: Chantal Dufour

 

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