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J’ai de vous un souvenir amer (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019


 

J’ai l’imagination docile
S’il faut dessiner des yeux gris.
Dans ma solitude provinciale
J’ai de vous un souvenir amer.

Heureux captif de belles mains
Sur la rive gauche de la Néva,
Mon illustre contemporain,
Tout s’est passé comme vous le vouliez,

Vous avez ordonné : Suffit,
Mets ton amour à mort!
Je me défais, je ne veux plus rien,
Mon sang est de plus en plus triste.

Si je meurs, est-ce que quelqu’un
Transcrira pour vous mes poèmes?
Les mots que je n’aurai pas dits,
Qui prendra soin de les faire sonner?

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alex Alemany

 

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Nuages épars (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
Nuages épars
désemparés
édredons moisis
égarés par hasard

Dociles
ils attendent
la brise bergère
qui leur désignera
le sens
les rassemblera
vers l’horizon
censé devenir leur

Passagèrement

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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AZRAEL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



Illustration: Gustave Doré 
    
AZRAËL

Ailes mortes, ailes mortes en moi,
Tomber, c’est renaître
Hors de la solitude, dans la mer —
La mère des âmes égarées, des voyageurs perdus
Et des exilés du ciel.

Le souvenir de la terre est comme un poids
De vagues et d’îles; dans mon sang et mes os
La pesanteur de mon incarnation,
Plus forte que ma volonté d’être singulier,
Me brise et me détruit, me rappelle en mon lieu.

Prisonnier de ma faute, de ma beauté, de mon vouloir,
Des cellules de la vie transparentes mais murées,
Délivré par la mort innocente, je m’abîme avec joie
Dans la tombe ouverte de la terre, de la mer et de l’air,
Docile comme une pierre, un ange, ou une étoile.

Tomber, c’est renaître,
Attiré au sommet profond d’un baiser;
La mort et la naissance
Ne sont qu’un même sommeil, une grâce unique
Qui infléchit tous les trajets à la courbe de la terre.
Mon désir superbe est inféodé à la paix de l’amour
Qui régit les orages, les guerres, l’essor des ailes.

***

AZRAEL

Dead wings, dead wings in me,
To fall deep is to rise
Out of the solitude, into the sea
Mother of all lost souls, lost travellers
And aliens of the skies.

The memory of earth is like a burden
Of waves and Islands, in my blood and bone
The heavy substance of my incarnation
Stronger than my will to be atone
Breaks me and destroys me, calls me home.

Frisotter of my guilt, my beau*, and my will
The cells of life with windows but no door,
Freed now by harmless death, I gladly fall
Info the open grave of earth and sea and air
Obedient as a stone, an angel, or a star.

To fall deep is to rise
Drawn to the deep summit of a kirs,
And death and birth
Are but the same sleep and the single grace
That bends all courses to the round of earth.

My grandiose Just is subject to love’s peace
That rules all storms, and soaring wings, and vars.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Imagine, imagine! (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2018



 

nuage

Imagine, imagine!

Si tu ne pouvais plus répondre
au téléphone et dire « allôô »,
si tu n’allais plus dîner
obéissant docile au schéma…
Imagine, imagine! Pourrais-tu l’imaginer?

(Patrizia Cavalli)

 

 

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La beauté (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



La beauté

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Albert-Ernest Carrier

 

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DANS MA BÊTE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
DANS MA BÊTE

Je me retire dans ma bête
Avec mon miel, ma planche à clous,
Deux rossignols brouteurs d’idées,
Un jeune azur, un vieux cloaque
Et six fleuves docilement
A mes pieds comme de bons chiens.

Je me retire dans ma bête
Avec mon miel, ma planche à clous
Et juste ce qu’il faut de mouches
Pour tourner au nez d’un lion.
J’emporte tout, je ne vous laisse
Que ma couronne sur le seuil.

J’ai soif ; ma bête
Me tend la bouche.
J’ai faim, ma bête
Me tend le sein.

Chaud qu’il fait dans ma bête et doux !
Il fait éternel, éternel…
Ma bête est une grotte lisse
Comme le ventre de ma mère.
J’emporte tout, je ne vous laisse
Que ma couronne sur le seuil.

J’ai peur, ma bête
Me tend son aile.
J’ai froid, ma bête
Me tend son ventre.

Ah, je suis l’oeuf dans sa coquille !
Par un grand festin solitaire,
Je goberai tous mes trésors,
Mes fleuves, mes lions, mes mouches,
Ne gardant pour seule fortune
Que mon miel et ma planche à clous.

J’ai sommeil, ma
Bête me tend
Son insondable
Obscurité.

— Et toi, va briller sur leurs têtes,
Couronne de papier brûlé !

(Norge)

 

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Une nuit je pris entre mes mains ton visage (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Une nuit je pris entre mes mains
ton visage. La lune l’éclairait.
Ô la plus insaisissable des choses
sous un excès de pleurs.

C’était presque un objet docile, simplement là,
calme comme une chose, à le tenir.
Et cependant il n’était pas, dans la froide
nuit, d’être qui m’échappât plus infiniment.

***

Einmal nahm ich zwischen meine Hände
dein Gesicht. Der Mond fiel darauf ein.
Unbegreiflichster der Gegenstände
unter überfließendem Gewein.

Wie ein williges, das still besteht,
beinah war es wie ein Ding zu halten.
Und doch war kein Wesen in der kalten
Nacht, das mir unendlicher entgeht.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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Ivresse rimbaldienne (Nimrod)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




    
Ivresse rimbaldienne

Un bleu outremer guette au fond de mon oeil son écho.
Toujours je le préférai aux joies réverbérantes.
Il m’offre à toute heure du jour l’ivresse des solitudes.
je suis l’empailleur de l’espoir ici-bas, son tombeau incomparable !

L’enfance est un passeport égaré le long des routes
Indélicates. Elles desservent des foules des forêts
Abruptes et bourrues, insensibles à la patience des nuages.

Où s’en sont allées mes jeunes années ? Le temps les frictionne
De son amour universel. J’en appelle à l’ordre luciférien
Sans perdre de vue ni la douceur des nuées
Ni la beauté des ombres dociles errantes

Il ne tient qu’à moi de leur tourner le dos.
De chiffrer leurs mêlées leurs aises sur le plancher des vaches.
Le bonheur un brin paresseux suit sa pente.

(Nimrod)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Ce sentiment là (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration: Marie-France Le Clainche
    
Oh! Je ne me révolte pas.
Jamais je ne me suis révoltée. Il est grand!

Je l’adore, je m’incline, aussi religieuse maintenant que jadis,
devant sa pensée infinie dont je suis victime.

Et j’accepte avec une sérénité sans espoir d’être,
moi, le rien, sacrifiée à ses fins.

Il me semble que si j’étais une pauvre pièce de toile,
je me soumettrais ainsi avec une douleur affectueuse et docile
à la torture des ciseaux et de l’aiguille,

par respect et par amour
pour le chef-d’oeuvre inconnu de l’ouvrière.
Ce sentiment là, ce doit aussi être une piété.

(Marie Noël)

 

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CHANT DE LA LOINTAINE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



CHANT DE LA LOINTAINE

… Je serai, dans ton coeur, l’été sans fin des îles
Du Sud, un paysage vierge où tes accords
Connaîtront la beauté de se sentir dociles
Au rythme élyséen des lignes de mon corps ;

Je serai le sanglot de la bonne fontaine
Où toute soif d’amour boit les couleurs du soir,
Et tu t’étonneras de trouver la Lointaine
A la première étape, en ton chemin d’espoir!

Je serai ta Forêt, tes Nuages, ta Plaine,
Tout ce qui sourira de te revoir si grand,
Car la mort des printemps fit douce mon haleine,
Dernier effort de brise en un jardin dormant ;

Je quitterai pour toi le vitrail du soleil
Et tu me trouveras assise sur ta couche
La rose du silence au coin de cette bouche
Et dans ces mains de miel la coupe du sommeil.

A ton recueillement je serai solitude,
A ton labeur, silence ; et je t’enseignerai
A façonner tes vers selon les attitudes
Des cygnes riverains, anges des cieux sombrés.

Je serai l’heure franche où tintent les matines,
L’odeur de l’ombre et de la terre quand il pleut,
La voix des moissonneurs derrière les collines,
Toute la joie immense en pleurs de l’été bleu ;

Et je serai la nuit! ma robe est la poussière
Des noctuelles d’or sous la lune moirée ; —
Le battement muet et lent de mes paupières
Est un essaim dormant de mirtils des forêts.

Pour plaire à tes bonheurs, j’apparaîtrai sereine
Comme un nuage heureux suspendu dans l’éther,
Mais parfois triste aussi, pour séduire tes peines,
Comme un adieu d’enfant à de candides mers.

Avec un peu d’eau vive et de vent et de sable
Je saurai recréer tes visions d’enfant ;
Avec quelques brins d’herbe une forêt de fable
Pour y bercer ton coeur orphelin du vieux temps.

Je sais des lieux dormants, mystérieux, semblables
Aux paysages purs qui rêvent dans le coeur.
Un charme ténébreux, tendre, indéfinissable
Y chuchote mon nom dans les arbres pleureurs.

Je me couvrirai d’un manteau de somnolence
Semé de fleurs comme une nuit de la Saint-Jean,
Et la mousse, l’écho, la lune, le silence
Reconnaîtront en moi la soeur du confident.

Heureux de pouvoir comparer ta Foi nouvelle
A l’aloès qu’enfante un siècle de torpeurs,
Tu t’agenouilleras, et ma chair sera belle
De la couleur de l’ombre et de la mort des fleurs!

Puis, trouvant à ma bouche un goût de fruit sauvage
Tu béniras ma vie et tu me souriras
Comme un enfant rêveur sourit á son mirage
Dans une eau calme, à l’heure où le soleil est bas.

Tu dénoueras, dans le midi, ma chevelure
Où se débattront des papillons aveuglés,
Et tu diras :« Voici l’été ; la terre est mûre ;
La moire des vents lourds se couche sur Ies blés ;

La vapeur d’or d’un grand sommeil doucement flotte
Sur la plaine ; le jour défaille de douceur ;
Je ris, et l’on dirait que mon rire sanglote
Dans la mélancolie immense du bonheur.

Confidente de l’ombre et des saules bruissants,
J’ai peur de tes chansons qui s’achèvent en thrènes
Je sens souffrir ma vie au profond de tes veines,
Ton cher reflet sommeille au secret de mon sang.»

Et tu diras encor : « J’aime ta bouche agreste,
Les sources de ton rire et le goût de ton coeur.
Vois! le ciel semble avoir pâli de notre inceste ;
Ton nom d’amante est beau ; dis-moi ton nom de soeur. »

— Je rirai doucement de te voir pris au piège
De ma tendresse et de mon charme, et je dirai :
« L’amour est pur comme un parfum de perce-neige
Au mois du renouveau, dans l’antique forêt.

L’amour, cher ciel bleu-gris fait d’âmes apaisées,
Voix du pardon nocturne au jardin repentant
Où l’insomnie heureuse enfante les rosées,
L’amour, tout ce qu’on pleure et tout ce qu’on attend! »

— Comme elle sonne loin, dans les feuilles trop mûres,
L’automnale chanson prometteuse d’étés!
J’ai vu s’éteindre, au jardin fou des chevelures,
Les juillets de mon âme aux midis exaltés.

Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute,
La tristesse du jour comme l’ennui du soir.

Je me suis embarqué, sur le fleuve des âmes,
Pour le royaume des orgueils découronnés,
Et mon indifférence abandonne les rames
A l’onde léthéenne où je me reconnais ;

Et mon coeur est la cloche où s’exaspère et clame
Sous le batail géant un sinistre péan,
Et le néant de tout se couche sur mon âme
Comme sur les noyés le poids de l’océan.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

 

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