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Lait noir de l’aube (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



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Lait noir de l’aube nous le buvons dans le noir
nous le buvons le matin le midi nous le buvons dans la nuit
nous buvons et buvons
nous creusons une tombe dans l’air nul n’y est à l’étroit
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit vers le soir en Allemagne ta chevelure d’or marguerite
il l’écrit et passe devant la maison et brillent les étoiles il siffle ses dogues
il siffle ses Juifs creusez donc une tombe dans la terre
il nous ordonne à présent jouez donc pour la danse

il crie jouez la mort de façon plus suave la mort est un maître venu d’Allemagne
il crie raclez vos violons de façon plus sombre ainsi vous monterez dans l’air en fumée
ainsi vous aurez une tombe dans les nues nul n’y est à l’étroit

Lait noir de l’aube nous te buvons dans la nuit
Nous te buvons le midi la mort est un maître venu d’Allemagne

ta chevelure d’or marguerite
tes cheveux de cendres Sulamith

(Paul Celan)

Illustration

 

 

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À quels travaux forcés Hitler est-il condamné en enfer ? (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2015



À quels travaux forcés Hitler
est-il condamné en enfer ?

Peint-il des murs ou des cadavres ?
Flaire-t-il le gaz de ses morts ?

Le nourrit-on avec les cendres
de tant d’enfants carbonisés ?

Ou le fait-on, depuis sa mort,
boire du sang à l’entonnoir ?

Ou martèle-t-on dans sa bouche
les dents arrachées pour leur or ?

Ou le couche-t-on pour dormir
sur ses pointes de barbelés ?

Ou, pour les lampes de l’enfer,
couvre-t-on sa peau de tatouages ?

Ou est-il mordu sans pitié
par les dogues noirs du grand feu ?

Ou doit-il sans fin, jour et nuit,
marcher avec ses prisonniers ?

Ou doit-il mourir sans mourir
éternellement sous le gaz ?

(Pablo Neruda)

Illustration: George Grosz

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Midi au village (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2015




Midi au village

Nul troupeau n’erre ni ne broute ;
Le berger s’allonge à l’écart ;
La poussière dort sur la route,
Le charretier sur le brancard.

Le forgeron dort dans la forge ;
Le maçon s’étend sur un banc ;
Le boucher ronfle à pleine gorge,
Les bras rouges encor de sang.

La guêpe rôde au bord des jattes ;
Les ramiers couvrent les pignons ;
Et, la gueule entre les deux pattes,
Le dogue a des rêves grognons.

Les lavandières babillardes
Se taisent. Non loin du lavoir,
En plein azur, sèchent les hardes
D’une blancheur blessante à voir.

La férule à peine surveille
Les écoliers inattentifs ;
Le murmure épars d’une abeille
Se mêle aux alphabets plaintifs…

Un vent chaud traîne ses écharpes
Sur les grands blés lourds de sommeil,
Et les mouches se font des harpes
Avec des rayons de soleil.

Immobiles devant les portes
Sur la pierre des seuils étroits,
Les aïeules semblent des mortes
Avec leurs quenouilles aux doigts.

C’est alors que de la fenêtre
S’entendent, tout en parlant bas,
Plus libres qu’à minuit peut-être,
Les amants, qui ne dorment pas.

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Julien Girard

 

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