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Poésie

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Que de fois (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

Vladimir Volegov

Que de fois, un rêve
nous fait, de jour, prendre les armes,
accuser, défendre — ah femme nôtre ! —
une aigrette sur la lune !

— Ah, femme, plus qu’un corps,
âme presque, au point
où celui-là va vers celle-ci
et où l’âme est presque celui-là :
germe de confusions
de vérité et de mensonge ! —

Femme, et nous ne savons pas
quel domaine est le tien ;
où prendre ta part, rose ambiguë !

***

¡Qué de veces, un sueño
nos hace tomar armas en el día,
acusar, defender — iay mujer nuestra—
a un vilano en la luna!

—¡ay, mujer, más que cuerpo,
casi alma, en el punto
en que aquél va hacia ésta
y el almas es casi aquél;
jermen de confusiones
de verdad y mentira!—

¡Mujer, y no sabemos
qué dominio es el tuyo;
dónde tomar tu parte, ambigua rosa!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Vladimir Volegov

 

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La Famille Dupanard de Vitry-sur-Seine (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



    

La Famille Dupanard
de Vitry-sur-Seine

1
La tribu Dupanard
Les parents les moutards
Habit’nt dans un gourbi
A Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quelle veine!

2
Le papa Dupanard
A jadis fait son lard
Au retour d’ Biribi
A Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quelle aubaine!

3
La maman Dupanard
S’est rangé’ sur le tard
E11′ buvait des anis
À Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quelle haleine!

4
Le p’tit Louis Dupanard
D’habitude couche au quart
Puis il fait son fourbi
A Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quell’ vilaine!

5
La Louison Dupanard
A des patt’s de canard
Des poils de ouistiti
A Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quell’ Sirène!

6
Au musé’ Dupuytren
Il y en a encor un
Il n’a pas fait son lit
À Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quelle peine!

7
Dans l’caveau familial
Ils iront c’est fatal
C’est la mort c’est la vi’
À Vitry
À Vitry-sur-Seine
Ah! quel domaine!

8
Puis on les oubliera
Tôt ou tard c’est comm’ ça!
À Pékin à Paris
A Vitry
A Vitry-sur-Seine
Faridondaine !

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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La compagne du vannier (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    
La compagne du vannier

Je t’aimais.
J’aimais ton visage de source raviné par l’orage
et le chiffre de ton domaine enserrant mon baiser.

Certains se confient à une imagination toute ronde.
Aller me suffit.

J’ai rapporté du désespoir un panier si petit, mon amour,
qu’on a pu le tresser en osier.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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Elle n’a pas encore pu dénombrer toutes ses terres (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



    

Elle n’a pas encore pu dénombrer toutes ses terres.
Actuellement elle séjourne à la hauteur des épaules. On
laisse entendre que très prochainement elle rejoindrait
ses domaines frontaux.

Elle travaille. À s’ouvrir les mains.

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

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Je me nomme Poète (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



Je me nomme Poète

Au-dessus du Poète
Il y a la Poésie
Cette langue des dieux
Et par-delà
L’imaginaire est Roi
J’étais le Commandeur
De ce domaine
Devenu mon Royaume

Je me rappelle
Les Mots et les Paroles
Je les traque
Et les retraque
Je les attrape
Puis je les perds
Je les rattrape
Puis les reperds
Ont-ils un sens
Ces Mots ?
Ces Paroles ?
Quelle importance
Leur nom est Amour
Et je me nomme Poète.

(Andrée Chedid)

 
Illustration: René Baumer

 

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Je ne vois plus le soleil (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017




    
Je ne vois plus le soleil ni l’eau ni l’herbe m’étant
emprisonné où nul matin n’a de domaine si dans le
cube pur de la nuit je distingue d’autres branchages que
sur l’arche des pensées je les chasse je les cache

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Je suis un crabe ponctuel
Editions: Gallimard

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Bien sûr (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Bien sûr veille au bout du chemin
la grande bête rageuse.
Bien sûr dans la nuit tâtonnante
elle finira par trouver
le défaut de notre coeur.
Alors nous entrerons dans le domaine creux,
sans ombre ni mémoire
– ni toi ni moi, mais longue et froide transparence.

Vite, serrons entre nos mains nos visages,
l’impatience et la chaleur du sang.

(Jean Joubert)


Illustration: William Bouguereau

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L’empreinte (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017




L’empreinte

Je m’appuierai si bien et si fort à la vie,
D’une si rude étreinte et d’un tel serrement
Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie
Elle s’échauffera de mon enlacement
La mer, abondamment sur le monde étalée
Gardera dans la route errante de son eau
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau
Je laisserai de moi dans le pli des collines
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir
Et la cigale assise aux branches de l’épine
Fera crier le cri strident de mon désir.
Dans les champs printaniers la verdure nouvelle
Et le gazon touffu sur les bords des fossés
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressés
La nature qui fut ma joie et mon domaine
Respirera dans l’air ma persistante odeur
Et sur l’abattement de la tristesse humaine
Je laisserais la forme unique de mon cœur

(Anna de Noailles)

Illustration: Jean Paul Avisse

 

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POULS (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



    

POULS

Les larmes qui passent, devenant
notre domaine,

le conseiller bien intentionné
elles attendent, attendent !

L’opacité qui s’est glissée
sur l’oeil,

la bouche chaude, arche de désir,
asséchée par le sel,

la langue enracinée qui a imité
la libre alouette,

la névrose lasse qui
pourtant ne s’arrête,

et moi, et toi,
et tous les hommes renards,

tous les hommes pourchassés,

et seulement pour un instant,
de temps à autre,

la rencontre féroce devant
le portail brisé,

la lampe qu’on se passe en vitesse
de la main à la main,

le soupir haletant et
le contact, l’étincelle,

l’élan qui, en un battement de pouls,
laisse la main

bondir comme un poisson hors du filet
en bataille de la nuit !

***

PULSE

The tears that pass, becoming
our estate,

the well-intended counsel
wait and wait!

Opacity that crept
upon the eye,

the hot mouth, arch of want,
grown salty dry,

the rooted tongue that copied
the free lark,

the tired neurosis that
still never stops,

and I, and you,
and all foxlike men,

and all hunted men,

and only for one moment,
now and then,

the fierce encounter at
the broken gate,

the lantern quickly snatched
from hand to hand,

the gasping whisper and
the touch, the spark,

the flush that, for one pulse beat,
lets the hand

leap fishlike from the struggling
net of dark!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Tes yeux regardent l’eau (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



Tes yeux regardent l’eau, et soulèvent les vagues,
tes mains vont vers la terre, en y lâchant les graines,
l’eau et la terre où sont tes domaines profonds
se sont unies en toi par la loi de l’argile.

(Pablo Neruda)

Découvert ici: https://poisonetcaramel.wordpress.com/

Illustration: Carolus-Duran 

 

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