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Poésie

Posts Tagged ‘dominer’

La poésie domine l’absurde (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



La poésie domine l’absurde.
Elle est l’absurde suprême:
La cruche élevée à hauteur de la bouche amoureuse
Emplissant celle-ci de désir et de soif, de distance et d’abandon.
Elle est l’inconstance dans la fidélité.
Elle envoisine l’isolé.

(René Char)

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Mon corps est transparent (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

Danny Quirk g31 [1280x768]

Mon corps est transparent
Et je regarde vivre ma vie
Que mon coeur chronomètre
Mais cela est trop effrayant
Je ne puis regarder ainsi tout l’hiver
J’aperçois le point de fuite
Puisque mon corps est transparent
Je vais passer au travers

Mais les musiciens où sont-ils
A quoi peut penser la feuille qui tombe
Elle qui fut si verte
Et habituée à dominer
Elle doit penser que nous allons marcher sur elle
Et son arbre comme il doit avoir de la peine
Que le méchant lui enlève ainsi une à une toutes ses feuilles
Les arbres ont donné bien des filles à l’automne
Tout au long de leur si longue vie
Que de piteux concubinages
Que de chagrin doit s’amasser au fond de leur vieux coeur
Mais on ne s’aperçoit de rien
L’arbre paraît insensible quand le vieux lui prend ses filles
Et les feuilles tombent en tournoyant aimablement
Elles finissent sur une figure de ballet
En vérité
Les feuilles savent mieux tomber que nous

(Pierre-Albert Birot)

Illustration: Danny Quirk

 

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LES CARACTÈRES ILLISIBLES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
LES CARACTÈRES ILLISIBLES

Ce que tu assembles, ce que tu divises
se passe au fond de ton sang
hors de ta volonté : tu assistes
et tu te révoltes de n’être qu’un témoin
sans nul pouvoir.

Cette faible vie, tu aurais voulu la dominer
et tu ne parviens
(à force de vigilance)
qu’à percevoir en deçà et au-delà
des éclairs indéchiffrables
quelques lointains roulements
annonçant que tout se prépare.

Bientôt ce qui est imprévu sera là
et ce que nous attendions s’enfuira.
Nous serons atteints par surprise
sans avoir compris sans savoir lire
les figures de nos propres rêves
pourtant inscrites en lettres géantes
sur la face changeante des nuages.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Phénomène (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



 

Une fille à pelage de bête
était montrée aux badauds
et ceux-ci repartaient
dans le couchant forain
cependant qu’elle
ayant fait sa journée
cassait l’oeuf du dîner
avec un couteau sombre
pour après s’endormir
dans l’odeur du ravin
que dominait la fête.

(Jean Follain)

 

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Création (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



 

Création

Voilà ce que c’est: une lassitude,
L’horloge ne veut pas se taire;
Un tonnerre s’apaise au loin.
Voix inconnues, voix prisonnières,
Je les entends gémir et se plaindre.
Un cercle mystérieux se resserre,
Mais dans cet abîme de bruits et de murmures
Se dresse un son, un seul, qui domine tout.
Autour de lui tout se tait si strictement
Qu’on entend pousser l’herbe dans la forêt,
Et passer le Mal avec sa besace sur la terre.
Mais voici que soudain on distingue des mots
Et les signaux des rimes légères, —
Alors je commence à comprendre,
Et ces strophes simplement dictées
Se rangent dans le cahier blanc comme neige.

*

Je n’ai que faire des odes et de leurs bataillons,
Des subtiles élégies et de leurs séductions;
Pour moi, il faut dans les vers que tout soit à côté,
Pas comme chez les gens.

Si vous saviez avec quelles ordures
On fait pousser les vers, sans la moindre honte,
Comme un pissenlit jaune près de la clôture,
Comme les bardanes et l’arroche.

Un appel irrité, l’odeur du goudron frais,
Une mystérieuse moisissure sur le mur…
Et le vers chante déjà, railleur, tendre,
Pour votre joie et la mienne.

(Anna Akhmatova)

 

 

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FRAGMENTS POUR DOMINER LE SILENCE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018




FRAGMENTS POUR DOMINER LE SILENCE

I
Les forces du langage sont les dames solitaires,
désolées, qui chantent à travers ma voix que j’écoute
au loin. Et loin, sur le sable noir, gît une fille dense
de musique ancestrale. Où est la véritable mort ? J’ai
voulu m’éclairer à la clarté de mon manque de clarté.
Les bouquets se meurent dans le souvenir. La gisante
niche en moi avec son masque de louve. Celle qui
n’en put mais et implora des flammes et nous
brûlâmes.

II
Quand s’envole le toit de la maison du langage et
que les mots n’abritent plus, je parle.

Les dames en rouge se sont égarées dans leurs
masques et pourtant elles reviendront sangloter
parmi les fleurs.

La mort n’est pas muette. J’entends le chant des
endeuillés colmater les lézardes du silence. J’entends
tes pleurs très doux fleurir mon silence gris.

III
La mort a restitué au silence son prestige envoûtant.
Et je ne dirai pas mon poème, mais si, je dois le dire.
Même si le poème (ici, maintenant)
n’a pas de sens, ni de destin.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Frank Cadogan Cowper

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L’ARMOIRE AUX ÉPICES (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2018



L’ARMOIRE AUX ÉPICES

Elle est en merisier ;
c’est l’armoire de ma grand-mère.
Le safran, la verveine, le poivre,
la noix de muscade et le clou de girofle y font bon ménage avec la riche cassonade.
Mais le thym, le laurier, le café, la cannelle sont les seigneurs de ce petit royaume ;
vassaux toutefois de la reine Vanille, la longue fée en robe noire
qui les domine tous par la taille, le parfum, la noblesse.

(Norge)

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Grand Maître des absences (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



Nul ne sait, combien ce qu’il refuse,
l’Invisible, nous domine, quand
notre vie à l’invisible ruse
cède, invisiblement.

Lentement, au gré des attirances
notre centre se déplace pour
que le coeur s’y rende à son tour
lui, enfin Grand Maître des absences.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Cyn McCurry

 

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Une corbeille (Yûryaku)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



jeune filles

 

Une corbeille, oui,
Une jolie corbeille tu portes.
Un couteau, oui,
Un joli couteau tu portes.
Sur cette colline
Tu cueilles des herbes, jeune fille!
je veux apprendre où est ta maison
Dis-moi ton nom !
Sur le pays de Yamato
Celui qui domine partout,
C’est moi !
Celui qui règne partout,
C’est moi!
A moi donc
Tu les diras bien
Et ta maison et ton nom.

(Yûryaku)

 

 

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Quand vous êtes très loin de moi (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

Boleslas Biegas

Quand vous êtes très loin de moi mon mal
qui dure déjà depuis tant de mois
me domine à son bon vouloir et non selon la volonté
de notre dure réalité.

Dure réalité qui réclame seulement ma mort.
Mais moi je ne meurs pas, comme qui pris de nausée
refuse de vomir. On a toujours tort
de ne pas céder : malgré cela Seigneur

comme tout le monde moi je vous rends raison.
Ainsi vaut-il mieux que vous soyez au loin.
Au lieu de mourir, j’écris sur vous.

Pour cela, me restera vierge votre manière
de jouer à être un homme,
seule source de joie de mon passage au monde.

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration: Boleslas Biega

 

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