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SUR LA TRISTESSE D’AUTRUI (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




SUR LA TRISTESSE D’AUTRUI

Puis-je voir le malheur d’autrui
Sans sa tristesse partager ?
Puis-je voir la douleur d’autrui
Sans tâcher de la soulager ?

Puis-je voir tomber une larme
Sans prendre ma part de tristesse ?
Un père peut-il voir pleurer
Son enfant sans être attristé ?

Une mère, entendre impassible
Un bébé gémir, apeuré ?
Non, non, jamais ce ne peut être,
Jamais, jamais ce ne peut être !

Le Souriant, peut-il entendre
Petits chagrins de roitelet,
Soucis et peines d’oiselet,
Malheurs qu’endurent les bébés,

Sans se tenir là, près du nid,
A verser en leur sein pitié,
Sans se tenir près du berceau
A pleurer les pleurs du bébé,

Sans se tenir là jour et nuit
A essuyer toutes nos larmes ?
Oh non, jamais ce ne peut être,
Jamais, jamais ce ne peut être !

Il fait à tous don de sa joie,
Il se change en petit enfant.
Il se change en homme de peine,
Et il prend part à leur tristesse.

Ne crois pas pouvoir soupirer
Sans que soit là ton créateur,
Ni pouvoir verser une larme
Sans que près soit ton créateur.

Oh, de sa joie il nous fait don
Pour pouvoir chasser notre peine ;
Tant que n’a pas fui notre peine,
Il est là, tout près, et gémit.

***

ON ANOTHER’S SORROW

Can I see another’s woe,
And not be in sorrow too?
Can I see another’s grief,
And not seek for kind relief?

Can I see a falling tear,
And not feel my sorrow’s share?
Can a father see his child
Weep, nor be with sorrow filled?

Can a mother sit and hear
An infant groan, an infant fear?
No, no, never can it be,
Never, never can it be!

And can he, who smiles on all,
Hear the wren with sorrows small,
Hear the small bird’s grief and care,
Hear the woes that infants bear,

And not sit beside the nest
Pouring pity in their breast,
And not sit the cradle near
Weeping tear on infant’s tear,

And not sit both night and day,
Wiping all our tears away?
Oh, no, never can it be,
Never, never can it be!

He doth give his joy to all,
He becomes an infant small.
He becomes a man of woe,
He doth feel the sorrow too.

Think not thou canst sigh a sigh,
And thy maker is not by;
Think not thou canst weep a tear,
And thy maker is not near.

Oh, he gives to us his joy
That our grief he may destroy;
Till our grief is fled and gone,
He doth sit by us and moan.

(William Blake)

Illustration

 

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: René Magritte

 

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Au vif de l’ultime foulée (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Egor Shapovalov
    
au vif
de l’ultime foulée
le don

franchir le ciel
un arrêt
sur chaque nuage

efface les lignes
écoute le rythme
exerce l’être

une toupie de nerfs
pour prendre la vie
de vitesse

face aux étoiles
la main se retourne
dans l’oubli de la cible

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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À l’intérieur de la substance essentielle (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017



Illustration: Gao Xingjian
    
À l’intérieur de la substance essentielle
La promesse d’un don
L’astre de la délivrance est tout blanc
Tellement blanc qu’il est invisible
Il faut deviner ses formes et son trajet
Car c’est lui qui montre le chemin
Pour parvenir à une trouée de lumière
Aussi puissante que la Vérité.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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CALME (Bernard de Naillac)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017



Illustration: Ivan Calatayud
    
CALME

Je ne veux rien de toi, rien… sinon ta présence.
Oh ! laisse-moi, petite, espérer ce beau don ?
Celui d’un court moment, ta seule complaisance,
Rien qu’un instant perdu. Te voir ; mais d’amour, non !

Pas d’amour. Oh ! l’amour fait mal, aigrit ou brise ;
C’est un jeu trop cruel ! Et déjà j’ai souffert
De me voir lâchement désirer son emprise,
Cependant qu’insoumis… hors de sa loi de fer.

J’ai trop appréhendé, trop attendu ce rêve,
Trop cherché dans l’amour un idéal vainqueur,
Inatteignable en fait. De la part que cède Eve,
Je ne pouvais avoir qu’amertume et rancœur !

C’est une loi fatale… Oui, j’ai souffert, te dis-je,
Et je ne le veux plus — non, plus d’amour, oh ! non.
Que cette intimité — calme — soit un prodige ?
Peut-être ! mais ce geste, à lui seul, est pardon…

(Bernard de Naillac)

 

Recueil: Etincelles

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Un tremblement de l’esprit (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017




    
Au tout début de cette lettre
une mouche est venue par la fenêtre
s’est égarée dans la maison
Elle se cognait partout
aux murs aux lampes aux vitres
perdant de ses forces de son allure
à bout de souffle à bout de songe
Enfin elle a trouvé
la faible ouverture d’une porte
entrebâillée
et d’un seul coup l’infini
le grand large le ciel fin

Eh bien Nella je suis dans le monde
comme cette mouche dans la maison
Je perds mes forces mon goût
je cherche partout un passage
une lisière une source
une parole aussi ample qu’un ciel
un amour aussi grand que l’amour
et quand je retrouve ma solitude
qui n’est pas une solitude
qui n’est pas un abandon un oubli
une perte
qui est un don une flamme
une aurore

Oui quand je retrouve ma solitude
je suis comme cette mouche
à l’instant du passage de la porte
rendu à l’abondance
rendu au calme au clair
et plus rien devant moi que Dieu
qui peut-être existe peut-être n’existe pas
plus rien devant moi
que la fleur immaculée de vivre
baignée d’air pur
Un tremblement de l’esprit
comme d’un linge sur un fil

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Instant du don (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017




    
Instant du don,
Quand, pour la première fois,
Ange, tu pénétras l’espace de l’attente,
À jamais porteuse de rêves,
À jamais porteuse d’élans,
Jet de lumière foudroyant
Le coeur du guetteur terrestre,
Y creusant une béance
Que seul comblerait un jour
L’inespéré.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Tout se révèle don (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017




    
Tout se révèle don, tout
Se transmue en offrande,

Lorsque enfin les âmes se font chant.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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De quelle nuit es-tu venue ? De quel jour? (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2017



Illustration
    
De quelle nuit es-tu venue ?
De quel jour? Soudain tu es
Au coeur de tout. Les lilas
Ont frémi ; le mot est dit.
Tout prend sens, tout se découvre
Don. Dès lors, tout se transmue :
Le ciel-terre en chair aimante,
En ondes sans fin les instants.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Mais nous reverrons bien ceux à qui nous n’avons pas dit à temps au revoir (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2017



 Illustration
    
Mais nous reverrons bien ceux à qui
nous n’avons pas dit à temps au revoir,
Ceux qui sont partis sans dire mot
dans le long effroi du délaissement.
Nous les reverrons, car nous n’aurons
de cesse de leur dire les mots qui n’ont été
Dits à temps, de leur répéter sans fin
au revoir au revoir selon la loi de la Vie :
Toute fleur est une fleur refleurie,
toute pluie une source retrouvée, toute larme
Une peine ravivée, tout visage un regard
reconnu, tout sourire un don échangé,
Et toute vie à venir
une vie à jamais survécue-souvenue.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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