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Posts Tagged ‘donjon’

Attente (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



 

Bai Guowen   9687baiguowen-6

Attente

Monte, écureuil, monte au grand chêne,
Sur la branche des cieux prochaine,
Qui plie et tremble comme un jonc.
Cigogne, aux vieilles tours fidèle,
Oh ! vole et monte à tire-d’aile
De l’église à la citadelle,
Du haut clocher au grand donjon.

Vieux aigle, monte de ton aire
A la montagne centenaire
Que blanchit l’hiver éternel.
Et toi qu’en ta couche inquiète
Jamais l’aube ne vit muette,
Monte, monte, vive alouette,
Vive alouette, monte au ciel !

Et maintenant, du haut de l’arbre,
Des flèches de la tour de marbre,
Du grand mont, du ciel enflammé,
A l’horizon, parmi la brume,
Voyez-vous flotter une plume
Et courir un cheval qui fume,
Et revenir mon bien-aimé ?

(Victor Hugo)

Illustration: Bai Guowen 

 

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Exil doré (Jean Royère)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

Duy Huynh -   (26)

Exil doré

J’ai retiré mon âme au manoir du Silence ;
J’ai fait derrière moi sonner les gonds d’airain.
Nul ne viendra troubler ma solitude immense,
Nul ne viendra souiller mon vierge souterrain !

Les rumeurs de la vie expirent à ma porte :
Mon parc est sans ramage et mon mur sans échos.
J’ai ravagé les nids que le printemps m’apporte,
Et, de mon lourd donjon, j’ai chassé les corbeaux.

Nulle clarté d’emprunt n’illumine mes salles,
Ni lustres aux plafonds, ni torches aux piliers ;
Seuls, les rayons du jour, bondissant sur les dalles,
Ruissellent à travers mes larges escaliers.

Puis, la Nuit lentement accroche ses pans d’ombre
Aux chapiteaux massifs des pilastres géants ;
Le manoir, tout entier, dans les ténèbres sombre,
Partout on voit s’ouvrir des abîmes béants.

J’aime mes murs déserts comme un rustre ses landes ;
J’y savoure, à l’écart, la douceur du relais,
Les Heures, le front ceint de fleurs et de guirlandes,
Y tissent mon destin d’allégresse et de paix.

Et je ne suis pas seul dans ce palais féerique,
Bien que nul importun n’y pénètre jamais,
Car le Rêve y déploie, étrange et magnifique,
Sa verte frondaison en superbes forêts.

(Jean Royère)

Illustration: Duy Huynh

 

 

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Donjons de Dieu! Poètes ! (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018




    
Donjons de Dieu! Poètes !
Paratonnerres célestes,
qui résistez aux plus violents des orages,
tels des crêtes muettes,
tels des cimes agrestes,
des éternités vous êtes le barrage !

Une Espérance magique le jour nous prédit
au cours duquel, sur le rocher d’harmonie
périra la sirène aux perfides atours.
Espérez donc, espérons donc toujours !

Espérez donc toujours.
L’élément bestial se divertit
dans la haine de la poésie
et les races s’offensent tour à tour.

L’insurrection d’en bas
s’étend aux Excellents.
Le cannibale convoite sa proie,
le rouge aux gencives et l’écume aux dents.

Donjons, mettez un sourire au pavillon.
Opposez aux craintes et aux manifestations malignes
d’une brise la superbe inspiration,
brise d’une tranquillité céleste et marine…

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Aquarelle… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018


 


 

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Aquarelle…

Les soldats ont brûlé la ferme et le château,
Abattu le donjon, la ruine romaine,
Qui, triomphant du temps, de la foudre et de l’eau,
D’un long passé restaient une preuve certaine.
Leurs débris maintenant détournent le ruisseau…
Monuments de tristesse et de guerre et de haine.
Les soldats ont brûlé la ferme et le château,
Abattu le donjon, la ruine romaine…

L’oiseau ne chante plus à l’ombre du rameau,
Le cerf ne vient plus boire à la fraîche fontaine,
Le lièvre a déserté le sinueux réseau
Des taillis épineux dont il fit son domaine…
Les soldats ont brûlé la ferme et le château,
Abattu le donjon, la ruine romaine…

(Robert Desnos)

 

 

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Au temps des donjons (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



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Au temps des donjons

As-tu déjà perdu le mot de passe?

Le château se ferme et devient prison,
La belle aux créneaux chante sa chanson
Et le prisonnier gémit dans l’in pace.
Retrouveras-tu le chemin, la plaine,
La source et l’asile au coeur des forêts,
Le détour du fleuve où l’aube apparaît,
L’étoile du soir et la lune pleine?
Un serpent dardé vers l’homme s’élance,
L’enlace, l’étreint entre ses anneaux,
La belle soupire au bord des créneaux,
Le soleil couchant brille sur les lances,
L’âge sans retour vers l’homme jaillit,
L’enlace, l’étreint entre ses années.
Amours! Ô saisons! Ô belles fanées !
Serpents lovés à l’ombre des taillis.

(Robert Desnos)

Illustration: ArbreaPhotos

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DANS LE TEMPS (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Mariana Stauffer
    
DANS LE TEMPS

la plaine rauque endurait nos pas brefs
intestats mouraient bien des lieux

la pluie glosait les douleurs familières
un colporteur aux yeux violents passa

vendant des mots si simples qu’ils brûlaient
et des enfances dont le chant t’affola

nous habitions le donjon de l’hiver
chaque nuage savait qui nous étions

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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DANS LA NUIT DES DONJONS JE NE PUIS PAS CHANTER ARTHUR EXIMA Á MARCIUS (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
DANS LA NUIT DES DONJONS JE NE PUIS PAS CHANTER ARTHUR EXIMA Á MARCIUS

Dans la nuit des donjons je ne puis pas chanter;
Dans l’étau de la peine il est dur de sourire :
Quel oiseau prendrait son essor l’aile brisée?
Quel coeur ensanglanté pourrait se réjouir?

***

IN DUNGEONS DARK I CANNOT SING ARTHUR EXIMA TO MARCIUS

In dungeons dark I cannot sing,
In sorrow’s thrall ’tis hard to smile:
What bird can soar with broken wing?
What heart can bleed and joy the while?

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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La chanson de la pâle filandière (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



 

Illustration: Louis Toffoli

    

La chanson de la pâle filandière

La pâle filandière
De ses doigts de mystère
File le lin des suaires,

Au fond du donjon mort,
Entre ses doigts retors,
Le lin froid des remords;

Au fuseau qui s’harasse,
Ainsi qu’une vie lasse,
Le lin s’embrouille et casse…

La filandière pâle,
Près du vitrail d’opale
Où la lune s’étale,

File. Lividement,
Comme un spectre d’amant,
L’astre s’en vient dément,

Pendant qu’un hibou crie,
Baiser ses mains maigries
Par le temps défleuries.

File pour ton amant,
Très pâle filandière,
De tes doigts de mystère
Un suaire d’argent.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les Baux (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos

    
Les Baux

J’aime les vieux manoirs, ruines féodales
Qui des rocs escarpés dominent les dédales ;
J’aime du haut des tours de leur sombre prison
A voir se dérouler un immense horizon :

J’aime, de leur chapelle en parcourant les dalles,
A lire les ci-gît couronnés de blason.
Et qui gardent encore la trace des sandales
Des pèlerins lointains venus en oraison.

Parmi ces noirs châteaux, gigantesques décombres
Dont les murs crénelés jettent au loin leurs ombres,
Aux champs de la Provence est le donjon des Baux :

Là, chaque nuit encore, enlacés par les Fées,
Dans une salle d’armes aux gothiques trophées,
Dansent les chevaliers sortis de leurs tombeaux.

(Louise Colet)

 

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Giroflée (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Giroflée

Au sommet du vieux donjon croissait une giroflée.
Un prisonnier la voyait de sa fenêtre.
C’était sa joie, sa consolation,
son unique espérance.
Il l’aimait comme on aime une femme.

Le printemps, le soleil, l’air, la liberté,
la giroflée était tout cela pour lui.
Elle lui souriait du haut de son créneau,
elle balançait gracieusement ses petites tiges devant lui;
elle se penchait sur la noire muraille comme pour lui donner la main.

Il y avait dans la vallée un homme qui passait toute la journée dans les champs,
une grande boîte de ferblanc passée en bandoulière;
il la rapportait le soir au logis pleine d’herbes, de fleurs, de plantes de toutes sortes.
Il croyait aimer les fleurs parce qu’il etait botaniste.

Un jour qu’il était fatigué de ses courses,
notre homme s’arrêta au pied du vieux donjon où se trouvait le prisonnier.
Comme il portait son mouchoir à son front pour essuyer
la sueur qui en découlait, il leva la tête et avisa la giroflée.
Il commença son ascension.
Quand it fut près de la plante, il se mit en devoir de l’arracher.
Les racines de la giroflée étaient fixées en dehors du mur.
Elles tenaient ferme. A un violent effort de notre homme, la plante céda cependant,
mais elle ne vint pas seule. Elle entraîna le botaniste dans sa chute.
Ce que c’est que d’oublier les lois de l’équilibre
quand on herborise sur les vieux donjons.

Quant au prisonnier, il tomba dans un morne accablement.
Il lui sembla qu’en perdant la giroflée,
il avait perdu une seconde fois la liberté.
L’hiver vint, triste saison,
pendant laquelle, du moins, il ne songeait pas à sa plante chérie;
mais au printemps, un matin que les rayons du soleil pénétraient dans son cachot,
il ne put s’empêcher de lever ses yeux baignés de larmes sur le donjon.
Une autre giroflée se balançait sur la tige, et disait bonjour au pauvre prisonnier.

(J.J. Grandville)

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